ON
TREMBLE

La chronique d'Hector Plasma
Alors, à votre avis, qu’est-ce qui va se passer ? Sera-ce l’agité minuscule ?
La mère de famille outragée ? Ou bien le docte professeur ?
Vous
savez pas, hein. La plupart disent que l’agité est favori. Possible.
Et qu’est-ce qui arrivera ? L’agité a-t-il des solutions ? Oh oui,
une nouvelle société ! Plus d’assistés. Et plus de sans papiers.
Moins d’étrangers… Qu’est-ce que ça fait ? Et si c’est la mère de
famille ? Les enfants pas gentils seront-ils envoyés dans les casernes
? Les pauvres deviendront-ils riches ? Et puis, si c’est le professeur,
seront-nous tous enfin unis ? Elles sont bizarres ces élections.
Elles font peur. Mais au fait, pourquoi avons-nous peur ? D’abord
parce qu’on sait pas, et que, quelque part, on a toujours très peur
de ce qu’on connaît pas. Avant c’était facile, c’était un coup ici,
et un coup-là. Ca se passait selon un scénario. Mais aujourd’hui…
Et puis aussi, c’est qu’autour le monde change. Et qu’on n’a pas
nous l’impression de bien changer avec. On n’a pas de confiance. On croit en rien. On attend les vacances.
Et le plus grave… le plus grave oui, c’est qu’on a le droit de voter.
Franchement, vous n’avez pas honte, tous, d’en être arrivés là ?
Vous trouvez que c’est beau ? Pendant tellement d’années vous avez
tellement fait ce qu’on vous demandait. A regarder trop la télé,
à trop croire les journaux… Si donc on en est là il y a bien une
raison. On a ce qu’on mérite ! On a voté pour ces gens-là ! Et maintenant…
On tremble. Tout le monde tremble. Tout le monde a peur. Car on sait
bien au fond, on le sent bien : il y aura un avant, et un après.
Ca va changer. Et parce qu’on le sent bien : ça ne peut tenir longtemps
comme ça. Si c’est l’agité minuscule, on aura la violence. Si c’est
la maman outragée, on aura le marasme. Avec le professeur on n’aura
rien. Alors ? Soyez patients ! Bientôt, on saura. Et on sera fixé. On tremblera, encore plus fort.
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Estelle Monbrun
MEURTRE CHEZ TANTE LEONIE - Viviane Hamy - 249 pages - 7 €
Un polar au pays de Proust. Le défi était de taille. Hélas, Estelle Monbrun, malgré des qualités de plume indéniables et un sens affirmé du suspens, ne s’est pas montrée à la hauteur. Dommage.
Adeline-Bertrand
Verdon, présidente de la Proust Association, a été assassinée dans
la maison de Tante Léonie où devait se tenir un colloque consacré à
l’auteur d’ « A la recherches du temps perdu ». Gisèle Dambert, secrétaire
de l’association, les professeurs Verdaillan et Rainsford, universitaires
illustres, Philippe Déforge, directeur de collection d’une maison d’édition,
et le vicomte de Chareilles, fiancé de la défunte, sont suspectés d’avoir
commis le crime. Le commissaire Jean-Pierre Foucheroux et son adjointe
Leïla Djemani, chargés de l’enquête, comprennent rapidement que Gisèle
Dambert joue un rôle déterminant dans cette affaire dont les protagonistes
semblent tous des coupables idéaux. Mais qui est passé à l’acte ?
C’est au fil de chapitres courts et rythmés que les clés de l’affaire sont
peu à peu dévoilées. Au centre de celle-ci : la découverte inopinée des quinze
cahiers de Marcel Proust disparu en 1905. Découverts par la solitaire Gisèle
Dambert, devenus l’objet de toutes les convoitises au sein de la Proust Association,
ils sont la seule réelle trouvaille de ce roman convenu et sans originalité.
Car si l’idée de départ séduit, si les personnages se montrent attachants et
le récit bien construit, c’est bien l’ennui qui gagne peu à peu le lecteur.
Tant l’auteur, qui pourtant sait écrire, semble se satisfaire de sa trouvaille
initiale et ne cherche pas plus avant à sortir des sentiers battus. Si bien
que le lecteur comprend très vite de quoi il retourne. Et ce même si le suspens
reste entretenu jusque dans les dernières pages. Cela bien sûr ne suffit pas
à faire un bon livre. Et encore moins à motiver un quelconque enthousiasme.
Nul rebondissement, nulle surprise dans ce roman au final plutôt
fade malgré des qualités d’écritures indéniables. L’univers de Proust, au cœur
duquel est pourtant censé se passer l’action, affleure à peine. Et le tout
se montre in fine très conventionnellement correct. C’est regrettable. Tante
Léonie le méritait-elle ?
Stéphane Esserbé
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RAI DE LUNE par Jean-René Godule
Jean-René Godule l'a vu, un rai de lune...
Un rai de lune qui danse sur le matelas. J’ai froid. L’air est plus frais, la
nuit est noire, dehors...
Je ne sais pas. Je ne bouge pas.
J’ai vu, tout à l’heure, passant devant la chambre, devant la porte, traversant la fenêtre, cette lueur, comme un éclair, un rai, ténu, et droit.
Eclat.
Il a percé la nuit, déchiré les ténèbres. Il a surgi.
Le froid, le froid sournois, interminable, si noir…
L’effroi.
Après une semaine, après
ces jours, ces heures... Après la fatigue lourde, me sentir dans la
nuit...
J’ai entendu des bruits très vagues, des murmures étouffés, des voix lointaines,
à peine audibles, qui n’osaient pas, qui n’osaient plus, se laisser emporter.
J’ai entendu le grand silence.
Dormais-je ?
Tout m’a semblé étrange
et compliqué. Mon corps, en un instant, s’est endurci. Mes membres
se sont tendus, et ma peau a frémi.
La lune.
Oh oui la lune, toute sa pâleur, toute sa rondeur. Sa lueur trouble, sa clarté
vacillante, son éclat irréel...
J’ai froid.
Elle glisse, avance lentement. Elle arrive droit sur moi.
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La citation de la semaine
"Nous vivons tous de ce que nous avons grossièrement imaginé."
Lorette Nobécourt - La démangeaison
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