N° 28 du 21/04/07

ON TREMBLE
Le site littéraire : humeur
La chronique d'Hector Plasma

Alors, à votre avis, qu’est-ce qui va se passer ? Sera-ce l’agité minuscule ? La mère de famille outragée ? Ou bien le docte professeur ?

On trembleVous savez pas, hein. La plupart disent que l’agité est favori. Possible. Et qu’est-ce qui arrivera ? L’agité a-t-il des solutions ? Oh oui, une nouvelle société ! Plus d’assistés. Et plus de sans papiers. Moins d’étrangers… Qu’est-ce que ça fait ? Et si c’est la mère de famille ? Les enfants pas gentils seront-ils envoyés dans les casernes ? Les pauvres deviendront-ils riches ? Et puis, si c’est le professeur, seront-nous tous enfin unis ? Elles sont bizarres ces élections. Elles font peur. Mais au fait, pourquoi avons-nous peur ? D’abord parce qu’on sait pas, et que, quelque part, on a toujours très peur de ce qu’on connaît pas. Avant c’était facile, c’était un coup ici, et un coup-là. Ca se passait selon un scénario. Mais aujourd’hui… Et puis aussi, c’est qu’autour le monde change. Et qu’on n’a pas nous l’impression de bien changer avec. On n’a pas de confiance. On croit en rien. On attend les vacances. Et le plus grave… le plus grave oui, c’est qu’on a le droit de voter. Franchement, vous n’avez pas honte, tous, d’en être arrivés là ? Vous trouvez que c’est beau ? Pendant tellement d’années vous avez tellement fait ce qu’on vous demandait. A regarder trop la télé, à trop croire les journaux… Si donc on en est là il y a bien une raison. On a ce qu’on mérite ! On a voté pour ces gens-là ! Et maintenant… On tremble. Tout le monde tremble. Tout le monde a peur. Car on sait bien au fond, on le sent bien : il y aura un avant, et un après. Ca va changer. Et parce qu’on le sent bien : ça ne peut tenir longtemps comme ça. Si c’est l’agité minuscule, on aura la violence. Si c’est la maman outragée, on aura le marasme. Avec le professeur on n’aura rien. Alors ? Soyez patients ! Bientôt, on saura. Et on sera fixé. On tremblera, encore plus fort.


 

 

Le site littéraire : livres

Estelle Monbrun
MEURTRE CHEZ TANTE LEONIE - Viviane Hamy - 249 pages - 7 €

Un polar au pays de Proust. Le défi était de taille. Hélas, Estelle Monbrun, malgré des qualités de plume indéniables et un sens affirmé du suspens, ne s’est pas montrée à la hauteur. Dommage.

 

Estelle MonbrunAdeline-Bertrand Verdon, présidente de la Proust Association, a été assassinée dans la maison de Tante Léonie où devait se tenir un colloque consacré à l’auteur d’ « A la recherches du temps perdu ». Gisèle Dambert, secrétaire de l’association, les professeurs Verdaillan et Rainsford, universitaires illustres, Philippe Déforge, directeur de collection d’une maison d’édition, et le vicomte de Chareilles, fiancé de la défunte, sont suspectés d’avoir commis le crime. Le commissaire Jean-Pierre Foucheroux et son adjointe Leïla Djemani, chargés de l’enquête, comprennent rapidement que Gisèle Dambert joue un rôle déterminant dans cette affaire dont les protagonistes semblent tous des coupables idéaux. Mais qui est passé à l’acte ?
C’est au fil de chapitres courts et rythmés que les clés de l’affaire sont peu à peu dévoilées. Au centre de celle-ci : la découverte inopinée des quinze cahiers de Marcel Proust disparu en 1905. Découverts par la solitaire Gisèle Dambert, devenus l’objet de toutes les convoitises au sein de la Proust Association, ils sont la seule réelle trouvaille de ce roman convenu et sans originalité. Car si l’idée de départ séduit, si les personnages se montrent attachants et le récit bien construit, c’est bien l’ennui qui gagne peu à peu le lecteur. Tant l’auteur, qui pourtant sait écrire, semble se satisfaire de sa trouvaille initiale et ne cherche pas plus avant à sortir des sentiers battus. Si bien que le lecteur comprend très vite de quoi il retourne. Et ce même si le suspens reste entretenu jusque dans les dernières pages. Cela bien sûr ne suffit pas à faire un bon livre. Et encore moins à motiver un quelconque enthousiasme. Nul rebondissement, nulle surprise dans ce roman au final plutôt fade malgré des qualités d’écritures indéniables. L’univers de Proust, au cœur duquel est pourtant censé se passer l’action, affleure à peine. Et le tout se montre in fine très conventionnellement correct. C’est regrettable. Tante Léonie le méritait-elle ?



Stéphane Esserbé

 

 

 

Le site littéraire : prose

RAI DE LUNE                                              par Jean-René Godule

Jean-René Godule l'a vu, un rai de lune...

 

Rai de luneUn rai de lune qui danse sur le matelas. J’ai froid. L’air est plus frais, la nuit est noire, dehors...
Je ne sais pas. Je ne bouge pas.

J’ai vu, tout à l’heure, passant devant la chambre, devant la porte, traversant la fenêtre, cette lueur, comme un éclair, un rai, ténu, et droit. Eclat.
Il a percé la nuit, déchiré les ténèbres. Il a surgi.
Le froid, le froid sournois, interminable, si noir…
L’effroi.

Après une semaine, après ces jours, ces heures... Après la fatigue lourde, me sentir dans la nuit...
J’ai entendu des bruits très vagues, des murmures étouffés, des voix lointaines, à peine audibles, qui n’osaient pas, qui n’osaient plus, se laisser emporter. J’ai entendu le grand silence.
Dormais-je ?

Tout m’a semblé étrange et compliqué. Mon corps, en un instant, s’est endurci. Mes membres se sont tendus, et ma peau a frémi.
La lune.
Oh oui la lune, toute sa pâleur, toute sa rondeur. Sa lueur trouble, sa clarté vacillante, son éclat irréel...
J’ai froid.

Elle glisse, avance lentement. Elle arrive droit sur moi.


 

 

Le site littéraire : citations

La citation de la semaine

 

"Nous vivons tous de ce que nous avons grossièrement imaginé."

 

Lorette Nobécourt - La démangeaison

 

 

Le site littéraire



[F.A.Q.|Mentions légales|Contacts|lenonsens|Liens|Plan du site]