LA
CLASSE !

La chronique d'Hector Plasma
Un président de la république avec de belles lunettes aux reflets argentées se regarde au fond de la glace. Il se dit, imaginant son auditoire :
«
Super les lunettes, non ? Ca pète. Tout a fait dignes d’un président.
Ca fait vraiment jet set, people et tout. Attribut essentiel pour faire
la une de la bonne presse. D’ailleurs, tous mes copains en portent. Comme les truands. Faut dire qu’on
se ressemble. Et on a les mêmes goûts : le clinquant, le kitsch, ce
qui en jette… C’est que… Moi je suis riche. J’ai de l’argent. Je n’ai
pas honte. Et je vous nique. Franchement ! Elles déchirent pas mes
lunettes ? Y’en a pas deux comme moi pour les porter. A part Derrick
et en son temps Kojak. En jean le week-end, entre deux joggings avec
mes body guard, pour trimbaler ma nouvelle meuf (eh oui, un ancien
top modèle). En escapade en amoureux, c’est idéal. Et ça vous pose
le personnage. La classe quoi. Rien à voir avec les ringards d’avant.
Je suis petit, moche, inculte. J’aime le Mac do et je suis tout pété
de tics tellement je suis malade d’avoir envie de vous niquer encore
! Et alors ? Je suis bourré aux as, si riche qu’on n’ose même plus
me faire payer ce que vous n’oserez pas en rêve. Et en plus, vous ne le croirez pas, je suis le président. Balèze non ! Y fallait pas voter pour moi.
C’est terminé. Je n’ai plus rien à justifier. Dans cinq ans ? Tu parles.
D’ici là j’aurais eu le temps de divorcer trois fois. D’encore me remarier.
Et d’occuper toutes les unes des journaux. C’est ça le truc nouveau
: je suis partout. On ne voit plus que moi. Vous êtes pauvres, au chômage,
vous n’avez rien mais je vous baise. La classe… »
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Tecia Werbowski
ICH BIN PRAGER - Les allusifs - 109 pages - 12 €
A 60 ans, Alexander Bell fait le bilan de sa vie. Anglais d’ascendance russe
qui a quitté son pays pour s’installer à Prague, il a fait de la
capitale Tchèque sa ville de prédilection. Les événements qu’il vécut
entre 1957 et 1991 ont fait de lui un authentique Praguois…
«
Ich bin Praguer », roman de Tercia Werbowski, polonaise qui partage
sa vie entre Prague et Montréal, retrace le destin d’Alexander Bell,
dit Sacha. Celui-ci, Anglais d’origine russe, s’est installé à Prague
comme professeur en 1957 après la mort de son frère jumeau. Mais pourquoi
Prague ? Pourquoi quitter un pays libre ? Pour s’installer dans un
pays où la liberté est restreinte et où les privations règnent ? Il
y a un mystère chez Sacha. Une nécessité de quête dont il semble ignorer
lui-même le but. Et c’est Prague, ville de Franz Kafka, dont l’incipit du « Procès » est cité en exergue du roman, qui est la clé de
ce mystère. Car le lecteur le comprend vite, le vrai héros du livre
n’est pas Sacha, c’est Prague.
Roman très court, « Ich bin Praguer », dont le titre en allemand souligne le
destin tourmenté de la capitale de la Bohème, est construit de manière à dérouter
le lecteur. La lecture en est volontairement brouillée par la succession de
chapitres courts qui chronologiquement ne se suivent pas, mais renvoient soit
à des moments importants de la vie de Sacha, soit à des dates qui ont marqué
l’histoire de Prague (1968 notamment). L’histoire de Prague et celle de Sacha
se mêlent, pour ne plus faire qu’une.
Sacha en effet, se remémorant
sa vie, se revoit à son arrivée à Prague. Ayant perdu son frère jumeau
dans un accident stupide, il a préféré fuir son pays sans réellement
savoir pourquoi. Arrivé à Prague, où, comme lui, tout semble si gris
et si tranquille, se liant peu à peu avec des dissidents, rencontrant
un ami qui ressemble à s’y méprendre à son frère défunt, il va peu
à peu réapprendre à vivre à mesure que Prague va se diriger vers sa
libération.
C’est l’histoire agitée de l’Est de l’Europe de l’après guerre à la chute du
mur qui est évoquée. Mais une histoire dans laquelle l’auteur entraîne son
lecteur avec habileté et machiavélisme. Car c’est à contrario de beaucoup d’idées
reçues sur la période évoquée que Sacha va retrouver la voie de la vie. Dans
les rues tristes et grises de Prague d’avant la Révolution de velours. En se
compromettant presque involontairement avec les dissidents. En s’abandonnant
dans les cafés Praguois. On retrouve en effet dans ce livre la présence envoûtante
de Prague, celle-là même à laquelle Sacha succombe peu à peu. Et Kafka n’est
en effet pas très loin. Jusqu’à la fin, où après la Révolution de velours le
héros émet le désir de rentrer en Angleterre, c’est autour de Prague que se
cristallise l’action. Si finalement les praguois « ont combattu pour la démocratie
et ont le capitalisme », Prague elle, malgré la réouverture de magasins de
luxe et le retour de l’argent, reste elle-même. Ce que finit par
comprendre Sacha, décidé alors, comme tout bon Praguois, à rester dans sa ville.
Stéphane Esserbé
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UN JOUR par
Jean-René Godule
Je suis réveillé. Je sens les draps. J’hésite. Dehors, j’imagine qu’il fait froid.
Et que le monde se prépare à rugir. J’appréhende, et en même temps
je suis tranquille. Le plus difficile est de sortir du lit. Il faut
se faire violence, pousser, aller. Après revient le jour. Et je reprends
conscience. C’est un moment très délicat. Je l’aborde sereinement.
Un renouveau. Je sais tout ce qui va venir. J’espère un jour un peu
plus pur, une lumière, un ciel plus bleu.
J’ai senti l’odeur du café. J’ai ouvert les rideaux. L’obscurité s’enfuit. Sortir, se plonger dans la foule… J’arrive à mon travail, abandonne tout espoir. J’ai retrouvé le monde. Ce que je suis n’importe pas. La notion même de temps n’existe plus. Chaque minute ressemble à celle qui suit. Je ne saisis que les parfums. Où pourrais-je donc aller ? Y a-t-il un ailleurs ? Je ne vois qu’un espace restreint. Un horizon bouché. Des visages gris. Je n’entends guère que des murmures. Je laisse mon âme s’enfuir. Je vois d’autres visages. Et j’entends d’autres voix. Quelle délivrance ! Tout est si sombre… Je veux. Pourtant… Je n’arrive pas. J’attends. Une autre nuit. Je sors. Tout est fini.
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La citation de la semaine
"L'absurde est une philosophie du présent..."
Jean-Jacques Gonzales - Albert Camus, l'exil absolu
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