TOUS
LES MOYENS SONT BONS

La chronique d'Hector Plasma
Il est des défaites qui ont le goût de la victoire. Un certain vendredi soir de septembre, alors que la France s’apprêtait à se rouler dans une orgie toute commerciale préparée de longue date par tout un pan de la machine économique, le sport, (eh oui !), s’est quand même rappelé à la mémoire des gens qui l’apprécient...
En
effet, tandis que la propagande de-ci de-là allait bon train (journaux,
télévisions, publicités) pour qu’on mesure vraiment enfin l’ampleur
de l’événement censé faire gagner de l’argent à ceux qui en gagne beaucoup
déjà, 15 rugbyman d’un autre continent sont venus remettre les choses
au point. Une défaite. Aïe. Ca fait mal. Ce n’était pas prévu. Même
notre président n’en voulait pas. Il faut gagner, gagner toujours.
C’est le crédo de notre nouvelle France. On travaille. On gagne. On
réussit. Eh oui ! Mais non. Ca marche pas comme ça. Des fois, il suffit
pas de travailler. Il faut savoir penser avant. Ce que visiblement
nos adversaires d’un soir avaient dû faire. Aïe aïe ! Ca la fout mal
! Doit pas être content le président qui gagne, lui qui, évidemment,
avait même fait le déplacement et s’était fendu d’un discours à la
télé. Et son petit poulain, le coach, le vendeur de jambon qui gagne plein de sous et se prépare à investir son ministère, il doit pas en
mener très large. C’est triste. C’est dommage pour le sport et les
sportifs (encore que quelques-uns feraient bien de se taire quand il
y a des élections), mais ça nous fait bien rire. La fête, déjà, la
grande fête du commerce et de l’argent qu’on prévoyait autour d’un sport qui jusque-là en était préservé, a bien mal commencé. On ne saurait s’en plaindre.
Car oui, imaginons, imaginons que tout ce soit passé comme il fallait.
La propagande aurait pu continuer. Et le nain-président en profiter.
Vous nous direz ; nous n’avons pas des propos patriotes. Mais aimer
l’endroit où on nait n’oblige pas la bêtise. On est content nous au
nonsens. Et on le dit. Vivement d’autres défaites. Que ça fasse réfléchir.
Le ridicule parfois, a du bon. En France idiote tous les moyens sont
bons.
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Francesco Orlando
UN SOUVENIR DE LAMPEDUSA - L'inventaire - 107 pages - 11,43 €
Francesco Orlando était étudiant en droit et avait dix-neuf ans lorsqu’il fut présenté à Giuseppe Tomasi di Lampedusa à Palerme. Celui-ci n’avait plus que quelques années à vivre et s’employa à former le jeune Francesco. C’est aussi à cette période qu’il écrivit son roman, « Le guépard. »
C’est
donc l’histoire d’une rencontre que nous raconte « Un souvenir de Lampedusa.
» Composé de deux textes de la plume de Francesco Orlando, « Un souvenir
de Lampedusa », écrit en 1962, et « A distances multiples », rédigé
en 1996, ce livre constitue un témoignage intéressant sur les dernières
années du prince Lampedusa, sa personnalité et la genèse de son célèbre
roman.
En moins d’une centaine de pages empreintes de prudence et de respect mais
exempte de complaisance, l’auteur évoque les circonstances qui l’amenèrent
à rencontrer l’auteur du Guépard, et la relation complexe de maître à élève
qu’il connut avec lui.
Dans le climat de la Sicile de la fin des années cinquante, on découvre un
homme érudit qui sait arriver au terme de son existence sans vouloir le laisser
paraître, et un jeune homme curieux et désireux d’apprendre. L’érudit, le maître,
par ailleurs grande figure de la noblesse locale marquée par le déclin de l’aristocratie,
blessera plusieurs fois le jeune Francesco en raison de son intransigeance,
mais celui-ci, témoin privilégié de la genèse d’un livre qui connut par la
suite un grand succès et fut porté à l’écran avec la gloire qu’on connaît,
restera à jamais reconnaissant à son maître.
Confrontés l’un à l’autre à une distance de trente-quatre ans, les deux textes
qui construisent ce livre sont une réflexion sur la complexité des relations
que peuvent entretenir les hommes de lettres entre eux. Ils montrent à quel
point la rencontre d’un homme peut être déterminante dans la vie et le destin
d’un autre.
Tout le poids et l’importance que représente Lampedusa pour le jeune Francesco
se lisent dans le style scrupuleux d’« Un souvenir de Lampedusa », et le texte,
« A distances multiples »,
plus de trente ans plus tard, bien qu’écrit avec plus de recul et de maturité,
ne fait que le confirmer.
« Un souvenir de Lampedusa », avec tous les rappels se rapportant à l’érudition
de Lampedusa, ouvre aussi une page de l’histoire littéraire européenne. On
y croise Proust et son Contre Sainte-Beuve dont l’argument est repris par Orlando,
et qui fut en son temps contesté par Lampedusa.
Loin d’être tout à fait désuète et anecdoctique, la lecture de ce livre est
une manière agréable de faire connaissance avec Lampedusa, et de redécouvrir
un monde où les élèves savaient encore qu’ils avaient beaucoup à apprendre
de leurs maîtres.
Stéphane Esserbé
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LE TEMPS par Jean-René Godule
Ah ! Le temps...
Quelque chose, dans l’air, du fond des jours, allaient venir. Le meilleur était
pour demain. Il y avait une logique. J’étais jeune. Je n’imaginais
pas mon existence. Ne pensais pas vieillir. Fier, j’allais. Le bonheur
forcément existait. Je ne comprenais pas que la vie s’enfuyait. Que
les jours, déjà mouraient. Que chaque instant était une défaite. Que
la mort me guettait. Que vivant, on était déjà mort. Avec le temps
en moi est entré la raison. Avec le temps mon esprit s’est ouvert.
J’ai découvert les failles. D’abord mes souvenirs. Et les images. En
moi dansaient des ombres. Ce que j’avais perdu. Arrivé à mon âge… Les
étés viennent. Mais ils n’ont plus toutes les saveurs. Le monde me
fuit. Ce qui m’étonne, c’est mon absence. Les jours ne comptaient pas.
Avant n’était qu’un rêve.
Après l’été vient le grand vide. C’est en soi que l’on est. L’hiver n’est qu’un
morceau du monde. La course ne s’interrompt jamais. Le temps n’importe plus.
La mort…
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La citation de la semaine
"Nous sommes dans un désert, personne ne comprend personne."
Gustave Flaubert - Lettre à Léonie Braine, nuit du 30 décembre 1878
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