N° 35 du 18/06/07

IVRE OU MALADE ?
Le site littéraire : humeur
La chronique d'Hector Plasma

Hips ! Excusez-moi, mais, j’ai un peu bu. Vous savez ce que c’est ; une conférence de rédaction qui se prolonge, des débats qui n’en finissent pas… C’est pas toujours facile. Quand on a, comme nous, un grand devoir… Mais bon, nous sommes bien là…

 

Le site littéraire : Ivre ? ou malade ?Quoi de neuf cette semaine ? Encore les élections ? La politique ? La France et tout ? Eh oui, mais c’est fini. On a les résultats. La vie reprend. Ah ! La vie… Elle nous manquait. Cela fait si longtemps ! Après toutes ces semaines à parler de la France et de ces gens qui ont la prétention de la soumettre et de la diriger… Après tous ces discours… La France enfin, va retrouver le chemin de la vie. L’assemblée on s’en fout. Vu que maintenant on a un président. D’ailleurs, vous l’avez vu à la télé cette semaine ? Paraît qu’il avait bu ! L’a bien le droit. Entre grands de ce monde de temps en temps il arrive qu’on se lâche. On peut très bien oui, parfois, céder à la bonne chère. Et hop, un rototo. Burp ! Bien dans ta tête de journaliste. Non sincèrement, l’avait l’air très content. Avec les autres, y pouvait faire bombance. Parler de tout de rien. Et se sentir puissant. Se dire ça y est j’y suis, j’ai réussi. Moi le petit, je suis avec les grands. Oh foutre ! comme aurait dit le Père Duchêne. Ca vous a étonné ? Vous sentîtes-vous choqué ? Allons allons, vous fûtes 18 983 138 à le faire triompher. L’a bien un peu le droit de s’en mettre une. Il faut être beau joueur. Et qu’en France les télés n’en parlent pas n’est qu’un détail. La France, oh oui la France, va bien falloir maintenant qu’elle s’habitue au sort idiot qu’elle a choisi. Nous, on discute pas. Même on comprend. Il en a si longtemps rêvé le petit homme. Il l’a tellement voulu… Comme tous les autres avant. Faut bien le laisser s’enivrer. On trinquera après. Pour ça, on aura même 5 ans. Alors, ivre ou malade ? A votre avis…

 

 

Le site littéraire : livres

Philippe Delerm
MAINTENANT, FOUTEZ-MOI LA PAIX ! - Mercure de France - 132 pages - 10,50 €

Philippe Delerm aime Proust et Léautaud. « Il n’a pas eu à les choisir. Ils restent là, en haut des piles, à portée de main, et il ne les abandonne jamais plus de deux ou trois semaines. » On comprend mieux pourquoi alors Delerm écrit si bien…

 

Le site littéraire : Maintenant, foutez-moi la paix !Avec ce livre, « Maintenant, foutez-moi la paix ! », c’est une lecture de Léautaud que nous propose, en 132 pages, Philippe Delerm. S’il paraît difficile d’évoquer le travail d’un homme en un récit si court, le lecteur pour autant s’y retrouve. Et, grâce à un style aussi agréable que limpide, fait connaissance avec un écrivain que tout le monde connaît sans doute sans savoir qui il est. D’une plume alerte, presque classique, Philippe Delerm, en 12 chapitres dont pas un n’excède les 12 pages, dresse un portrait à la fois tendre, humoristique et fidèle d’un homme qui occupe une place tout à fait particulière dans les lettres françaises.
Truffés de citations cocasses de l’auteur du « Journal littéraire », ce petit livre en effet, où très vite les plumes de Delerm et Léautaud se confondent, est une réelle invitation à découvrir ou redécouvrir l’œuvre de celui qu’on connaît plus pour le nombre de chats qu’il possédait plutôt que pour son œuvre.
Né en 1872, mort en 1956 après avoir travaillé plus de 30 ans au Mercure de France comme simple employé, Léautaud ne fut connu du grand public qu’à la fin de sa vie, en 1950, après la diffusion à la radio d’entretiens avec Robert Nallet.

« L’image », « La mère », « Le bonheur », « L’amour », « Le style », « La mort », « Les animaux », « Le progrès », « La politique », « La sincérité », « La publication » et « La solitude », sont les titres des chapitres qui composent l’ensemble. Brefs et concis, ils vont à l’essentiel sans pourtant rien omettre et renvoient presque tous à des thèmes majeurs de la littérature. Dans chacun d’eux, Léautaud est cité : « J’étais enfant, je me faisais déjà une jouissance de mon désenchantement. » (Le bonheur.) « Il faut le confesser : j’ai plus aimé le vice, dans l’amour, que l’amour. » (L’amour.) « …c’est la dernière qualité d’un livre d’être bien écrit. » (Le style.) « La démocratie, c’est des rats dans un égouts. » (La politique.)
Si ces bons mots de Léautaud se passent de commentaires, ce volume qui lui est consacré se lit avec avidité et grand plaisir. Loin de ce que peut-être l’image qu’on se fait aujourd’hui d’un écrivain, l’évocation de cette stature solitaire d’un homme qui n’accepta aucune compromission et resta de marbre face aux promesses de prix Goncourt qu'on lui fit un temps, nous fait du bien. « Maintenant, foutez-moi la paix ! » aurait dit Léautaud à l’infirmière qui lui apporta sa dernière potion peu avant de s’éteindre dans son sommeil. Malgré la brièveté de ce très bon bouquin, c’est là tout le contraire de ce qu’on voudrait faire.

 



Stéphane Esserbé

 

 

 

Le site littéraire : prose

AILLEURS                                                   par Jean-René Godule

Parfois, Jean-René Godule aimerait être ailleurs...

 

Le site littéraire : AilleursJ’arrive. Je pose mon sac. Autour de moi se tiennent les hommes. Je déballe mes affaires. J’ai des gestes précis. Je ne vois, autour, plus que du gris. Au ministère nous sommes très peu, et les gens qui travaillent ont tous le même profil.
Je me rends à mon poste. Il fait chaud. Je transpire. Et je retrouve les autres. Nos regards s’entrechoquent. Ils restent muets. Dans le fond, on entend les écrans, et la rumeur noie mes quelques paroles.

Le soir, nous sortons. Je suis très bien. Je sens de l’abandon, et les parfums me hèlent. Je vais doucement – je ne suis pas pressé. Je rentre à pied. J’aime cet instant. Je me délasse. Mes pas me guident. Chez moi je souffle. Je prends une douche et mange, regarde à la fenêtre. J’aime ça. Quand la nuit tombe je fume une cigarette et je me couche.

 

J’ai pris ce matin mon temps. Je ne sais pas pourquoi mais j’en ai eu envie. En arrivant au ministère je n’étais pas à l’heure. Une femme m’a bousculé. Elle m’a parlé. Je n’y ai pas pris garde. Je me suis souvenu de son regard. J’ai senti son parfum. Tout s’est très bien passé.
Il règne une douceur sur toute la ville. Je me laisse totalement aller. Le monde est loin. Peut-être est-il possible de vivre ? Il est toujours possible de voler des instants. Oublier… Marcher… Je flâne, profite de mon temps libre. J’entends une voix. J’ai l’idée de marcher. La chaleur est très douce. Quelque chose me transporte. Je vois encore la femme. Quelle image pénétrante ! Il me semble que chaque pas m’apporte de la force. Je sens dans mes membres un sang neuf. Je continue.

 

Je me suis écroulé. De fatigue. De lassitude. J’étais loin. Il faisait noir. Je n’entendais que le silence. J’ai soufflé longuement et senti une présence. Elle était grave et m’observait. Je suis allé vers elle. Tout semble tellement différent maintenant. Rien, personne désormais, ne pourra exiger de moi ce que je ne veux pas. J’entends la femme. Elle me dit : « Viens ! »

Il y a un parfum. Quelque chose de nouveau. Mes pas sont sûrs. De petits bruits s’élèvent. En moi s’éveillent des sensations. Un rai de jour éclaire un visage trouble. Je me sens, à cette minute plus libre. Je ne comprends pas. Je distingue simplement des gestes. Et la femme qui d’un coup sourit.

 

Je ne sais plus combien de temps j’ai connu le bonheur. J’ai découvert ce qu’on m’avait caché, ce que j’avais imaginé. Les enfants, les femmes, l’agitation… Les mensonges étaient loin. Les gens vivaient et ils semblaient heureux.

J’ai marché longuement. J’ai vu une multitude. Et entendu des cris. D’autres pensées me sont venues. Je n’ai plus vu autour de moi qu’une fête. La foule m’a submergé. J’ai ri.

 

 

 

Le site littéraire : citations

La citation de la semaine

 

"La postérité, c'est un discours aux asticots."

 

Louis-Ferdinand Céline

 

 

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