N° 46 du 21/10/07

QU’EST-CE QU’ON FAIT MAINTENANT ?
Le site littéraire : humeur
La chronique d'Hector Plasma

Alors ? Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On pleure ? On décrète un jour de deuil national ? On déclare la guerre aux anglais et aux argentins ?

 

Le site littéraire : Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?Franchement. Vous croyez pas qu’il y a autre chose à faire ? Un match de foot ou de rugby qu’est-ce que ça fait ? On s’en fout, non ? Y’en aura d’autres. Et puis c’est que du sport. Y’a pas de quoi pleurer. Et puis même cette histoire est-ce que c’est pas plus mal comme ça ? C’est vrai quoi. Y’en avait marre de voir tous ces drapeaux, d’entendre tous ces chants guerriers, de voir ces gens réduits à l’état de troupeaux. La télé, les journaux… Les commerces, les femmes, les hommes… Ca vous donne pas cette impression d’être manipulés ? On vous dit : voyez, c’est important, il faut participer, consommer, s’investir, regarder la télé, pousser... Même l’agité qui fait le prédisent était de la partie. Il faut gagner. Gagner. C’est important. Oui mais à force... On veut gagner mais on oublie le reste. Le sport. Le jeu. La vie. Y’a plus que de l’argent. La politique. Et le pouvoir. Vous nous direz c’est fait pour ça. Mais non. Tout ça c’était qu’une comédie. Les ficelles étaient grosses. Heureusement on a perdu. Et c’est une grande victoire. Imaginez, imaginez si on avait gagné ! Ah la la ! On en aurait plein les oreilles. On s’apprêterait à nous refaire le coup de la France qui triomphe. De ce pays qui, au bout du compte, n’est pas si nase que ça. On est sauvé. Ouf ! La politique, l’argent, (encore que) on laisse tomber. On va pouvoir à nouveau regarder les choses en face (ou essayer). Et avoir l’air moins bête (du moins essayer également). La France n’a pas encore sombré. 2007 n’est pas 98. Laissons le sport là où il devrait être. Essayons d’être intelligents.

 

 

 

Le site littéraire : livres

Miguel de Beistegui
JOUISSSANCE DE PROUST - ENCRE MARINE - 185 pages - 20 €

On ne lit pas Proust. On s’en délecte et on en jouit. C’est ce à quoi Miguel de Beistegui, dans son livre « Jouissance de Proust », s’attache à démontrer.…

 

Le site littéraire : Jouissance de ProustProust en effet, auteur de cette œuvre unique à plus d’un titre qu’est « A la recherche du temps perdu », constitue un cas particulier de la littérature. Sa phrase, son rythme à nul semblable, qui ont pu dérouter tant de lecteurs et laisser croire à d’autres qu’il est un auteur difficile, n’en finissent pas de susciter les commentaires. Miguel de Beistegui, dans une langue technique et parfois proche de celle d’un philosophe, en dévoile ici quelques secrets.
Pour lui, « A la recherche du temps perdu » s’impose « comme le roman de la souffrance et de la mélancolie » et Proust cherche à y démontrer qu’outre le temps chronologique il existe une autre dimension de ce même temps qui permet à l’homme, via l’art, de toucher à l’éternité.


En quatre parties d’un livre imprimé à l’encre bleue : « Chercher à jouir », « Proust et les psychologues », « Trouver à jouir », « Donner à jouir », l’auteur pénètre peu à peu la rhétorique de Proust pour en livrer ce qu’il appelle « une esthétique de la métaphore. » Car pour Miguel de Beistegui, chez Proust, tout naît de la métaphore. Cette métaphore permettant d’établir des correspondances entre le monde réel et cet autre, plus difficile à définir, que nous nous construisons dans cette autre dimension du temps qui nous est propre.
« On ne trouve jamais ce que l’on cherche, mais toujours autre chose. Pour le dire autrement : ce que l’on cherche n’est jamais à sa place, mais toujours ailleurs et l’expérience authentique est de nature métaphorique. » Ce peut-être ainsi, notamment, par l’éblouissement provoqué par la vue d’aubépines dont on comparera l’éclat de la beauté à celui d’une femme aimée, ou encore en trempant une madeleine dans son thé dont la saveur éveillera en nous des souvenirs qu’on croyait perdus, que ces correspondances, de manière tout à fait involontaire, pourront être établies. Tandis que dans l’œuvre, ce phénomène est restitué par le moyen de la métaphore. La lecture de Proust dès lors, qui pousse à l’intériorisation et exacerbe les sens, brouillant tous les codes de lectures usuels, se révèle pour ce qu’elle est : une formidable machine à faire tomber les barrières de l’inconscient, qui permet enfin, à qui s’y livre, d’accéder au plus profond de soi pour en dégager la source des espérances et des déceptions vécues en les transcendant enfin.
Plus qu’un énième ouvrage critique sur l’œuvre de Marcel Proust, ce livre, ardu parfois, se révèle un formidable mode d’emploi à la lecture d’« A la recherche du temps perdu. » Il donne des clés essentielles pour mieux décrypter l’art de Proust, et à ce titre, peut prétendre à devenir un ouvrage de référence en la matière.

 

 



Stéphane Esserbé

 

 

 

Le site littéraire : prose

L'ENFANT                                                  par Jean-René Godule

Le site littéraire : L'enfantIl voit le monde. Ses yeux sont grands. Assis et étonné, il s’interroge.
Il est en classe, et il écoute vaguement. Ses pensées fuient, ses rêves, ses cauchemars...
Hier, il l’a appris, « ils » ont dû prendre une décision ; il partira, il s’en ira, il va quitter sa mère. Il va quitter sa ville. Il va devenir grand. L’insouciance, la liberté, la joie, et le bonheur, tout se termine.
Il regarde, il voit, s’éloigne. Il se sent triste.
« Ils » ont décidé ça pour lui. « Ils » ont choisi. Partir, aller là-bas, oublier son passé, mentir, se comporter en homme.
D’une certaine manière, il n’est pas mécontent. Il a une attirance pour la rumeur de la cité, une fascination ; les lumières, les rues interminables, le métro, le monde... Mais, au fond, il a conscience, comprend, qu’il est l’enjeu d’une bataille, qu’on ne fait pas tout ça pour lui, qu’il est là au milieu, qu’il ne fait qu’obéir, qu’il ne fait qu’accepter, qu’il ne fait que dire oui.

Le jour venu, le jour du grand départ, il voit sa mère qui prépare ses affaires. Il la regarde. Elle pleure. Elle semble triste. Pendant des heures, elle repasse et elle trie. Elle plie, entasse. Lui fait le fier. Il ne dit rien. Il considère, il croit peut-être qu’il part pour un week-end ou des vacances. Déjà au loin les choses lui semblent différentes. L’horizon, le ciel, les paysages autour de lui s’éloignent, les sourires, les rires aussi.

Le voyage n’est pas long, il file très rapidement. Les gens aussi semblent lointains. Il voit, dans les wagons, la campagne qui fuit. Ah ! La ville, la ville quand il arrive, cet immense tourbillon ! Ce grand chaos des choses, ces bruits qui ne s’arrêtent jamais... Il s’y installe, il fait ce qu’on lui dit. Ses yeux sont grands ouverts, ses oreilles, et tous ses sens. Il découvre, il trouve, à chaque seconde, à chaque instant, des goûts, des sensations nouvelles. Il sait enfin qu’il est au cœur du monde, qu’il vit, qu’il s’apprête à le faire, qu’il n’est plus loin, perdu, et ignoré, même si... Même si des êtres lui échappent, même si quelques sourires s’éloignent, des voix, des corps ; sa mère qui est restée là-bas, toute sa famille, tous ses amis... Car oui, tout est plus grand, plus fou ici. Il n’a plus de repères. Il se sent attiré, tiré, par quelque chose d’insaisissable. Il sent des volontés contraires. Il sait qu’on va le surveiller.
Il se résigne, il se soumet, en regardant la ville, qu’il ne cesse, à chaque instant, de découvrir.

Des visages, des voix reviennent autour de lui, quelques enfants comme lui qui le regardent. De petits êtres déjà cruels qui sentent sa différence, redoutent son caractère, qui tournent, observent, et le rejettent. Car la vie gronde, et il la sent, même si déjà en lui les souvenirs et les images s’entassent. Même si déjà il se sent las... ( à suivre)

 

 

 

Le site littéraire : citations

La citation de la semaine

 

"Je crois que seuls quelques rares individus manifestent encore de l'enthousiasme pour l'importance et la nécessité du livre."

 

 

Klaus Mann - Munich, juillet 1925

 

 

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