N° 57 du 23/03/08

CA Y EST !

La chronique d'Hector Plasma

Alors ça y est ! Il nous attaque. On va enfin savoir. On va être fixé. Est-ce qu’il bluffe ? Ou est-ce qu’il est vraiment ce qu’il semble être ? Et doit-on avoir peur ? C’est la question. Oui notre président a pris une décision...

 

Il va nous surveiller. Tremblez, trublions de la toile ! Préparez-vous à être frappés de la foudre ! Un œil, bientôt, sera rivé sans cesse sur vous ! Normal vous nous direz, puisque la toile, contrairement aux autres médias, échappe à tout contrôle… Puisqu’elle seule, permet de tout savoir. On va donc dépenser de l’argent (celui du contribuable comme on dit), pour surveiller ce qui est dit. On va veiller au grain. Et on a même nommé un homme pour ça. Comme dans les plus infâmes des dictatures, des hommes, des femmes bientôt, en France, seront payés pour en surveiller d’autres. Vous nous direz ça existe déjà ! Mais non. Car cette surveillance-là ne se fera qu’au bénéfice du bon vouloir d’une seule personne. Elle sera uniquement chargée de faire en sorte qu’on sache les noms de ceux qui ne sont pas d’accord et qui le font savoir. On s’y attendait. On en était même sûr. C’était logique. Nul dictateur ne supporte contradiction. Et celui-là, tout élu qu’il put être, n’échappe pas à la règle. Sommes-nous donc en danger ? Imaginez ! Tous les journaux au pas, télés, radios… Irons-nous en prison ? Verrons-nous donc bientôt une police spéciale frapper à notre porte pour venir nous chercher ? Il y a plus d’un an, nous souhaitions, dans nos colonnes, à l’occasion de la nouvelle année, être capable dans un an de pouvoir encore nous exprimer. Le pourrons-nous encore d’ici un an ?

 

 

 

 

Raymond Jean
LES BAIGNEUSES ET AUTRES NOUVELLES - Transbordeurs - 120 pages - 15 €

Raymond Jean, Prix Goncourt de la nouvelle, est prétendument l’un des maîtres de ce genre littéraire. Hélas, le lecteur ne comprend pas pourquoi.

 

Il arrive parfois qu’un texte puisse sauver un recueil. « Bonne journée ou les muses s’amusent », dernier texte du recueil, est de ceux-là. Composé de 4 pièces de longueur inégale, ce recueil en effet malgré ses qualités d’écriture a bien du mal à convaincre. Le premier texte, « Les baigneuses », nouvelle titre, se présente bien, mais déçoit rapidement et s’embourbe dans les méandres d’une intrigue qui n’en est pas une. L’idée d’une reconstitution cinématographique d’un tableau de Cézanne séduit, mais le récit sombre très vite pour toucher à l’ennui. Nul caractère, nulle situation dans ce récit ne parviennent à répondre à l’attente suscitée chez le lecteur par les premières lignes du texte. La chute en est au diapason. Et les deux textes suivants s’oublient très vite tant ils se montrent exempts du moindre intérêt. Raymond Jean, prix Goncourt de la nouvelle, s’est-il relu ? Il reste ce dernier texte, qui arrive, comme la cavalerie, au moment où le lecteur croit tout perdu. « Bonne journée » en effet, récit, quart d’heure par quart d’heure, de la journée d’un écrivain du réveil au coucher, arrive enfin pour sortir le lecteur de sa torpeur. Dans un style propre et enlevé qui rompt avec ceux des textes précédents, il offre une pièce tout à fait honnête où l’humour, sans révolutionner la littérature, arrive à point pour faire passer la pilule. Si de toute évidence et comme le montre son importante bibliographie Raymond Jean sait écrire, s’il connait bien Cézanne et son œuvre, il a peut-être oublié qu’il est préférable parfois (à l’image de ce dernier qui détruisait les toiles qu’il estimait ratées), de ne pas publier, voir de détruire, des nouvelles dont la lecture ne laissent aucune trace.

 



Stéphane Esserbé

 

 

 

LA COMMUNE DE PARIS (III)                         par Stéphane Bataillard

L’existence de la Commune ne pouvait être tolérée par le gouvernement légal car elle remettait en cause la légitimité de la bourgeoisie. Il était inconcevable en effet qu’une grande ville au rayonnement tel que celui de Paris fût administrée efficacement par de simples ouvriers.


Il était donc naturel dans un premier temps de discréditer la Commune en ne reconnaissant pas la légitimité du scrutin qui l’avait porté au pouvoir et en insistant sur les « crimes » qu’elle commettait, cela en attendant de la réduire au silence par les armes. Si au début de la Commune des tentatives de conciliations eurent lieu entre les deux partis adverses, ces tentatives se révélèrent vaines, le gouvernement d’Adolphe Thiers restant intransigeant, ne cherchant qu’à gagner du temps et ne voulant pas satisfaire les revendications des Communards (autonomie municipale, choix de tous les officiers de la garde nationale y compris celui du général en chef, moratoire des loyers). Le vrai crime de la Commune on le voit, aux yeux de la République du 4 septembre, était son existence elle-même.


La Commune c’est certain fut un épisode de la lutte des classes qui eut lieu lors du dénouement d’une crise sans précédent, grave au point de prendre des allures de guerre civile. Ce dénouement sanglant permit en outre au gouvernement d’Adolphe Thiers de décapiter toutes les organisations révolutionnaires d’alors, et montra à quel point, à ces moments cruciaux où l’histoire bascule, deux visages d’un seul et même pays sont susceptibles de s’opposer. Il y aura toujours en effet, et dans tous les pays, des maîtres et des esclaves. Les maîtres sont souvent maîtres de générations en générations. Mais il arrive que la donne change et qu’à certains moments les esclaves deviennent, provisoirement au moins, les maîtres. Ne serait-ce que pour affirmer leur existence et leur dignité. La Commune fut un de ces moments de l’histoire où tout d’un coup devient possible. Ce qui explique sans doute la répression impitoyable dont elle fut l’objet une fois vaincue. La courte existence de la Commune et les obstacles rencontrés en effet (manque d’argent et de moyens), lui permirent malgré tout de prendre des mesures et d’essayer de les appliquer, certaines d’entre elles devant être reprises par d’autres gouvernements bien après les faits, comme la séparation de l’église et de l’état en 1905. La Commune ne fut donc pas qu’une affaire de crimes et de violences. Elle eut une vie réelle et des projets. Elle n’employa pas, au grand regret des plus farouches de ses partisans, toute son énergie à essayer de gagner la guerre contre Versailles, ce qui la condamnait d’emblée mais l’empêcha aussi de sombrer dans la dictature. Elle fut aussi la démonstration que la révolution est une utopie, qu’il n’existe pas de révolution, qu’il y a juste des coups d’état ou des révoltes, que les coups d’états parfois réussissent et amènent très souvent la dictature, et que les révoltes sont toujours écrasées dans le sang mais font naître des mythes qui font vivre l’espoir. On comprend mieux alors la phrase d’Albert Camus. La révolution, utopie, n’est pas accessible à l’être humain. L’homme en effet, il l’a prouvé, est incapable de construire une société juste. Le dessin de la Commune de Paris était d’y parvenir. Elle fut écrasée.

 

Alors qu’elle avait éclaté suite à la première guerre moderne menée sur le territoire Français, elle s’est terminée par un massacre collectif qui n’était pas sans préfigurer ceux du XXe siècle. On ne peut manquer de s’interroger sur le sens de l’enchaînement de ces deux événements. Et si, en France, la Commune, « dernier refuge de la révolution révoltée », avait aussi été la dernière chance d’offrir à un pays en cours d’industrialisation une société plus juste et plus humaine avant de s’orienter vers celle qui mena tout droit à la guerre de 1914-1918 et des autres à venir ? Cette question, à jamais, comme beaucoup d’autres dans l’histoire, restera sans réponse.

 


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La citation de la semaine

 

"Le fort succombe sous les ruses des faibles."

 

 

Schopenhauer

 

 



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