N° 48 du 18/11/07

ATTENTION !
Le site littéraire : humeur
La chronique d'Hector Plasma

C’est une nouveauté. Il le faut. Après tout. Y’a pas de raison. Comment ? Fou ? Irresponsable ? Vous plaisantez ? C’est du laxisme oui. C’est vous, qui êtes irresponsables...

 

Le site littéraire : AttentionAllons. Vous n’avez pas compris ? C’est fini. C’est terminé tout ça. A partir de maintenant on remet tout à plat. C’est l’ordre qu’il nous faut. La discipline. Et le respect. Toutes ces valeurs, ces principes essentiels, règles fondamentales, qui depuis 40 ans étaient bafouées… Non seulement on va travailler. On va mieux surveiller les immigrés, placer des caméras partout, remettre la justice au pas, mater tous les grévistes, mais en plus, on va juger les fous. C’est vrai à la fin. C’est si facile de tuer quelqu’un et de dire qu’après on a des problèmes. Faut pas exagérer. On reste bien cléments encore. On n’est pas si vachards. On pourrait là, comme ça, envisager de rétablir la peine de mort, empêcher les femmes d’avorter. On pourrait interdire Marianne. Vous obliger à porter l’uniforme… Alors faites gaffe ! C’est vrai quoi. Il va falloir enfin comprendre. C’est qui le boss ? Qui est-ce qui décide ? Y’a un gouvernement ou non ? Celui qui l’a nommé n’a pas été élu ? Bon. Juger les fous, c’est pas si grave. Sauf que… C’est quoi au juste que d’être fou ? Un type qui arrive là et qui d’un coup se met à décréter qu’il est le maître ne peut-il pas être pris pour fou ? Un gars qui gesticule sans cesse et fait sans arrêt des grimaces ne peut-il pas aussi passer pour dérangé ? Jusqu’à présent, celui-là, il n’a pas encore tué, mais on ne sait jamais. Alors ? Est-ce qu’on doit pas faire attention ?

 

 

 

Le site littéraire : livres

Pierre Autin-Grenier
L'ANGE AU GILET ROUGE - L'ARPENTEUR - 150 pages - 11,50 €

Le monde est-il tellement cruel ? Le sort de l’homme tellement absurde ? Où est l’espoir ?
Ce sont là les questions que semblent poser le dernier recueil de Pierre Autin-Grenier, qui, après le très bon « Friterie-Bar Brunetti », nous revient avec une livraison élégante, « L’ange au gilet rouge. »

 

Le site littéraire : L'ange au gilet rougeRecueil de nouvelles composé de 8 textes, ce livre en effet, ressemble à s’y méprendre à une démonstration d’élégance stylistique.
Les 8 nouvelles qui le composent, équilibrées (seule la 4ème est nettement plus longue que les autres mais se trouve placée au milieu du recueil), de mêmes factures, parfaitement isolées les unes des autres mais se renvoyant des thématiques proches, sont d’une certaine manière toutes réussies. Le style est précis, sobre, travaillé sans être laborieux. Il force l’admiration et en fait presque oublier qu’une bonne nouvelle se doit toujours d’être originale.
Les débuts et incipits sont brillants : « Ca n’en finissait plus. Comme une bête qu’on égorge et qui crie. Ca semblait venir de loin. Finalement nous y sommes allés, une lanterne à la main ; la nuit était trapue (Un cri). » Ou encore : « Croisant Anne-Lise il tomba amoureux et s’offrit par conséquent à porter sa valise (La valise). » Ou encore : « Quatre heures après midi. Nous commencions à désespérer de le voir jamais arriver (Une histoire de riens du tout). »


Les histoires sont cruelles : un cri qui retentit dans la nuit, des paysans qui en cherchent l’origine, et qui découvrent qu’on égorge un ange comme on assassine l’espoir. Un homme qui tombe amoureux d’une femme, qui lui propose de porter sa lourde valise jusqu’à la gare, pour voir, au moment où le train part, que cette valise était vide. Un convoi de fuyards affamés qui cherchent un nouvel horizon, croise un autre convoi qui lui-même fuit dans le même état l’endroit vers lequel le premier convoi se dirige.
Au croisement du fantastique et de l’absurde, ces textes, qui, comme tous les textes de Pierre Autin-Grenier se lisent rapidement, renvoient donc à des thèmes connus qui parfois, et c’est le problème, laissent le lecteur sur sa faim (Un cri, L’esprit de famille).
Car en effet, si la manière et la forme éblouissent : « D’aussi terribles valises il en avait pourtant trimballé, jadis, l’enfant pleurnicheur et nu qui pour la première fois entrait, désemparé, au pensionnat. », les chutes quelquefois déçoivent. Comme si trop d’élégance formelle au bout du compte nuisait au fond. A tel point que sans l’ultime texte du recueil, « Lieux à jamais abandonnés », dans lequel Pierre Autin-Grenier vient délicieusement ôter tout espoir de rédemption au lecteur, ce-dernier au bout du compte aurait pu se trouver déçu. C’est d’autant plus dommage qu’avec une entame tonitruante, les attentes se trouvaient haut placées.

 



Stéphane Esserbé

 

 

 

Le site littéraire : prose

L'ENFANT (La mère)                                par Jean-René Godule

La mère de Jean-René ?

 

Le site littéraire : la mèreC’est un regard, un regard triste et terne. Ce sont des yeux marrons déjà soumis qui sont restés là-bas dans la province. C’est une voix aussi, qui se plaint et accepte. Oh ! La mère. L’enfant sait qui elle est. Il sait, qu’elle ne l’a pas bien regardé, qu’elle ne l’a pas voulu, qu’elle ne l’a pas aimé. Pourtant lui la regarde, la voit, et l’aime.
Il se souvient très bien ; petit, elle ne s’occupait pas de lui. Elle le laissait tout seul, elle l’ignorait.
Elle n’avait pas ces gestes des mères tendres qui serrent leur nourrisson comme s’ils étaient un prolongement d’elles-mêmes. Elle n’avait pas ces grands regards. Elle n’avait pas cette voix douce. Elle était là, mais elle était absente. Son regard partait loin. Il voyageait. Il s’enfuyait. Il allait, il filait, là, où, parfois, les yeux des femmes s’en vont. L’enfant lui restait là et il souffrait.


La mère parfois semblait gênée de sa présence, embarrassée. Elle sentait, elle savait qu’avec lui elle était obligée et soumise aux contraintes. Il fallait qu’elle surveille, qu’elle veille sur lui. Il fallait qu’elle oublie sa liberté. Il fallait qu’elle accepte d’être sa mère. Elle ne l’acceptait pas. Elle demeurait absente. Elle était loin. Elle s’enfuyait. L’enfant savait qu’il dérangeait la mère. Il la pleurait.

Parfois pourtant le soir avant de se coucher, avant qu’il ne s’endorme, elle était là quand même. Elle arrivait. Elle se faisait très douce. Elle lui parlait. De temps en temps aussi elle s’inquiétait s’il était en retard en sortant de l’école. Elle avait peur quand il faisait du sport. Et elle pleurait aussi quand il disait qu’il allait s’en aller.
Quand il était malade, elle appelait vite un médecin. Le jour où il avait été accidenté, elle avait même crié.
La mère. Elle était malgré tout la mère. L’enfant l’aimait. Il l’aimait, et, en lui, son image scintillait... ( à suivre)

 

 

 

 

Le site littéraire : citations

La citation de la semaine

 

"Celui qui conserve cette faculté de voir la beauté ne vieillit pas."

 

 

Franz Kafka - Conversations avec Kafka (Gustav Janouch)

 

 

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