HEUREUSEMENT...

La chronique d'Hector Plasma
Il s’appelle Jacques aussi mais heureusement il a un nom d’artiste. A 50 ans
c’est un homme sage. Il a vieilli et le précise lui-même dans ces nouvelles
chansons il est très zen. Jacques Dezandre, allias Gogol 1er, détonateur de la scène rock alternative Française il y a plus de 20 ans, pourrait bien être notre sauveur. En ces temps importants où la France s’apprête à choisir son président, Gogol,
antécandidat, arrive à point nommé. Son programme est très simple ; apporter du bonheur.
Trublion, agitateur, provocateur, Gogol, 20 ans après, est toujours
là.
Heureusement.
Premier artiste en France à avoir produit un disque par ses propres moyens au
début des années 80, ouvrant la voie aux labels
indépendants qui,
avec les Béruriers Noirs et jusqu’aux Négresses Vertes firent par la suite les belles heures de la scène Française radicale, il prend
place aujourd’hui dans la grande kermesse médiatique présidentielle. Cette bonne nouvelle ne nous laisse pas insensible, et nous la célébrons. Car
cet homme n’est pas n’importe qui. Epouvantail en soutane surgi un beau dimanche de 1982 sur le plateau de l’émission d’un autre Jacques (Martin celui-là) avec sa horde,
il fit une entrée tonitruante et connut rapidement un succès retentissant auprès
d’une jeunesse bercée au son de la médiocre variété Française. Consacré un an
plus tard dans le film « Tchao Pantin » où en soutane il apparaissait sur scène dans son propre rôle, adoubé par l’équipe
de « Charlie Hebdo » et celle des « Enfants du rock », il acquit très vite une renommée aussi sulfureuse qu’incontestable. Ses textes
d’alors (« J’encule », « Adolf mon amour » entre autres), éminemment provocateurs et surtout très drôles, devinrent célèbres
malgré la censure, et Gogol fut bientôt un curé illustre. Sa carrière, chaotique,
connut des hauts et des bas. Mais l’homme a survécu. Et ses spectacles ont conservé
toute leur impertinence. S’ils se font volontiers plus bon enfant aujourd’hui,
le maître, toujours, y sacrifie au rituel. A savoir : la mise à mort d’une télévision
apportée par un fan en fin de concert*.
Un nouveau disque sorti voici un an («
Staracadémoche », «
TV horreur show… »), une tournée, un concert à Paris digne des plus grandes heures de la Horde (nom également donnée à la suite gogolienne), et voici notre antécandidat fin
prêt.
La magistrature suprême l’intéresse (lenonsens le
sait, de source sûre). Il s’apprête donc, avec notre soutien, à entrer en campagne
le 17 novembre prochain lors du tournage du clip de son prochain tube, « Le président Gogol. »
Dans cette campagne électorale, les choses intéressantes vont donc enfin commencer.
Il était temps.
(*télévision sacrifiée à coups de hache et dont on extrait inexorablement une authentique tête de cochon, celle de celui qui sommeille en vous. NDLR)
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Joseph Fouché - Ministre de la police
MEMOIRES - Arléa - 433 pages - 33 €
Girondin et montagnard, jacobin puis artisan de Thermidor, conseiller de Gracchus Babeuf puis proche de Bonaparte, ministre de la Police sous la République, le Consulat, l’Empire et la Restauration, Joseph Fouché, duc d’Otrante, connut une carrière unique.
Séminariste
à Nantes, professeur à Vendôme puis à Arras où il rencontra Robespierre, élu député à la Convention en 1792, Joseph Fouché (1759-1820), est d’abord
un homme de la Révolution qui vota la mort de Louis XVI. Compagnon de Robespierre jusqu’en 1793, il n’hésita pas à précipiter la chute
de celui-ci après l’avoir comprise inéluctable. Arrêté en 1795, libéré
avant le Directoire, il disparut 3 ans et revint, nommé ministre
de la Police par Barras et Sieyès en 1799. Ouvrier du 18 Brumaire, il se fit adversaire du consulat à vie, avant
d’être, en 1804, le premier à réclamer l’Empire. Il négocia avec
les Anglais au moment de la chute de l’Empereur, et agit de même
avec les royalistes lors de la Seconde Restauration.
Ses mémoires évoquent un politique moderne, habile et ambitieux, qui vécut
une période historique riche en bouleversements de tous ordres. Elles sont
aussi un document dans lequel, comme le souligne Edwy Plenel dans sa préface
(p.15), « le lecteur pourra lire ce que d’ordinaire un politique professionnel
n’avoue pas, à savoir que le
seul critère de réussite est la durée au pouvoir. »
Utile complément du « Prince » de Machiavel, cet ouvrage dense pourrait tenir lieu de manuel du parfait politicien. D’une plume sûre d’elle et sans complexe, il se lit tel quel : source d’inspiration fiable pour tout politique désireux de durer. Mais l’essentiel n’est pas là. Car ces mémoires, confidence et chef d’œuvre de finesse d’un homme qui ne cesse de se renier sans jamais paraître se contredire, évoquent aussi une période historique dont Joseph Fouché fut un témoin de premier plan. Outre les silhouettes de Robespierre et celles des principaux acteurs de la Révolution et de l’Empire, l’ombre de Bonaparte, puis celle de l’Empereur, planent sur une grande partie du récit. De manière indirecte, les portraits sans fard d’un homme, d’une époque et d’un système politique naissant se dessinent peu à peu. Loin des hagiographies et des mythes fabriqués pour les manuels scolaires, le lecteur assiste avec effarement à l’avènement des valeurs qui régissent le monde d’aujourd’hui. Dans une sorte de flagrant délit, il surprend, au fil d’une confession parfois troublante de franchise, ce que nul ouvrage ne saurait reconnaître sans faire scandale ; à savoir que l’Empereur Napoléon 1er était un dictateur, qu’il a été le précurseur des tyrans du XXème siècle, et que son leg constitue toujours le fondement d’une société (la société bourgeoise), où les inégalités, la corruption, l’hypocrisie, le crime et l’argent règnent en maître. Le personnage de Fouché séduit. Il fait montre, par sa finesse, son esprit et sa plume, de ses grands talents de diplomate. Il effraie en se montrant complice, parasite et cheville ouvrière d’un système quasi-totalitaire qui a rendu son existence politique possible. Il ouvre les yeux, pour aussitôt donner envie de les refermer.
Stéphane Esserbé
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J'IMAGINAIS par
Jean-René Godule
J’imaginais souvent un monde en ruine. Je me voyais héros. Seul, nu, face à l’adversité,
je rêvais de faire face. La guerre. Situations périlleuses. J’aurais
pu enfin m’exposer. Agir. Me révéler. J’imaginais une vie à ma mesure,
digne, de ce qu’il me fallait. J’allais finir par être utile. J’allais
être quelqu’un. Las ! On ne choisit pas son époque. Et pas plus son
destin. Je ne connus qu’un seul refrain : celui du temps qui passe,
des jours, d’une simple routine. J’ai dû apprendre. Et voir l’espoir
s’amenuiser. J’ai dû laisser mon regard s’en aller. Patienter. Fi des
rêves, des ambitions, et des désirs ! Celui qui vit aujourd’hui, est
celui qui se tait. Ne plus rien espérer, abandonner, et contempler.
Le monde est un spectacle. On peut s’en rassasier.
Je repensais souvent à mon passé. A ce à quoi j’avais rêvé. Etre un héros. Quelqu’un.
Tout cela me hantait.
J’étais certain que j’avais quelque chose à faire. Je me sentais très différent.
En même temps j’attendais.
Au fond ce que l’on cherche n’a souvent rien à voir avec ce que l’on veut vraiment.
Les tentations sont bien nombreuses. Et parfois l’on se perd. Il y a tant d’obstacles.
Ce que je recherchais je crois c’était la vérité. J’avais cru la trouver dans
le néant. Douleur. Souffrance. Il me fallait une rédemption. J’imaginais. Je
voyais un ciel gris, chargé, et menaçant. Je sentais des frissons. J’entendais
des grondements. Dans ce chaos j’allais surgir. Mais en guise de chaos je n’eus
qu’un bureau triste. Un trajet le matin dans le métro. Je connaissais l’ennui.
Pour moi la vie n’était qu’une journée sombre, qui sans arrêt recommençait. Je
n’avais pas d’avenir. Mon passé était mort. Je n’entreprenais rien. Tous mes
gestes, le moindre de mes actes, étaient assujettis au temps qui s’écoulait.
Etait-ce là un destin ?
Il y eut ce matin.
Un rayon. Une couleur. Quelques parfums. Douceur. Je me suis trouvé sensible
d’un coup à cette montée du jour. Je me suis dit… J’ai senti, en moi, que quelque
chose crevait.
Mon monde noir était loin. Mes idées... Je restais là.
J’entendais tous les bruits. Je vis bien sûr la masse des gens rouler sur les
trottoirs. Je me suis senti différent. Ces regards, ces bruits de pas, toutes
ces silhouettes… Quelque chose m’a étreint. Je n’étais plus le seul. A ce moment
le monde et moi n’étions pas étrangers. Nous avions, je pense, des points communs.
Etre un homme est parfois difficile. Il arrive qu’on se trompe, et qu’à certains
moments, l’émotion vous emporte. Pourquoi nul ne le sait.
Il me semblait qu’une chaleur montait. Un choc se produisait. Toute ma vie oscillait.
Je me sentis saisi par le spectacle de la foule. Chaque soir, je sentais monter
en moi des murmures.
Puis il y eut ce jour. Un soir d’été. Je vis des nuages fins. J’entendis une
chanson. Je m’approchai. J’esquissai un sourire. Plus rien.
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La citation de la semaine
"Les élections sont désormais une farce qui singe l'idéal démocratique. Elles
laissent croire à la vérité d'un mécanisme pourtant cassé depuis
longtemps. Elles sont des parodies qui se servent des grands mots
- Démocratie, Peuple, Nation, République, Souverainneté
- mais qui cachent mal le cynisme des gouvernants : il s'agit pour
eux d'installer et de maintenir en place une tyrannie soft qui produit
un homme unidimensionnel - le consommateur abruti et ultime - comme aucune
dictature n'a réussi à en produire...."
Michel Onfray - La philosophie féroce
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