DE LA GUERRE

La chronique d'Hector Plasma
La guerre moderne est née au XIXè siècle. Avec l’utilisation des premières mitrailleuses durant la guerre de Sécession aux Etats-Unis entre 1861 et 1865, le monde entrait dans l’ère du crime. Si le progrès technique explique cette entrée de la guerre dans la modernité, il est aussi frappant de constater que depuis les buts de guerre sont différents…
Jusqu’à
la Révolution Française, la guerre était motivée par la conquête. Des royaumes, des pays, des provinces
se faisaient la guerre pour asseoir leur puissance sur les autres.
Des enjeux politiques, économiques, et même commerciaux pouvaient aussi
intervenir dans le déclenchement des guerres, mais jusque-là, les buts
de guerre étaient toujours les mêmes : asseoir son autorité, conquérir
d’autres territoires, soumettre une province, se défendre... Les guerres
se faisaient ainsi. Féodales, royales ou impériales, elles se commençaient
et s’achevaient en vertu de ce principe : pour régner, pour rayonner,
il faut conquérir. Le conquérant amenait la richesse, il ouvrait d’autres
horizons, son action pouvait stimuler l’économie. Mais son but principal
était d’aller toujours plus loin.
Avec la Révolution Française la nature de la guerre change ; il ne s’agit plus de conquête, mais de principe. Les guerres Révolutionnaires puis Napoléoniennes sont stimulées par la nécessité de régner pour transformer le monde. Il ne s’agit plus seulement de conquérir de nouveaux territoires. Il n’est plus uniquement question de soumettre ou de défaire un ennemi héréditaire, mais de rendre possible ce qui ne l’était pas auparavant. Il n’est pas anodin à cet égard de constater que les guerres Napoléoniennes, si elles ne sont pas modernes, sont déjà suffisamment meurtrières pour annoncer celles du siècle suivant. La guerre change. Et se prépare à devenir celle que l’on connaît.
La guerre de Sécession donc, aux Etats-Unis, marque ce tournant (il n’est pas anodin non plus de constater que la première guerre moderne a lieu aux Etats-Unis). Elle devient encore plus meurtrière. Elle touche les populations civiles, se fait industrielle. Et surtout, elle est motivée, pour la première fois, par des raisons purement économiques et commerciales, les états du Nord n’ayant pas le même système économique et commercial que ceux du Sud. C’est un tournant crucial. Il survient dans un pays démocratique. La guerre va devenir peu à peu totale.
Le XXè siècle a vu éclater les deux grands cataclysmes mondiaux que l’on connaît. La guerre, toujours grâce au progrès technique, mais alors que ce même progrès conditionnait le développement des sociétés modernes (et par conséquent de la démocratie), se faisait de plus en plus meurtrières. Les buts de guerre désormais étaient l’anéantissement pur et simple de l’ennemi.
On voit jusqu’où le renversement des valeurs intervenu au moment de la Révolution Française, est allé. Les systèmes démocratiques modernes ont permis ce phénomène. La guerre aujourd’hui est partout. Dans l’économie elle-même. Elle régit le fonctionnement du monde. Les pays aux économies faibles meurent. Il n’y a plus de place pour eux.
La guerre moderne est donc aussi une guerre dont les buts sont peu avouables. Elle est surtout celle du commerce. Va-t-elle détruire la civilisation ? Au regard des guerres menées aujourd’hui aux quatre coins du globe par les démocraties (principalement les Etats-Unis), le temps semble venu de se poser la question...
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Thierry Savatier
L’ORIGINE DU MONDE - Bartillat - 231 pages - 20 €
Peint en 1866 par Gustave Courbet sur commande du diplomate turc Khalil-Bey,
« L’origine du monde » devint rapidement une toile mythique à l’histoire incroyable.
C’est cette histoire, documentée et captivante, que Thierry Savatier
propose dans son livre.
Ce
livre est avant tout l’histoire d’un « tableau pas comme les autres » au nom pas comme les autres. « L’origine du monde » en effet, à l’instar de
« La joconde », occupant une place toute particulière dans l’histoire de la peinture.
Tableau mythique et scandaleux longtemps condamné à l’enfer, son destin
est à la mesure de sa renommée. Peint en 1866, il est acquis par Khalil-Bey
alors en poste à Paris. Trois ans plus tard, le diplomate se sépare
de sa collection et le tableau disparaît jusqu’en 1889. Ayant probablement
circulé une dizaine d’années sur le marché clandestin, il est acheté
par un marchand d’art en 1889 et disparaît à nouveau jusqu’en 1912.
En 1912, il est revendu par une femme, Madame Vial, à un jeune noble
hongrois pour le compte d’un autre, le baron Hatvany, dont il restera
la propriété jusqu’en 1955 après avoir été caché des nazis pendant
la guerre et volé par l’Armée Rouge à la « Libération. » Récupéré par
son propriétaire au prix de tractations difficiles avec les autorités
soviétiques, il devient ensuite propriété du psychanalyste français Jacques Lacan en 1955. Il restera dans la collection du
médecin jusqu’à sa mort en 1981. Et c’est suite à une âpre bataille
de succession entre les héritiers du psychanalyste qu’il trouve sa
place au musée d’Orsay en 1995.
Son premier acquéreur avait pour habitude de le montrer à ses invités après
avoir soulevé un rideau vert derrière lequel la toile était dissimulée. En
1889, le tableau était caché sous un autre tableau qui représentait une église
sous la neige. En 1912, la cache était devenu un château fort au bord de
la mer. Jacques Lacan, après restauration et rentoilage du tableau, fit peindre
un nouveau cache spécialement, un paysage surréaliste, par Jacques Masson.
« Blason universel de l’héraldique féminine et hymne à la liberté », cette
toile, modeste par la taille (55 cm sur 46 cm), apparaît au lecteur, dans
ce livre,
comme l’objet scandaleux et fascinant qui plus d’un siècle
durant construisit sa légende et contribua fortement à révolutionner la représentation
du corps féminin dans l’art pictural. Toujours scandaleux (on tenta en 1994
de faire interdire la vente d’un livre de Jacques Henric sur la couverture
duquel figurait une reproduction du tableau), il se révèle aussi tel qu’il
est : « le tableau le plus audacieux de l’histoire de la peinture française
du XIXe siècle. »
Ce livre, sérieux et documenté, ne s’aventure pas dans les conjectures oiseuses.
Enquête minutieuse qui ne quitte les traces de « L’origine » que lorsque
celle-ci disparaît, il constitue un document sérieux sur l’épopée d’une des
œuvres les plus saisissantes du XIXe siècle. Comme s’il voulait signifier
que les grandes œuvres avaient elles aussi un destin, il se lit comme un
bon roman, qui de plus finit bien.
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SILENCE par Jean-René Godule
Ah le silence ! Jean-René s'y retrouve...
Je restais seul. Je n’éprouvais aucun besoin. J’observais de chez moi. J’aimais,
par exemple, contempler le matin. Je brisais la routine. Je trouvais
dans l’observation des sensations. Je n’étais plus un homme. Je n’avais
plus de corps. Ce que je pouvais voir m’emmenait loin. Je me grisais
dans les minutes. J’accédais à mon trône. J’étais roi. Ô mon royaume
! Je le trouvais dans un regard, la silhouette d’une passante, un souffle,
ou un reflet, un jeu d’enfant. J’aimais oui ne rien faire. Je préférais
rester inerte. Je n’avais plus de compte à rendre. C’était un instant
bref, parfum, qui m’arrivait.
Je pénétrais l’essence. Et n’avais plus de doute. Mon destin était là. Ce que
je voyais le montrait. Ces minutes, et ces secondes… Je quittais le chemin, demeurais
invisible. Ce n’était pas la solitude. La cohue valait-elle la peine ? Tout ce
vacarme… Pourquoi donc s’y résoudre. J’aimais le monde, mais ne pouvais l’admettre.
Je souffrais, mais l’ivresse me montait.
Je jouissais seul des dessins de lumière. Je souriais solitaire. Les spectacles
n’étaient que pour moi. La misère était loin. Dans mon regard des perspectives
brillaient. J’étais si libre… Etait-ce un rêve ? Ma présence n’était pas
complète. Quelque chose m’aspirait. J’étais hélé. Je n’étais pas ici pour
vivre. Je ne voulais que le silence. Je me réalisais dans ces minutes étranges.
J’étais, aux instants d’abandon. Ma force était diffuse. Mon ambition éteinte.
Je voulais rester calme, dans l’ombre, attendre, ne rien trahir. Chaque minute
comptait. J’ouvrais les mains. C’était ma voie, comme un destin. Je ne répondais
pas aux cris. Ne m’occupais pas des larmes. Quand viendrait l’heure, j’aurais
vaincu. Je vivais de rumeur. Je n'avais pas besoin des hommes. Je n'étais
qu'un témoin.
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La citation de la semaine
"L'ironie est la négation de l'enthousiasme."
Thomas Mann
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