LA
FRANCE IDIOTE OU LE PAYS DES DUPES

La chronique d'Hector Plasma
Donc nous y sommes. La France idiote a triomphé et le règne des dupes a commencé. Que faire ? Que dire et qu’en penser ?
Après
tout, ce n’est peut-être pas si grave. Pour ce qu’on sait de la démocratie, de la politique et du pouvoir, un président de plus après tant d’autres ne
changera pas grand-chose. Il va poser, faire des déclarations (c’est
déjà commencé). Affirmer. Promettre et assurer. Il va agir (ah ! agir
enfin…). Il viendra vers le peuple. Le comprendra. L’aidera. Lui rendra
sa fierté. Baliverne. Baliverne. Cet homme-là n’est pas comme les autres.
Il est pire. Il est pire car il est en train de réinventer la politique.
Sa méthode ? Il sait mentir. Il bouge. Vous fixe dans les yeux. Vous
touche (même lorsqu’il est dans le petit écran, berk !). Il vous séduit.
Comme ces camelots dont il est impossible de se défaire. Et on se dit
: « Mais après tout, il a raison. Il parle bien. C’est juste. Il est
sincère – même s’il dit tout et son contraire. Il si proche des gens…
» Si proche que des cordons de policiers sont nécessaires à chacun
de ses gestes. Si proches que les journaux et les médias sont déjà à sa botte. Et si sincère que sa femme ne vote pas pour lui.
Non. Plus nous réfléchissons et plus nous nous disons que la France,
la France idiote, est un pays de dupes. Qu’elle vient de commettre
une erreur en cédant à la tentation du diable. Qu’elle prend ses rêves pour des réalités. Que son avenir est un cauchemar.
Profitons du printemps (du moins ce qui en reste). Et de l’été. Et
rendez-vous à la rentrée. Profitons bien oui. Soyons idiots oui nous
aussi. Oublions donc notre conscience. Laissons donc les dupes s’abuser.
Après le temps des dupes, viendra celui des repentis. Cela promet.
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Frédéric Musso
ALBERT CAMUS OU LA FATALITE DES NATURES - Gallimard - 200 pages
- 18 €
Albert Camus est à la mode. L’actualité et la parution l’année dernière d’une nouvelle édition de ses œuvres complètes l’ont en effet remis au goût du jour. Et plusieurs livres ont récemment paru à son sujet. Celui de Frédéric Musso est de ceux-là. Il ne laisse pas indifférent.
Ni
biographie ni exégèse, ce livre est un essai composé de 15 chapitres
indépendants les uns des autres. Ces chapitres ont tous pour thème
l’œuvre de Camus, ou bien abordent une thématique chère à l’auteur
de « L’étranger. » Relativement courts, bien écrits et rythmés, documentés, ces chapitres
ne requièrent pas une connaissance exhaustive de l’œuvre de Camus,
et permettent de l’aborder de façon originale, sans fil chronologique,
ni volonté de tout connaître à son sujet. Mais Camus y est bien présent.
Et tel qu’on l’aime. Ainsi, si les premiers chapitres semblent tout
à fait à la mesure de ce qu’on connaît bien de lui, il est intéressant
de noter que certains des suivants (« L’Algérie », « La poésie » et
« Jean-Paul Sartre » notamment), sont à resituer dans le contexte du
regain d’intérêt porté à son œuvre actuellement. Le chapitre « Jean-Paul
Sartre » est, à cet égard, de loin le plus intéressant.
Evoquant la figure du philosophe et la place qu’elle tint dans la vie de Camus,
il revient notamment sur la brouille qui
opposa les deux auteurs en 1952 et resitue l’œuvre et les combats de chacun
des deux auteurs relativement à leur origine sociale. Ce livre, de par sa structure,
évoque un Camus plus complexe qu’on a coutume de le rencontrer, et enrichit
la littérature déjà abondante à son sujet. On peut y découvrir des aspects
moins connus de la personnalité de Camus ; ses amitiés toujours fidèles, multiples
et discrètes, ses engagements de tous les jours, son désarroi devant le monde
moderne, la complexité de son existence…
Stéphane Esserbé
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LA PLUIE par Jean-René Godule
Jean-René Godule a un petit faible pour la pluie...
Une pluie qui balaye l’horizon, qui claque, crépite, qui tombe. Un long rideau tissé d’aiguilles que je regarde
à la fenêtre et qui me fait frémir. De minuscules éclats qui viennent
et qui se brisent.
Collé, plaqué moi, contre les parois lisses, j’ai froid. Je vois au loin, au
débouché des rues pleines de ténèbres, à la lumière des lampadaires, cet assaut
incessant des éléments. J’entends cette rumeur interminable. Quelques passants
qui courent aussi, la tête rentrée sous le manteau, épaules voûtées, floc, sous
ce déferlement. Longtemps, les pas résonnent, comme dans le vide, suivi d’un
écho sombre.
Hypnotisé, je ne peux pas bouger les yeux.
Les fenêtres ruissellent, les carreaux dégoulinent. Le pavé dehors, assailli,
délavé, luit. Et l’écoulement interminable continu, défile et s’accélère.
Le rideau est épais, impénétrable. Les mailles, les mailles d’acier glacé sont
très serrées, parfaites, obliques, et régulières. Elles brillent, éclatent.
Quand elles explosent sur le pavé, un grand fracas sans cesse renouvelé résonne
; le crépitement, comme un bruit de mitraille. J’observe, j’ai froid. J’ai
mal. C’est long. Y aura-t-il une fin ? Cela cessera-t-il ?
Il n’y a plus de ciel, et tous les toits sont noirs. Impossible de voir, de
regarder ou de lever la tête. Il n’y a que la
ville, la ville la nuit le noir, balayés par la pluie.
De temps en temps une bourrasque, un souffle plus violent, comme un regain,
un resserrement des mailles. J’en sens, de derrière la fenêtre, toute la violence
épouvantable.
Les voitures même, leurs deux grands yeux ouverts, vrombissent inutilement,
se perdent avec leur bruit.
C’est un déferlement, une tempête, petite apocalypse. Et dans cette nuit, dans
cet hiver, je me sens impuissant.
Le vent, la pluie, et l’air humide...
J’appuie mon front juste un peu plus contre les vitres. Le froid, et les piqûres
m’atteignent. Je sens aussi cette odeur si particulière. Je respire le parfum
de l’eau souillée sur le pavé, et des sueurs froides me viennent.
La pluie, et la tempête.
Quelle heure est-il ? Est-ce le matin ?
Je suis ici. Le monde n’est plus qu’une ombre aux contours indistincts, aux
lignes, à l’horizon étrange et flou.
Les quelques rares lumières qui percent encore de vagues fenêtres s’estompent
et disparaissent. Je reste seul.
Une à une, les ombres, les corps courbés sur les trottoirs s’enfuient. Qui
suis-je ?
Le crépitement redouble. Une violence inouïe. Le vent, même quelques sifflements.
Le noir, le froid, la pluie.
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La citation de la semaine
"Non, vraiment, la seule joie concevable est celle que peut nous procurer le retour
des saisons. L'attente du printemps, la jouissance de l'été... L'hiver
lui-même est peu pénible au regard de l'automne et surtout des signes
précurseurs de l'automne qui glacent le coeur."
Jean Grenier - La vie quotidienne (L'heure de minuit)
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