ATTENTION
!

La chronique d'Hector Plasma
C’est une nouveauté. Il le faut. Après tout. Y’a pas de raison. Comment ? Fou ? Irresponsable ? Vous plaisantez ? C’est du laxisme oui. C’est vous, qui êtes irresponsables...
Allons.
Vous n’avez pas compris ? C’est fini. C’est terminé tout ça. A partir
de maintenant on remet tout à plat. C’est l’ordre qu’il nous faut.
La discipline. Et le respect. Toutes ces valeurs, ces principes essentiels,
règles fondamentales, qui depuis 40 ans étaient bafouées… Non seulement
on va travailler. On va mieux surveiller les immigrés, placer des caméras
partout, remettre la justice au pas, mater tous les grévistes, mais
en plus, on va juger les fous. C’est vrai à la fin. C’est si facile
de tuer quelqu’un et de dire qu’après on a des problèmes. Faut pas
exagérer. On reste bien cléments encore. On n’est pas si vachards.
On pourrait là, comme ça, envisager de rétablir la peine de mort, empêcher
les femmes d’avorter. On pourrait interdire Marianne. Vous obliger
à porter l’uniforme… Alors faites gaffe ! C’est vrai quoi. Il va falloir
enfin comprendre. C’est qui le boss ? Qui est-ce qui décide ? Y’a un gouvernement ou non ? Celui qui l’a nommé n’a pas
été élu ? Bon. Juger les fous, c’est pas si grave. Sauf que… C’est
quoi au juste que d’être fou ? Un type qui arrive là et qui d’un coup
se met à décréter qu’il est le maître ne peut-il pas être pris pour
fou ? Un gars qui gesticule sans cesse et fait sans arrêt des grimaces
ne peut-il pas aussi passer pour dérangé ? Jusqu’à présent, celui-là,
il n’a pas encore tué, mais on ne sait jamais. Alors ? Est-ce qu’on
doit pas faire attention ?
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Pierre Autin-Grenier
L'ANGE AU GILET ROUGE - L'ARPENTEUR - 150 pages - 11,50 €
Le monde
est-il tellement cruel ? Le sort de l’homme tellement absurde ? Où
est l’espoir ?
Ce sont là les questions que semblent poser le dernier recueil de Pierre Autin-Grenier,
qui, après le très bon « Friterie-Bar Brunetti », nous revient avec une livraison
élégante, « L’ange au gilet rouge. »
Recueil
de nouvelles composé de 8 textes, ce livre en effet, ressemble à s’y
méprendre à une démonstration d’élégance stylistique.
Les 8 nouvelles qui le composent, équilibrées (seule la 4ème est nettement
plus longue que les autres mais se trouve placée au milieu du recueil), de
mêmes factures, parfaitement isolées les unes des autres mais se renvoyant
des thématiques proches, sont d’une certaine manière toutes réussies. Le style
est précis, sobre, travaillé sans être laborieux. Il force l’admiration et
en fait presque oublier qu’une bonne nouvelle se doit toujours d’être originale.
Les débuts et incipits sont brillants : « Ca n’en finissait plus. Comme une
bête qu’on égorge et qui crie. Ca semblait venir de loin. Finalement nous y
sommes allés, une lanterne à la main ; la nuit était trapue (Un cri). » Ou
encore : « Croisant Anne-Lise il tomba amoureux et s’offrit par conséquent
à porter sa valise (La valise). » Ou encore : « Quatre heures après midi. Nous
commencions à désespérer de le voir jamais arriver (Une histoire de riens du
tout). »
Les histoires sont cruelles : un cri qui retentit dans la nuit, des paysans
qui en cherchent l’origine, et qui découvrent qu’on égorge un ange comme
on assassine l’espoir. Un homme qui tombe amoureux d’une femme, qui lui propose
de porter sa lourde valise jusqu’à la gare, pour voir, au moment où le train
part, que cette valise était vide. Un convoi de fuyards affamés qui cherchent
un nouvel horizon, croise un autre convoi qui lui-même fuit dans le même
état l’endroit vers lequel le premier convoi se dirige.
Au croisement du fantastique et de l’absurde, ces textes, qui, comme tous les
textes de Pierre Autin-Grenier se lisent rapidement, renvoient donc à des thèmes
connus qui parfois, et c’est le problème, laissent le lecteur sur sa faim (Un
cri, L’esprit de famille).
Car en effet, si la manière et la forme éblouissent : « D’aussi terribles valises
il en avait pourtant trimballé, jadis, l’enfant pleurnicheur et nu qui pour
la première fois entrait, désemparé, au pensionnat. », les chutes quelquefois
déçoivent. Comme si trop d’élégance formelle au bout du compte nuisait au fond.
A tel point que sans l’ultime texte du recueil, « Lieux
à jamais abandonnés », dans lequel Pierre Autin-Grenier vient délicieusement
ôter tout espoir de rédemption au lecteur, ce-dernier au bout du compte aurait
pu se trouver déçu. C’est d’autant plus dommage qu’avec une entame tonitruante,
les attentes se trouvaient haut placées.
Stéphane Esserbé
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L'ENFANT (La mère) par Jean-René Godule
La mère de Jean-René ?
C’est un regard, un regard triste et terne. Ce sont des yeux marrons déjà soumis
qui sont restés là-bas dans la province. C’est une voix aussi, qui
se plaint et accepte. Oh ! La mère. L’enfant sait qui elle est. Il
sait, qu’elle ne l’a pas bien regardé, qu’elle ne l’a pas voulu, qu’elle
ne l’a pas aimé. Pourtant lui la regarde, la voit, et l’aime.
Il se souvient très bien ; petit, elle ne s’occupait pas de lui. Elle le laissait
tout seul, elle l’ignorait.
Elle n’avait pas ces gestes des mères tendres qui serrent leur nourrisson comme
s’ils étaient un prolongement d’elles-mêmes. Elle n’avait pas ces grands regards.
Elle n’avait pas cette voix douce. Elle était là, mais elle était absente. Son
regard partait loin. Il voyageait. Il s’enfuyait. Il allait, il filait, là, où,
parfois, les yeux des femmes s’en vont. L’enfant lui restait là et il souffrait.
La mère parfois semblait gênée de sa présence, embarrassée. Elle sentait, elle
savait qu’avec lui elle était obligée et soumise aux contraintes. Il fallait
qu’elle surveille, qu’elle veille sur lui. Il fallait qu’elle oublie sa liberté.
Il fallait qu’elle accepte d’être sa mère. Elle ne l’acceptait pas. Elle
demeurait absente. Elle était loin. Elle s’enfuyait. L’enfant savait qu’il
dérangeait la mère. Il la pleurait.
Parfois pourtant le soir
avant de se coucher, avant qu’il ne s’endorme, elle était là quand
même. Elle arrivait. Elle se faisait très douce. Elle lui parlait.
De temps en temps aussi elle s’inquiétait s’il était en retard en sortant
de l’école. Elle avait peur quand il faisait du sport. Et elle pleurait
aussi quand il disait qu’il allait s’en aller.
Quand il était malade, elle appelait vite un médecin. Le jour où il avait été
accidenté, elle avait même crié.
La mère. Elle était malgré tout la mère. L’enfant l’aimait. Il l’aimait, et,
en lui, son image scintillait... ( à suivre)
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La citation de la semaine
"Celui qui conserve cette faculté de voir la beauté ne vieillit pas."
Franz Kafka - Conversations avec Kafka (Gustav Janouch)
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