N° 39 du 23/07/07

PAS TOUCHE !

La chronique d'Hector Plasma

Il était rigolo notre agité dans sa voiture toute rouge. Le toit ouvert, hop, la tête qui dépassait. Facile. A l’aise Mimile. Le vélo, moi je connais – j’en fais même (avec Michel Drucker et je suis copain de Virenque), comme le jogging...

 

Alors y’avait pas de raison : je monte dans la voiture, je suis la course, parcours une partie de la France, fais un discours. Et tout ça en même temps. Balèze. Franchement… Un petit tour de France idiote. Une interview tout en roulant… Quelle classe ! Z’êtes sûrs ? Z’êtes vraiment sûrs ? Allons… Réfléchissez (pour une fois) : il doit y avoir un piège. A-t-on déjà vu ça ? Eh eh. Non. Bien sûr. Et c’est pour ça qu’on l’a élu. C’est l’homme de la situation : il va sauver la France. Et le Tour de la France avec. Que de symboles ! Y’a des tricheurs il a dit. C’est pas bien. Il faut lutter contre cela. Mais le Tour de la France, (avec pour héroïne la France qui, rappelons le compte maintenant Londres à son territoire), n’en est pas entaché. C’est une grande fête, un rituel populaire, un rendez-vous. C’est pas grave, si y en a des qui s’en mettent plein les fouilles avec. C’est pas grave, si les journalistes disent n’importe quoi. Ce qui compte, ce sont les apparences. Après tout, le Tour de la France n’a qu’une vedette : la France elle-même. C’est la France que l’on vend lorsque l’on vend son tour. Et c’est pourquoi faut pas en dire du mal. C’est presque une cause patriotique. Il y va pratiquement de la raison d’état. Alors, si y en a qui se dopent, si on les prend, si, à nouveau, celui qui gagne est de ceux-là, nous, on n’y est pour rien. Et c’est pas les Allemands (ouh les vilains !), qui ont eux, très intelligemment suspendu les retransmissions télévisuelles, qui y changeront quoi que ce soit. Le Tour de France, c’est la France, même si elle est idiote, alors pas touche…

 

 

 

Carl von Clausewitz
PRINCIPES FONDAMENTAUX DE STRATEGIE MILITAIRE - Mille et une nuits - 93 pages - 2,50 €

En 1812, Carl von Clausewitz écrit un manuel pour le prince Frédérique-Guillaume de Prusse (le futur Guillaume 1er) dont il est le précepteur. Ce manuel, destiné à enseigner les principes fondamentaux de l’art de la guerre au jeune prince alors âgé de 16 ans, n’est pas sans rappeler le célèbre traité « De la guerre » dont Clausewitz est aussi l’auteur. Le voici enfin traduit.

 

Ce qui frappe dans ce petit livre (93 pages), c’est la modernité du ton et des propos tenus. Clausewitz de toute évidence, comme l’ont prouvé les chefs de guerre qui l’ont lu et compris, était en avance sur son temps et avait compris que la guerre était un phénomène dont l’essence et la portée sont loin de se limiter au domaine militaire. Abordant, un siècle avant les premiers développements de la guerre psychologique, des thèmes comme la psychologie du combattant et l’importance de l’opinion publique, Clausewitz en effet semble déjà rédiger un traité de la guerre moderne.
« Lorsqu’on esquisse son plan d’attaque, il faut se fixer un grand but : l’attaque d’une grande colonne ennemie ou la victoire totale. Si l’on se fixe un petit but, alors que l’ennemi en poursuit un grand, on sera évidemment trop court. » « L’un des plus importants principes de la guerre offensive est de surprendre l’ennemi. » « …la poursuite est la chose la plus importante dans la guerre, juste après le fait de battre l’ennemi. » Etudiant d’un coté la guerre offensive et de l’autre la guerre défensive, Clausewitz, qui fait souvent référence à l’épopée napoléonienne et à ses innombrables et meurtrières batailles, énonce déjà les principes selon lesquels des millions d’hommes s’entretueront au cours du XXe siècle. L’importance de l’effet de surprise, celle de la mobilité, de la résolution à vouloir détruire l’ennemi de manière totale, sont à plusieurs reprises soulignées.
Ayant reçu son baptême du feu lors des guerres révolutionnaires, par conséquent des premières guerres idéologiques où ce qu’on appelait pour la première fois des nations s’affrontaient, Clausewitz est aussi en ce sens un soldat qui pris part aux premiers combats de destruction à grande échelle menés sur des périodes très longues. Il sut en tirer les conclusions, et fut celui qui théorisa le premier et le mieux ce que la guerre allait devenir avec l’arrivée du progrès technique et le développement des économies de marché.
Il y a fort à parier que lui-même ne devait soupçonner à quel point ses analyses étaient justes. Ne comprend-on pas en effet, dans ce petit manuel, comment la France subit le plus grand désastre militaire de son histoire en 1940, et comment l’Allemagne s’y prit pour rendre possible se désastre ?
Tout le succès que rencontre encore aujourd’hui ce théoricien de la guerre né au XVIIIe siècle se trouve sans doute là.

 



Stéphane Esserbé

 

 

 

UNE PLAGE                                                 par Jean-René Godule

Jean-René Godule aime les plages...

 

C’est une plage au sable fin. Le soleil y éclate. Et le silence y règne. Au printemps, en été, je viens souvent m’y perdre. Je prends la route. Me grise du paysage. Et je retrouve le temps. Je n’ai plus de limites. J’écoute le bruit du vent.

Je connais bien l’endroit. Sans cesse il me rappelle. Au retour des beaux jours c’est un réflexe. J’y aime la solitude et les embruns. J’oublie ce que j’étais. Il y a, devant moi l’océan. Derrière l’oubli. A mes côtés les bruits – le bercement des vagues. J’aime cette paix. Je peux abandonner mon corps. Laisser mon esprit s’en aller. Mon regard s’élever. Je perds toute la notion du temps. Cette plage… Où se trouve-t-elle ? Est-elle visible sur une carte ? C’est le début. Une terre sauvage. Mon âme, toute ma vie s’y libèrent. Loin de la ville mon sang se régénère. Le sort des hommes ici peut être différent.
J’y verrais une femme, qui sortirait de l’eau. Un groupe d’enfants. Et les hommes… Les hommes préoccupés. Les hommes réfléchissant. Comment ne pas imaginer ? Cette plage est une promesse.
Les vagues qui meurent me ramènent à la source. Ces rêveries m’emmènent. Ces grèves évoquent une île. Un littoral immaculé. Que nul être, nulle créature, n’ont pu polluer. En voyant, en écoutant, me vient l’envie de tout recommencer.

Je placerais ici un homme. Il serait enchanté. Il n’aurait pas de fautes. Il verrait l’avenir. Il serait loin le monde ! Et la folie des hommes… Oh oui nous serions éloignés ! Pourrions-nous vivre retirés ?
Nous oublierions les lois. Le paysage aurait ces dimensions. Quelque chose d’idéal.

 

 

 

La citation de la semaine

 

"La vie sexuelle a été donnée à l'homme pour le détourner peut-être de sa vraie voie. C'est son opium. En elle tout s'endort. Hors d'elle, les choses reprennent leur vie. En même temps, la chasteté éteint l'espèce, ce qui est peut-être la vérité."

 

 

Albert Camus - Carnets 1942-1945

 

 



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