N° 50 du 16/12/07

QUI SAIT ?

La chronique d'Hector Plasma

Alors, quoi de neuf cette semaine ? Comment ? Il a invité le colonel ? Oh la la ! C’est mal ? C’est vrai. Ca ne peut pas être bien. Oui mais voilà ; s’il l’a invité, c’est qu’il a ses raisons.…

 

Et ces raisons sont des raisons é-co-no-mi-ques. Vous dîtes ? Economiques ? Ben oui. E-co-no-mi-ques. C’est important l’économie. Surtout en ce moment. On a besoin d’argent. Faut vendre. En plus de se remettre au travail faut gratter des marchés. Alors… Faut savoir ce qu’on veut. Bon. D’accord. Il a une drôle de tête le colonel. Et avec notre président tout droit venu de Lilliput faut reconnaître que ça fait une photo bizarre. Mais quoi ! Y’a pas 18 983 138 imbéciles qui ont voté pour lui un certain jour de mai ?
Nous, l’histoire du colonel, ça nous fait rire. On n’a pas honte (la honte on l’a depuis longtemps). On trouve ça rigolo. Car enfin, qu’est-ce qu’on a à lui vendre au Colonel ? Ce qu’on refuse aux iraniens ? Du nucléaire ? Des armes ? Une bagatelle. Vous fûtes tellement nombreux à vous agenouiller devant l’auguste petit homme en ce 6 mai ! Vous l’avez bien cherché ! N’avons-nous pas le droit, en conséquence, aujourd’hui, de nous lâcher un peu ? L’ère vulgaire et obscène dans laquelle nous vivons depuis plus de 6 mois doit-elle en plus être si triste ? Il arrive bien un point où rire reste le seul recours. Pourquoi alors n’aurions-nous pas le droit d’en profiter un peu ? Une question cependant : la prochaine fois, ce sera quoi ? Est-ce qu’on pourra enfin passer à autre chose ? Est-ce, qu’enfin, au moment de prendre la plume on aura à nouveau à se creuser la tête pour trouver une idée ? Ou ça va continuer ? Qui sait ?

 

 

 

 

Jean Grenier
SOUS L'OCCUPATION - Editions Claire Paulhan - 387 pages - 30, 49 €

Sous l’Occupation, alors que certains résistaient, pendant que d’autres collaboraient et tandis que la plupart attendaient, Jean Grenier, qui ne crut pas à l’efficacité d’une résistance active face à l’occupant, prit le parti, chaque soir, de noter tout ce qu’il avait appris et entendu…

 

Ce livre, édition établie par Claire Paulhan qui avait au préalable travaillé à celle des Carnets 1944-1971 en compagnie de la veuve de l’auteur, est la retranscription d’un dactylogramme dont il n’existe pas trace dans le fond d’archives de la Bibliothèque Nationale. Document historique constitué par un auteur qui disait lui-même que « rien ne lui plaisait plus que d’écrire », il s’attache surtout à évoquer les propos d’écrivains durant la période troublée de l’Occupation. Jean Grenier, lui-même hostile à l’occupant, mais songeant avec perspicacité que « la victoire obtenue par les Allemands avec des machines changerait de camp avec d’autres machines plus puissantes aux mains des Américains », se positionne en effet en témoin. Et livre des pages intéressantes sur le monde des lettres en France occupée. Regroupés par thèmes, les témoignages rapportés le sont avec beaucoup d’intelligence. Et l’on comprend vite que ce qui intéresse surtout Jean Grenier en cette période n’est pas tant le déroulement de la guerre ou même l’Occupation en elle-même, mais plus le comportement, les prises de position et les réactions des écrivains face à ces deux événements.


Dans ces notes, Jean Grenier ne juge pas et donne très peu son avis. Il voyage, fait des rencontres, enseigne, et côtoie aussi bien Pierre Drieu la Rochelle, collaborateur notoire, qu’Albert Camus, son ancien élève et figure de la Résistance. Jean Grenier de toute évidence, ne cherche pas à placer son fauteuil dans le sens de l’histoire. Ce qu’il semble vouloir, c’est consigner le plus possible de propos d’hommes de lettres relatifs aux événements.
Si le livre débute par une belle et troublante description de Paris pendant les premier mois de l’Occupation, si au début les notes sont très écrites et parfois très littéraires, un style presque télégraphique, par prudence sans doute, prend peu à peu possession du texte pour ne plus évoquer que ce que font ou pensent les uns et les autres, petits ou grands, de la situation. On croise ainsi Giono, Gide, et Paulhan. A part mourir, rien ne semble simple à cette période, même pour les écrivains. Les déboires de la NRF, les difficultés rencontrées par les maisons d’édition, les cas de conscience que posent parfois certaines situations, tout cela exacerbe les humeurs du petit monde des lettres. Jean Grenier, dont on retrouve ici avec plaisir le détachement restitue le récit de la petite histoire perdue dans la plus grande. Le texte, du fait de la contraction du style en fin de volume, perd un peu de son intérêt au fil des pages.
Le choix d’une restitution chronologique des faits dans chaque thème en trouble également un peu la lecture, mais la plume de Jean Grenier, neutre, offre un point de vue intéressant sur une période que l’on a l’habitude de juger de manière plus péremptoire.
Jean Grenier, dont les principes philosophiques étaient à l’opposé de ceux de l’engagement, offre donc ici une autre lecture d’une période qu’on a trop vite pris l’habitude d’appréhender à l’aune de ce que l’histoire officielle nous en a toujours dit.

 



Stéphane Esserbé

 

 

 

MORTE !                                                      par Jean-René Godule

Une belle nouvelle...

 

Un bel après-midi d'automne. Le square, aux Batignolles. Le soleil a brûlé la journée. Les ombres sont allongées. La lumière tombe. Eclats. Pans de soleil entiers, qui viennent dorer, mélancoliques, le sol plein de poussière. Les enfants courent, crient, jouent. Et les gens rentrent. On peut voir de belles filles.
Un homme s'avance, ouvre la grille. Il entre. Cela fait très longtemps qu'il n'est pas venu là. Ses souvenirs d'enfants reviennent. Il marche, il flâne. Il reconnaît, un à un, les buissons, les allées, la mare, le petit ruisseau qu'il avait fréquenté.
Au loin, autour, par delà la trouée de la gare Saint-Lazare, il perçoit le fracas des trains
L'homme continue, respire, reconnaît les odeurs ; les parfums de poussière et d'herbe humide qu'il avait maintes fois senties il y avait des années. Il s'imprègne, aussi, du brouhaha, du chahut des enfants, du bruit des grilles qui claquent, des klaxons du manège qui lui non plus n'a pas changé.
Lentement il avance, et remarque, immobiles sur un banc, des jambes fines face à lui, à quelques mètres, belles jambes de femmes, nues, finies d’un corps très mince, surmonté d’une chevelure brune, flottante, qui le caresse, et que lui voit de dos.

Il la regarde, hésite.
Il la sent triste.
Il approche lentement, jette un regard au niveau de ses pieds, aperçoit sa peau lisse, passe à côté.
Ses seins de face ; sur le point de s'offrir tendant le tissu blanc de sa chemise... Ses cuisses, douces, qui se dessinent…
L'homme approche et ne peut plus bouger. Elle ne le voit pas, ne bouge pas même les yeux.
Il voudrait la toucher, la saisir, la serrer.
Il voudrait l'emmener, lui parler, la faire rire... Il voudrait l'embrasser, s'endormir...

Est-ce donc un rêve ?

L'homme alors, cligne des yeux. Elle est toujours ici. Elle est bien là figée, indifférente...
Sans doute, n'est-elle qu'une illusion. Sans doute n'est-ce que la beauté du soleil, au loin, se couchant, sa lumière, qui lui projette cet air de mélancolie sur les traits. Mais l'homme, lui, voudrait en être sûr. Et il attend, le regard droit tendu vers ces jambes délicates. Il attend, dans le fracas des trains qui passent.

De longues minutes s'écoulent, vides, sans fin, et puis un cri aigu, très long. Et l'homme sursaute.
Autour de lui des gens accourent, se dirigent vers le cabanon du marchand de friandises. D'autres promeneurs courent. Une femme, à côté, crie à son tour. Un homme également, s'approche du banc. Il prend les bras de l'inconnue, les secoue vite, applique sa tête sur sa poitrine, porte ses mains près de sa bouche...
Que fait-il ?
Enfin, quand l'autre homme lentement, en se tournant, les bras ballants, repose le corps comme une poupée, doucement, les membres désarticulés, il dit :
" Rien à faire, elle est morte."

 

 

 

 

La citation de la semaine

 

"Celui dont les yeux ont vu la beauté, à la mort dès lors est prédestiné..."

 

 

August von Platen

 

 



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