C'EST PAS FINI ?
La chronique d'Hector Plasma
Alors, c’est pas fini encore ? On joue toujours ? On s’agglutine devant le poste ? On suit les événements ? C’est que c’est important...
L’honneur
de la patrie est en question. On s’informe. On se tient au courant.
Est-ce que machin pourra être prêt ? Et truc, comment va sa blessure
? Et bidule, retrouve-t-il le moral ? Allons. Ca nous occupe. Le soir
après une dure journée on suit tout ça à la télé et ça fait un bien
fou. On oublie. On s’évade. Et puis le lendemain on met le nez dans
les journaux. On analyse. On se renseigne. On essaie de comprendre.
Pourquoi machin n’a pas fait ça ? Pourquoi bidule est-il sorti ? Et
pourquoi truc n’a-t-il pas joué ? Autant de questions importantes,
qui transfigurent le quotidien, qui rendent la vie plus belle. Ah,
si ça pouvait être toujours comme ça ! L’été, à l’approche des vacances,
se mettre doucement en route… On verra tout le reste à la rentrée.
A la rentrée ? Oui. Le foot, c’est cool, ça aide à oublier...
FP Meny*
CONQUETE DU DESASTRE - Sulliver -
158 pages - 15 €
Etre un écrivain vagabond ne doit pas forcément obliger à écrire comme un cochon. C’est, en premier lieu, ce qui vient à l’esprit du lecteur après avoir lu quelques lignes de « Conquête du désastre », livre difficilement classable mais qui n’est en fait que la longue diatribe d’un homme en marge de la société…
Un écrivain
vagabond pourtant (c’est apparemment l’auteur lui-même qui se qualifie comme tel), ne
doit pas se sentir obligé d’écrire sans chercher à donner de sens
à son travail. A fortiori s’il montre toutes les qualités requises
pour écrire. Un écrivain vagabond tout vagabond soit-il doit aussi
être un écrivain. Et, s’il a le désir d’écrire, aller jusqu’au bout de sa démarche. C’est, hélas,
ce que ne fait pas F.P. Meny dans son livre. Puisqu’à aucun moment
il ne s’exprime clairement, comme si, en tant que marginal, il s’interdisait
d’écrire de manière à être compris. Nul bien sûr ne pourra reprocher
à F.P. Meny d’être sans domicile fixe et de conter ses errances et
ses dégoûts. D’autant que l’on imagine qu’écrire dans la précarité
ne doit pas être chose facile. Pourtant cela n’excuse pas tout.
Il y a de bonnes pages dans
ce livre, surtout au milieu, ou la prose est moins décousue et où le lecteur s’y retrouve
un peu. Mais les bons mots et les diatribes ne suffisent pas. Hormis la prouesse de réussir à tenir 158
pages sans réelle trame, l’auteur ne convainc pas, non pas parce que cela ne
lui est pas possible, mais parce qu’il semble curieusement se l’interdire.
« Chacun d’entre vous doit apprendre la langue des masques s’il veut devenir
un homme. » Certes. Et chaque écrivain, avant d’écrire, doit apprendre à ôter
le sien. S’il veut enfin trouver sa place en ce bas monde, F.P. Meny devra
tôt ou tard ôter le sien. Pour mieux recommencer son livre. Peut-être…
* A l'heure où nous mettons en ligne, nous apprennons
le décès de FP Meny. Nous avons malgré tout décidé de publier cette
chronique.
Stéphane Esserbé
CHRONIQUES DES TEMPS HUMIDES par Bernado*
(textes et dessins)
"Le monde était heureux. La guerre et la misère inconnues. Les forces célestes,
trop longtemps oubliées s'en offusquèrent : l'homme devait suivre
son destin et s'en prendre plein la gueule. Alors il y eut la pluie.
Des années de pluie. Les eaux montèrent. Il n'y avait plus que l'eau.
Il parait que le ciel n'a pas toujours eu cette couleur. Ceux qui
restèrent au sommet des tours eurent raison : il ne reste plus que
nous : l'Arche. Je dois maintenant vous parler de Mavis Brünn. Il
était sans histoire. L'entretien des ponts et passerelles de l'Arche
occupait ses journées et sa vie. Il passait ses nuits en fumant à
regarder répéter les danseuses. Mais l'Arche a eu besoin de lui.
Lui seul pouvait réussir cette mission. Et lui seul était assez con
pour l'accepter. Ils sont venu le chercher." (a suivre...)
Téléchargez le PDF des trois premières planches
* Bernardo est architecte, dessinateur et mime.
La citation de la semaine
"... notre siècle est un siècle de putains, et ce qu'il y a de moins prostitué, jusqu'à présent, ce sont les prostituées."
Gustave Flaubert - Lettre à Louise Collet, dimanche 29 janvier 1854
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