NON
MAIS !

La chronique d'Hector Plasma
Au fait, qui vous les paie vous vos vacances ? C’est vous ? Non ? Vous êtes trop con. Ou alors pauvre ? C’est ça ? Vous z’avez pas d’amis très riches ? Pas de bol vraiment...
Mieux
vaut ne pas partir. Après tout, quand on est pauvre et qu’on n’a pas
d’amis très riches on ne part pas. On reste tranquillement chez soi.
On se tait. Et on ne commente pas l’actualité. On attend des jours
plus cléments. Y’a pas de honte. Mais faut se faire petit. Et que certains,
très riches déjà, partent en vacances et ne paient rien, ça doit pas
vous choquer. Car qu’est-ce que ça peut faire après tout ? C’est toujours
mieux qu’avec l’argent du contribuable ! Et quand bien même si vous
n’êtes pas si pauvres et êtes partis quand même et avez tout payé ça
change rien : fallait travailler plus, fallait plus s’employer. Y’a
pas de honte à gagner de l’argent quand on travaille. Y’a pas de honte
à avoir des amis. Et si vous, à la rentrée, vous avez les impôts et
la rentrée des classes, fallait y réfléchir avant. C’est vrai quoi.
Y’en a assez des assistés. Les pauvres, les pauvres, toujours les pauvres… Et puis faut bien comprendre, c’est pas nouveau d’ailleurs,
si y en a qui paient pas, comme tout en ce bas monde a forcément un
prix, il faut bien qu’il y en ait qui paient pour eux ! Alors… Il est
où le problème ? Et puis aussi, faudrait bien voir à arrêter, tout
ça, c’est une question de vie privée, faudrait voir un peu à la respecter.
Non mais !
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Albrecht Goes
JUSQU'A L'AUBE - Librio - 91 pages - 1,52 €
En 1942, sur le front de l’Est, un pasteur incorporé dans l’armée allemande est chargé d’annoncer à un déserteur qu’il va être exécuté le lendemain à l’aube. Dans l’impossibilité de se soustraire à cette sinistre charge, il tente de vivre au mieux les quelques heures qui le séparent de l’échéance…
Un
homme d’église, fut-il pasteur et soldat de la Wehrmacht en 1942 en
Russie, n’est pas un homme comme les autres. S’il officie dans les
principes qui sont ceux de la religion, sa conscience, a fortiori en
temps de guerre et plus encore s’il se trouve dans le mauvais camp
doit être en permanence à vif…
C’est le cas du principal protagoniste de ce court roman, qui, dans une langue
très pure et sans ambages, revisite l’histoire de la seconde
guerre mondiale loin des combats et des grandes batailles en traitant le sujet sur le plan de
la conscience.
En effet, dès les premières lignes du roman : « La saison avait été belle et
chaude. Pourtant, de tout le mois de septembre, je n’avais pas quitté la ville,
moi qui aimais tant me promener par les champs et par les bois. », le récit
proposé ne se montre pas conforme à ce qu’on attend d’une épopée martiale.
Désabusé : « Pour un militaire, il est inconvenant de vouloir errer par les
chemins… », il entre très rapidement dans le vif du sujet et révèle ce qu’en
certaines circonstances aucune croyance ni prière ne sont à même de pouvoir
surmonter. A savoir l’arbitraire auquel le sort de l’homme peut être soumis
en temps de guerre et plus encore dans une dictature qui commence à comprendre
que son sort est scellé.
Quel est en effet le champ d’action d’un homme d’église confronté à l’injustice,
sommé même d’y prendre part sans toutefois renier sa foi ? Nul, à en croire
l’auteur. Le pasteur dont il est question ici n’ayant d’autre choix que d’exécuter
sa mission en essayant d’apporter le plus de douceur possible aux derniers
instants du condamné.
Pourtant, il y a une manière de résister. Et c’est toute la qualité de ce petit
livre méconnu en France que de l’évoquer. Il est toujours possible, même réduit
à l’impuissance, de ne pas consentir au crime, et, tout comme cet officier
croisé par le pasteur pendant sa veille, d’accepter le sacrifice de sa personne
pour préserver l’espoir et favoriser le retour d’un ordre plus juste.
Remarquable de pudeur et d’économie, ce livre, écrit peu après la guerre par
un auteur qui fut lui-même aumônier sur le front de l’Est, résume à lui seul
ce que durent connaître bien des hommes en ces heures sombres du dernier conflit
mondial.
Stéphane Esserbé
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NEW YORK par Jean-René Godule
New-York ! C'est l'autre patrie de Jean-René...
J’ai aimé rageusement New York. « Cette ville debout… » Arrivé en octobre, j’en
ai vu les hauteurs. Un mur. En roulant sur la ville j’en fus saisi.
Jaillissant du néant, mille éclats scintillants. Se dressaient devant
moi des flèches.
Je me souviens de l’automne doux. Je me souviens des fumées blanches. Je respire
encore les odeurs. Le ciel était entièrement bleu. Les rues si longues…
Je découvris ce monde. L’aurais-je imaginé ? Pour moi, New York était
un coupe-gorge. Quand j’ai vu les avenues… Quelle était donc cette
existence ? N’était-elle pas imaginaire ? Et ces bruits de moteur…
Avide, je voulais tout connaître. Etait-il donc possible que les hommes…
? En voyant les silhouettes passer au long des rues, regardant les
immeubles, j’étais pris de vertige. Les hommes allaient… Existaient-ils
vraiment ?
Et cette nuit ? Et ces sirènes ? New York ne s’arrête pas. La nuit, n’est qu’un
grand jour artificiel. La nuit n’existe pas. Les lumières dansent. Montent
dans le ciel. Je me souviens être monté moi-même. Dans cette nuit cela brillait.
New York était-il dans ma tête ? Or je le sais, depuis lors…
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La citation de la semaine
"Au fond, le phénomène esthétique est simple; pour peu qu'on ait le don d'apercevoir constamment un spectacle vivant et de vivre entouré d'esprits en foule, on est poète; pour peu qu'on ait le goût instinctif de se métamorphoser et d'emprunter pour s'exprimer le corps et l'âme d'autres êtres, on est un poète dramatique"
Friedrich Nietzsche - La naissance de la tragédie
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