QUI
SAIT ?

La chronique d'Hector Plasma
Alors, quoi de neuf cette semaine ? Comment ? Il a invité le colonel ? Oh la la ! C’est mal ? C’est vrai. Ca ne peut pas être bien. Oui mais voilà ; s’il l’a invité, c’est qu’il a ses raisons.…
Et
ces raisons sont des raisons é-co-no-mi-ques. Vous dîtes ? Economiques
? Ben oui. E-co-no-mi-ques. C’est important l’économie. Surtout en
ce moment. On a besoin d’argent. Faut vendre. En plus de se remettre
au travail faut gratter des marchés. Alors… Faut savoir ce qu’on veut.
Bon. D’accord. Il a une drôle de tête le colonel. Et avec notre président
tout droit venu de Lilliput faut reconnaître que ça fait une photo
bizarre. Mais quoi ! Y’a pas 18 983 138 imbéciles qui ont voté pour lui un certain jour de mai ?
Nous, l’histoire du colonel, ça nous fait rire. On n’a pas honte (la honte
on l’a depuis longtemps). On trouve ça rigolo. Car enfin, qu’est-ce qu’on a
à lui vendre au Colonel ? Ce qu’on refuse aux iraniens ?
Du nucléaire ? Des armes ? Une bagatelle. Vous fûtes tellement nombreux à vous
agenouiller devant l’auguste petit homme en ce 6 mai ! Vous l’avez bien cherché
! N’avons-nous pas le droit, en conséquence, aujourd’hui, de nous lâcher un
peu ? L’ère vulgaire et obscène dans laquelle nous vivons depuis plus de 6
mois doit-elle en plus être si triste ? Il arrive bien un point où rire reste
le seul recours. Pourquoi alors n’aurions-nous pas le droit d’en profiter un
peu ? Une question cependant : la prochaine fois, ce sera quoi ? Est-ce qu’on
pourra enfin passer à autre chose ? Est-ce, qu’enfin, au moment de prendre
la plume on aura à nouveau à se creuser la tête pour trouver une idée ? Ou
ça va continuer ? Qui sait ?
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Jean Grenier
SOUS L'OCCUPATION - Editions Claire Paulhan - 387 pages - 30, 49 €
Sous l’Occupation, alors que certains résistaient, pendant que d’autres collaboraient
et tandis que la plupart attendaient, Jean Grenier, qui ne crut pas
à l’efficacité d’une résistance active face à l’occupant, prit le
parti, chaque soir, de noter tout ce qu’il avait appris et entendu…
Ce
livre, édition établie par Claire Paulhan qui avait au préalable travaillé
à celle des Carnets 1944-1971 en compagnie de la veuve de l’auteur,
est la retranscription d’un dactylogramme dont il n’existe pas trace
dans le fond d’archives de la Bibliothèque Nationale. Document historique
constitué par un auteur qui disait lui-même que « rien ne lui plaisait
plus que d’écrire », il s’attache surtout à évoquer les propos d’écrivains
durant la période troublée de l’Occupation. Jean Grenier, lui-même hostile à l’occupant, mais songeant avec perspicacité
que « la victoire obtenue par les Allemands avec des machines changerait
de camp avec d’autres machines plus puissantes aux mains des Américains
», se positionne en effet en témoin. Et livre des pages intéressantes
sur le monde des lettres en France occupée. Regroupés par thèmes, les
témoignages rapportés le sont avec beaucoup d’intelligence. Et l’on
comprend vite que ce qui intéresse surtout Jean Grenier en cette période
n’est pas tant le déroulement de la guerre ou même l’Occupation en
elle-même, mais plus le comportement, les prises de position et les
réactions des écrivains face à ces deux événements.
Dans ces notes, Jean Grenier ne juge pas et donne très peu son avis. Il voyage,
fait des rencontres, enseigne, et côtoie aussi bien Pierre Drieu la Rochelle,
collaborateur notoire, qu’Albert
Camus, son ancien élève et figure de la Résistance. Jean Grenier de toute évidence,
ne cherche pas à placer son fauteuil dans le sens de l’histoire. Ce qu’il
semble vouloir, c’est consigner le plus possible de propos d’hommes de lettres
relatifs aux événements.
Si le livre débute par une belle et troublante description de Paris pendant
les premier mois de l’Occupation, si au début les notes sont très écrites et
parfois très littéraires, un style presque télégraphique, par prudence sans
doute, prend peu à peu possession du texte pour ne plus évoquer que ce que
font ou pensent les uns et les autres, petits ou grands, de la situation. On
croise ainsi Giono, Gide, et Paulhan. A part mourir, rien ne semble simple
à cette période, même pour les écrivains. Les déboires de la NRF, les difficultés
rencontrées par les maisons d’édition, les cas de conscience que posent parfois
certaines situations, tout cela exacerbe les humeurs du petit monde des lettres.
Jean Grenier, dont on retrouve ici avec plaisir le détachement restitue le
récit de la petite histoire perdue dans la plus grande. Le texte, du fait de
la contraction du style en fin de volume, perd un peu de son intérêt au fil
des pages.
Le choix d’une restitution chronologique des faits dans chaque thème en trouble
également un peu la lecture, mais la plume de Jean Grenier, neutre, offre un
point de vue intéressant sur une période que l’on a l’habitude de juger de
manière plus péremptoire.
Jean Grenier, dont les principes philosophiques étaient à l’opposé de ceux
de l’engagement, offre donc ici une autre lecture d’une période qu’on a trop
vite pris l’habitude d’appréhender à l’aune de ce que l’histoire officielle
nous en a toujours dit.
Stéphane Esserbé
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MORTE ! par Jean-René Godule
Une belle nouvelle...
Un bel après-midi d'automne. Le square, aux Batignolles. Le soleil a brûlé la
journée. Les ombres sont allongées. La lumière tombe. Eclats. Pans
de soleil entiers, qui viennent dorer, mélancoliques, le sol plein
de poussière. Les enfants courent, crient, jouent. Et les gens rentrent.
On peut voir de belles filles.
Un homme s'avance, ouvre la grille. Il entre. Cela fait très longtemps qu'il
n'est pas venu là. Ses souvenirs d'enfants reviennent. Il marche, il flâne. Il
reconnaît, un à un, les buissons, les allées, la mare, le petit ruisseau qu'il
avait fréquenté.
Au loin, autour, par delà la trouée de la gare Saint-Lazare, il perçoit le fracas
des trains
L'homme continue, respire, reconnaît les odeurs ; les parfums de poussière et
d'herbe humide qu'il avait maintes fois senties il y avait des années. Il s'imprègne,
aussi, du brouhaha, du chahut des enfants, du bruit des grilles qui claquent,
des klaxons du manège qui lui non plus n'a pas changé.
Lentement il avance, et remarque, immobiles sur un banc, des jambes fines face
à lui, à quelques mètres, belles jambes de femmes, nues, finies d’un corps très
mince, surmonté d’une chevelure brune, flottante, qui le caresse, et que lui
voit de dos.
Il la regarde, hésite.
Il la sent triste.
Il approche lentement, jette un regard au niveau de ses pieds, aperçoit sa
peau lisse, passe à côté.
Ses seins de face ; sur le point de s'offrir tendant le tissu blanc de sa chemise...
Ses cuisses, douces, qui se dessinent…
L'homme approche et ne peut plus bouger. Elle ne le voit pas, ne bouge pas
même les yeux.
Il voudrait la toucher, la saisir, la serrer.
Il voudrait l'emmener, lui parler, la faire rire... Il voudrait l'embrasser,
s'endormir...
Est-ce donc un rêve ?
L'homme alors, cligne
des yeux. Elle est toujours ici. Elle est bien là figée, indifférente...
Sans doute, n'est-elle qu'une illusion. Sans doute n'est-ce que la beauté du
soleil, au loin, se couchant, sa lumière, qui lui projette cet air de mélancolie
sur les traits. Mais l'homme, lui, voudrait en être sûr. Et il attend, le regard
droit tendu vers ces jambes délicates. Il attend, dans le fracas des trains
qui passent.
De longues minutes s'écoulent,
vides, sans fin, et puis un cri aigu, très long. Et l'homme sursaute.
Autour de lui des gens accourent, se dirigent vers le cabanon du marchand de
friandises. D'autres promeneurs courent. Une femme, à côté, crie à son tour.
Un homme également, s'approche du banc. Il prend les bras de l'inconnue, les
secoue vite, applique sa tête sur sa poitrine, porte ses mains près de sa bouche...
Que fait-il ?
Enfin, quand l'autre homme lentement, en se tournant, les bras ballants, repose
le corps comme une poupée, doucement, les membres désarticulés, il dit :
" Rien à faire, elle est morte."
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La citation de la semaine
"Celui dont les yeux ont vu la beauté, à la mort dès lors est prédestiné..."
August von Platen
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