C'EST QUI QU'A COMMENCE ?

La chronique d'Hector Plasma
Il y en a d’abord eu 2. Il y a plus de 61 ans. Oh des petites, pour la bonne
cause. On les a lâchées sur des villes d’un pays abattu. Boum boum. Plus rien. Plus que des morts. Un champignon. C’était pour la bonne cause.
Nécessité. Fallait bien en finir. Après bien sûr y’en a plus eu. Simplement
des essais pour voir. Ca faisait peur. Mais d’autres s’en sont pourvus.
C’est devenu inquiétant. On a fait un traité. Seuls les grands, pays
civilisés, qui s’en étaient déjà munis, auraient le droit. Les autres
n’avaient plus qu’à signer, sous peine de s’exposer. C’est vrai quoi,
c’est dangereux de laisser ça entre les mains de pays arriérés. Une bombe comme ça c’est pas comme une grenade. Vous les voyez vous les sauvages
avec ce matériel ? Nous, on sait bien se tenir. Mais eux ? Donc on
se scandalise. On se veut menaçant. On ne peut pas tolérer ça. C’est
grave. Il faut faire quelque chose. Mais peut-on remonter le temps
? Car oui, c’est qui qu’a commencé ? D’où que ça vient cette bombe
infâme ? Ah ! C’est pas pareil… A l’époque il fallait… On n’avait pas
le choix…
Il fallait y penser avant. Qui sème
le grain récolte la tempête. Et aujourd’hui le vent se lève. Certains pays, régimes barbares, même pas démocratiques,
méchants et tout, en brandissent la menace. C’est effrayant. Mais pourtant vrai.
Fallait pas être bête. Des bombes comme ça bientôt chacun aura la sienne. Et
ça pourra péter n’importe quand. Ca fait longtemps qu’on sait tout ça. Et ça
change pas grand chose. Ca fait juste une variante. L’Iran, ou la Corée, le Pakistan…
Quand ça pétera, qu’est-ce qu’on pourra se dire ? C’est qui qu’a commencé ?
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Gert Ledig
SOUS LES BOMBES - Zulma
- 221 pages - 15 €
1 heure et 9 minutes, c’est, en juillet 1944, le temps qu’il faut à l’aviation américaine pour ravager la ville de Munich par les bombes. C’est aussi la durée qu’a choisi Gert Ledig pour son roman qui raconte ce bombardement aux airs d’apocalypse…
Que
peuvent avoir en commun, en juillet 1944, un pilote américain, un prisonnier russe, un jeune lieutenant allemand et un vieux couple désespéré ? D’être les principaux protagonistes d’un bombardement,
et de voir leur destin se mêler sous le terrible pouvoir de destruction
des bombes. « Sous les bombes » en effet, titre qui convient très bien à ce récit, est un texte au souffle
haché et puissant dont le rythme est donné par celui de la chute
des bombes sur la ville de Munich. Les hommes, qu’ils y soient pilotes et se trouvent dans les avions qui larguent
les bombes, qu’ils y soient prisonniers et russes travaillant dans
la cité bavaroise, ou bien simples servants d’une batterie de FLAK,
ou encore résidants meurtris de la ville, ont en effet ce point commun
de se trouver mêlés à un événement dont le souffle apocalyptique
les dépasse. Il n’est pas dans ce livre question de nationalité de
victoire ou de défaite. L’auteur n’évoque à aucun moment le destin
d’un peuple ou celui d’une nation. Il restitue simplement et avec
force la souffrance humaine telle qu’elle a pu exister en un point précis du monde à un moment donné. «
Sous les bombes » est avant tout l’histoire d’une humanité qui souffre
d’avoir elle-même enfanté l’origine de sa souffrance. D’hommes et
de femmes qui, à la merci de puissances destructrices contres lesquelles
ils sont démunis, acceptent leur destin sans sourciller, ou bien
au contraire essaient coûte que coûte et envers et contre tout de
survivre. On oublie vite dans ce livre qui est allemand, russe ou
américain. Effrayé et halluciné par le terrible pouvoir de destruction de la guerre moderne, on cherche à s’enfuir sans trouver de porte de sortie. Les bombes tombent,
choisissant arbitrairement leurs cibles avec lesquelles le lecteur
vient tout juste de faire connaissance. Les immeubles s’effondrent,
les avions s’écrasent, les caves et les corps brûlent et tout s’arrête.
L’espace d’1 heure et 9 minutes, une ville, une grande ville européenne, à une époque encore très proche, a connu l’enfer et le chaos et laisse surgir
des décombres des survivants qu’on n’aurait cru pouvoir trouver :
des ombres, hallucinées, errantes, mais vivantes.
Livre sur la guerre, mais pas livre de guerre, ce roman, véritable œuvre littéraire,
réédité aujourd’hui 50 ans après sa parution, est un témoignage qui n’a rien
perdu de son acuité, et dont la lecture hélas ne peut pas manquer de replonger
son lecteur dans la réalité.
En s’attachant au destin de personnages qui à priori n’ont rien de commun mais
que les circonstances font ensemble basculer dans le chaos, il nous rappelle
qu’à tous moments le monde peut vaciller si
l’on n’y prend garde.
Stéphane Esserbé
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LES RUINES par
Jean-René Godule
J’ai des images depuis longtemps. Je vois des choses étranges. En moi s’agite
un monde. J’entends des bruits. Il y a des champs de ruines. J’arrive
dans une ville. La rue, la vue des amas de décombres me troublent.
J’ai un moment d’hésitation. Est-ce bien moi ? Je me sens étonné. Avant
les choses étaient horribles. Il régnait le mensonge. J’avais peur.
Aujourd’hui… J’ai l’impression que tout est propre. Les ruines ne m’effraient
pas. Oh l’illusion ! Tout semble si certain. Chaque bruit, chaque frôlement
paraît réel. Je vois, touche, sens. Cela foisonne, monte, et m’envahit.
Pénétrant le décor je m’acclimate. Derrière moi vient la foule. La
douceur me submerge. N’est-ce pas une nouvelle chance ? D’avant ne
restent que des bribes. Tout au fond des regards, sur les visages hagards,
n’apparaissent que des signes. Au loin la lumière monte. J’attends.
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La citation de la semaine
"Il n'est de héros, dans la guerre, que ceux qui n'ont pas cédé au stupide vertige collectif..."
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