QU’EST-CE
QU’ON FAIT MAINTENANT ?

La chronique d'Hector Plasma
Alors ? Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On pleure ? On décrète un jour de deuil national ? On déclare la guerre aux anglais et aux argentins ?
Franchement.
Vous croyez pas qu’il y a autre chose à faire ? Un match de foot ou
de rugby qu’est-ce que ça fait ? On s’en fout, non ? Y’en aura d’autres. Et puis c’est
que du sport. Y’a pas de quoi pleurer. Et puis même cette histoire est-ce que c’est pas plus
mal comme ça ? C’est vrai quoi. Y’en avait marre de voir tous ces drapeaux,
d’entendre tous ces chants guerriers, de voir ces gens réduits à l’état
de troupeaux. La télé, les journaux… Les commerces, les femmes, les
hommes… Ca vous donne pas cette impression d’être manipulés ? On vous
dit : voyez, c’est important, il faut participer, consommer, s’investir,
regarder la télé, pousser... Même l’agité qui fait le prédisent était
de la partie. Il faut gagner. Gagner. C’est important. Oui mais à force...
On veut gagner mais on oublie le reste. Le sport. Le jeu. La vie. Y’a
plus que de l’argent. La politique. Et le pouvoir. Vous nous direz
c’est fait pour ça. Mais non. Tout ça c’était qu’une comédie. Les ficelles
étaient grosses. Heureusement on a perdu. Et c’est une grande victoire.
Imaginez, imaginez si on avait gagné ! Ah la la ! On en aurait plein les oreilles. On s’apprêterait à nous refaire
le coup de la France qui triomphe. De ce pays qui, au bout du compte,
n’est pas si nase que ça. On est sauvé. Ouf ! La politique, l’argent,
(encore que) on laisse tomber. On va pouvoir à nouveau regarder les
choses en face (ou essayer). Et avoir l’air moins bête (du moins essayer
également). La France n’a pas encore sombré. 2007 n’est pas 98. Laissons
le sport là où il devrait être. Essayons d’être intelligents.
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Miguel de Beistegui
JOUISSSANCE DE PROUST - ENCRE MARINE - 185 pages - 20 €
On ne lit pas Proust. On s’en délecte et on en jouit. C’est ce à quoi Miguel de Beistegui, dans son livre « Jouissance de Proust », s’attache à démontrer.…
Proust en
effet, auteur de cette œuvre unique à plus d’un titre qu’est « A la
recherche du temps perdu », constitue un cas particulier de la littérature.
Sa phrase, son rythme à nul semblable, qui ont pu dérouter tant de
lecteurs et laisser croire à d’autres qu’il est un auteur difficile,
n’en finissent pas de susciter les commentaires. Miguel de Beistegui,
dans une langue technique et parfois proche de celle d’un philosophe,
en dévoile ici quelques secrets.
Pour lui, « A la recherche du temps perdu » s’impose « comme le roman de la
souffrance et de la mélancolie » et Proust cherche à y démontrer qu’outre le
temps chronologique il existe une autre dimension de ce même temps qui permet
à l’homme, via l’art, de toucher à l’éternité.
En quatre parties d’un livre imprimé à l’encre bleue : « Chercher à jouir »,
« Proust et les psychologues », « Trouver à jouir », « Donner à jouir »,
l’auteur pénètre peu à peu la rhétorique de Proust pour en livrer ce qu’il
appelle « une esthétique de la métaphore. » Car pour Miguel de Beistegui,
chez Proust, tout naît de la métaphore. Cette métaphore permettant d’établir
des correspondances entre le monde réel et cet autre, plus difficile à définir,
que nous nous construisons dans cette autre dimension du temps qui nous est
propre.
« On ne trouve jamais ce que l’on cherche, mais toujours autre chose. Pour
le dire autrement : ce que l’on cherche n’est jamais à sa place, mais toujours
ailleurs et l’expérience authentique est de nature métaphorique. » Ce peut-être
ainsi, notamment, par l’éblouissement provoqué par la vue d’aubépines dont
on comparera l’éclat de la beauté à celui d’une femme aimée, ou encore en trempant
une madeleine dans son thé dont la saveur éveillera en nous des souvenirs qu’on
croyait perdus, que ces correspondances, de manière tout à fait involontaire,
pourront être établies. Tandis que dans l’œuvre, ce phénomène est restitué
par le moyen de la métaphore. La lecture de Proust dès lors, qui pousse à l’intériorisation
et exacerbe les sens, brouillant tous les codes de lectures usuels, se révèle
pour ce qu’elle est : une formidable machine à faire tomber les barrières de
l’inconscient, qui permet enfin, à qui s’y livre, d’accéder au plus profond
de soi pour en dégager la source des espérances et
des déceptions vécues en les transcendant enfin.
Plus qu’un énième ouvrage critique sur l’œuvre de Marcel Proust, ce livre,
ardu parfois, se révèle un formidable mode d’emploi à la lecture d’« A la recherche
du temps perdu. » Il donne des clés essentielles pour mieux décrypter l’art
de Proust, et à ce titre, peut prétendre à devenir un ouvrage de référence
en la matière.
Stéphane Esserbé
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L'ENFANT par
Jean-René Godule
Il voit le monde. Ses yeux sont grands. Assis et étonné, il s’interroge.
Il est en classe, et il écoute vaguement. Ses pensées fuient, ses rêves, ses
cauchemars...
Hier, il l’a appris, « ils » ont dû prendre une décision ; il partira, il s’en
ira, il va quitter sa mère. Il va quitter sa ville. Il va devenir grand. L’insouciance,
la liberté, la joie, et le bonheur, tout se termine.
Il regarde, il voit, s’éloigne. Il se sent triste.
« Ils » ont décidé ça pour lui. « Ils » ont choisi. Partir, aller là-bas, oublier
son passé, mentir, se comporter en homme.
D’une certaine manière, il n’est pas mécontent. Il a une attirance pour la rumeur
de la cité, une fascination ; les lumières, les rues interminables, le métro,
le monde... Mais, au fond, il a conscience, comprend, qu’il est l’enjeu d’une
bataille, qu’on ne fait pas tout ça pour lui, qu’il est là au milieu, qu’il ne
fait qu’obéir, qu’il ne fait qu’accepter, qu’il ne fait que dire oui.
Le jour venu, le jour du grand départ, il voit sa mère qui prépare ses affaires. Il la regarde. Elle pleure. Elle semble triste. Pendant des heures, elle repasse et elle trie. Elle plie, entasse. Lui fait le fier. Il ne dit rien. Il considère, il croit peut-être qu’il part pour un week-end ou des vacances. Déjà au loin les choses lui semblent différentes. L’horizon, le ciel, les paysages autour de lui s’éloignent, les sourires, les rires aussi.
Le voyage n’est pas long,
il file très rapidement. Les gens aussi semblent lointains. Il voit,
dans les wagons, la campagne qui fuit. Ah ! La ville, la ville quand
il arrive, cet immense tourbillon ! Ce grand chaos des choses, ces
bruits qui ne s’arrêtent jamais... Il s’y installe, il fait ce qu’on
lui dit. Ses yeux sont grands ouverts, ses oreilles, et tous ses sens.
Il découvre, il trouve, à chaque seconde, à chaque instant, des goûts,
des sensations nouvelles. Il sait enfin qu’il est au cœur du monde,
qu’il vit, qu’il s’apprête à le faire, qu’il n’est plus loin, perdu,
et ignoré, même si... Même si des êtres lui échappent, même si quelques
sourires s’éloignent, des voix, des corps ; sa mère qui est restée
là-bas, toute sa famille, tous ses amis... Car oui, tout est plus grand,
plus fou ici. Il n’a plus de repères. Il se sent attiré, tiré, par
quelque chose d’insaisissable. Il sent des volontés contraires. Il sait qu’on va le surveiller.
Il se résigne, il se soumet, en regardant la ville, qu’il ne cesse, à chaque
instant, de découvrir.
Des visages, des voix reviennent autour de lui, quelques enfants comme lui qui le regardent. De petits êtres déjà cruels qui sentent sa différence, redoutent son caractère, qui tournent, observent, et le rejettent. Car la vie gronde, et il la sent, même si déjà en lui les souvenirs et les images s’entassent. Même si déjà il se sent las... ( à suivre)
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La citation de la semaine
"Je crois que seuls quelques rares individus manifestent encore de l'enthousiasme pour l'importance et la nécessité du livre."
Klaus Mann - Munich, juillet 1925
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