N° 63 du 15/06/08

C'EST PAS FINI ?


HUMEUR

La chronique d'Hector Plasma

Alors, c’est pas fini encore ? On joue toujours ? On s’agglutine devant le poste ? On suit les événements ? C’est que c’est important...

 

L’honneur de la patrie est en question. On s’informe. On se tient au courant. Est-ce que machin pourra être prêt ? Et truc, comment va sa blessure ? Et bidule, retrouve-t-il le moral ? Allons. Ca nous occupe. Le soir après une dure journée on suit tout ça à la télé et ça fait un bien fou. On oublie. On s’évade. Et puis le lendemain on met le nez dans les journaux. On analyse. On se renseigne. On essaie de comprendre. Pourquoi machin n’a pas fait ça ? Pourquoi bidule est-il sorti ? Et pourquoi truc n’a-t-il pas joué ? Autant de questions importantes, qui transfigurent le quotidien, qui rendent la vie plus belle. Ah, si ça pouvait être toujours comme ça ! L’été, à l’approche des vacances, se mettre doucement en route… On verra tout le reste à la rentrée. A la rentrée ? Oui. Le foot, c’est cool, ça aide à oublier...

 

 

 

 


Livres

FP Meny*
CONQUETE DU DESASTRE - Sulliver - 158 pages - 15 €

Etre un écrivain vagabond ne doit pas forcément obliger à écrire comme un cochon. C’est, en premier lieu, ce qui vient à l’esprit du lecteur après avoir lu quelques lignes de « Conquête du désastre », livre difficilement classable mais qui n’est en fait que la longue diatribe d’un homme en marge de la société…

 

Un écrivain vagabond pourtant (c’est apparemment l’auteur lui-même qui se qualifie comme tel), ne doit pas se sentir obligé d’écrire sans chercher à donner de sens à son travail. A fortiori s’il montre toutes les qualités requises pour écrire. Un écrivain vagabond tout vagabond soit-il doit aussi être un écrivain. Et, s’il a le désir d’écrire, aller jusqu’au bout de sa démarche. C’est, hélas, ce que ne fait pas F.P. Meny dans son livre. Puisqu’à aucun moment il ne s’exprime clairement, comme si, en tant que marginal, il s’interdisait d’écrire de manière à être compris. Nul bien sûr ne pourra reprocher à F.P. Meny d’être sans domicile fixe et de conter ses errances et ses dégoûts. D’autant que l’on imagine qu’écrire dans la précarité ne doit pas être chose facile. Pourtant cela n’excuse pas tout.


Il y a de bonnes pages dans ce livre, surtout au milieu, ou la prose est moins décousue et où le lecteur s’y retrouve un peu. Mais les bons mots et les diatribes ne suffisent pas. Hormis la prouesse de réussir à tenir 158 pages sans réelle trame, l’auteur ne convainc pas, non pas parce que cela ne lui est pas possible, mais parce qu’il semble curieusement se l’interdire. « Chacun d’entre vous doit apprendre la langue des masques s’il veut devenir un homme. » Certes. Et chaque écrivain, avant d’écrire, doit apprendre à ôter le sien. S’il veut enfin trouver sa place en ce bas monde, F.P. Meny devra tôt ou tard ôter le sien. Pour mieux recommencer son livre. Peut-être…


* A l'heure où nous mettons en ligne, nous apprennons le décès de FP Meny. Nous avons malgré tout décidé de publier cette chronique.

 



Stéphane Esserbé

 

 

 


PROSE

CHRONIQUES DES TEMPS HUMIDES                              par Bernado*
(textes et dessins)

 

"Le monde était heureux. La guerre et la misère inconnues. Les forces célestes, trop longtemps oubliées s'en offusquèrent : l'homme devait suivre son destin et s'en prendre plein la gueule. Alors il y eut la pluie. Des années de pluie. Les eaux montèrent. Il n'y avait plus que l'eau. Il parait que le ciel n'a pas toujours eu cette couleur. Ceux qui restèrent au sommet des tours eurent raison : il ne reste plus que nous : l'Arche. Je dois maintenant vous parler de Mavis Brünn. Il était sans histoire. L'entretien des ponts et passerelles de l'Arche occupait ses journées et sa vie. Il passait ses nuits en fumant à regarder répéter les danseuses. Mais l'Arche a eu besoin de lui. Lui seul pouvait réussir cette mission. Et lui seul était assez con pour l'accepter. Ils sont venu le chercher." (a suivre...)


 

Téléchargez le PDF des trois premières planches

 

* Bernardo est architecte, dessinateur et mime.

 

 

 


CITATIONS

La citation de la semaine

"... notre siècle est un siècle de putains, et ce qu'il y a de moins prostitué, jusqu'à présent, ce sont les prostituées."

 

Gustave Flaubert - Lettre à Louise Collet, dimanche 29 janvier 1854

 

 

 




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