N° 45 du 11/10/07

OCTAVE EST BETE

La chronique d'Hector Plasma

C’est le film dont on parle. Il faut aller le voir. C’est contre la publicité. C’est l’histoire d’un type au courant des tendances avant tout le monde, et qui, presque à lui seul, va décider de ce que les autres vont désirer...

 

Traduisez : il s’agit d’un artiste de la pub (un créatif comme ils disent), imbu de sa personne, très sûr de lui, lequel, travaillant dans une grosse agence gagne de l’argent, se drogue et méprise le quidam. Or, arrive pour lui enfin le temps d’une remise en question. Et c’est tout notre beau monde qui en prend plein la tête. Ah ! La publicité, l’argent, le commerce… Oui. C’est vraiment dégoûtant ! Heureusement qu’il est là Octave, pour nous le faire comprendre. Pour nous le dire. Car ça on savait pas. C’est vrai. D’ailleurs toute cette histoire n’est-elle pas un peu vraie ? Octave, c’est bien, à la base, l’histoire d’un type devenu riche grâce à la pub et qui une fois sa fortune faite décida qu’il allait écrire ? Le fruit de son travail n’est-il pas ce chef d’œuvre littéraire qui est à l’origine du film ? Allons. Ce qu’on est bête. On est ringard. On savait pas. Oui, des fois, ça arrive : des gens, des gens bien nés et très intelligents se trompent. Ils deviennent riches en faisant un métier pas très jojo et après ils s’en veulent. Ils se mettent à écrire. Ils deviennent, en surcroit d’être riches, célèbres. Ils pondent des livres dont la postérité n’entendra jamais même le titre et nous donnent des leçons. Oui, vous voyez, ce système est pourri. Il y a des gens méchants (vraiment méchants). J’y ai été actif mais c’était pas ma faute : je n’étais qu’un artiste, drogué, naïf, perdu et arrogant. Je me rattrape maintenant. Comme je suis riche et très célèbre j’en fais un livre corrosif. Je me rachète. Allons Octave. Vous nous prenez pour qui ? Toute cette histoire n’a pas de sens. Vous êtes comme tous les autres. Vous n’êtes pas innocents. Et pas la peine tout le film durant de poser comme un christ. Suffit pas de nous faire un film. Faudrait plutôt cesser de croire qu’on est des abrutis. Si vous voulez vraiment être sincère, arrêtez donc d’écrire, disparaissez, fuyez, distribuez votre argent ! Faites-vous ermite ! (Vraiment.) Vous y apprendriez très certainement à arrêter de vous regarder le nombril. Ce serait déjà ça. Et nous, on serait plus tranquilles !

 

 

 

Léon Werth
DEPOSITION (extraits) - Points - 338 pages - 7 €

De fin juillet 1940 au 26 août 1944, Léon Werth tint son journal de guerre. Publié sous le titre impitoyable de « Déposition », ce journal, qu’on trouve en intégralité aux éditions Viviane Hamy, est disponible aujourd’hui en poche dans une version plus courte…

 

Comme une suite à « 33 jours », récit dans lequel Léon Werth racontait les 33 jours que furent pour lui l’exode qui devait le mener de Paris à Saint-amour, « Déposition » commence in média res dans le style toujours intransigeant de l’auteur de « Clavel soldat. » Il est ainsi très vite facile de comprendre que Léon Werth, s’il a vieillit, n’a rien perdu de sa lucidité. Et il est rapidement évident que le nouveau combat qu’il a décidé de mener le sera tout aussi farouchement que les précédents. Car Léon Werth, à Saint-amour, a deux ennemis : la guerre et la solitude.

Fascinés par les paysages dont la beauté l’étonne et le comportement des habitants du « bourg » face à l’Occupation et la guerre, Léon Werth livre des analyses lapidaires et fracassantes, qui très souvent sont pertinentes. Il se trompe parfois aussi, mais la lucidité le plus souvent l’emporte et son journal n’est autre que le cheminement d’une conscience face à des événements en face desquels elle est et se sent impuissante. Léon Werth en effet, tout au long de ce témoignage, comme une grande partie de la France d’alors, attend. Son sort ne lui appartient pas. Et la seule force qu’il lui reste est son intelligence. Juif, Léon Werth se sait menacé. Mais il ne fuit pas. Il va même déclarer auprès des autorités, en juillet 1941, qu’au terme de la loi du 2 juin de la même année, il est juif. Et ce en connaissance de cause. Il se sent « humilié. » Mais « la plus simple dignité l’oblige à s’identifier avec cette patrie » à laquelle on lui reproche d’appartenir. Ancien de 1914, guerre qu’il avait faite comme volontaire tout en en refusant la logique, Léon Werth, dans ce nouveau conflit sur lequel il sait n’avoir aucune prise et dont il connaît l’enjeu vital, fait front à sa manière et toujours avec cette extraordinaire détermination qui le caractérise.

Ce livre, précieux document historique, est un témoignage unique sur ce que furent ces tristes années durant lesquelles le sort de la France était suspendu à celui des armes, alors qu’elle-même n’en avait plus. Qui se trompe ? Qui dit vrai ? Qui ment ? Tout au long de ces notes, Léon Werth ne cesse de poser ces questions. Et c’est grâce à sa force de caractère qu’il réussit, malgré la solitude et le peu d’informations fiables dont il dispose, à ne pas perdre le fil.

 

 



Stéphane Esserbé

 

 

 

RUMEUR                                                     par Jean-René Godule

La rumeur est terrible...

 

Un matin, un grondement diffus m’a emporté. C’était une joie étrange. J’étais sauvé. Toute la douceur du monde m’est arrivée. J’ai réussi à me lever.
Il planait dans ma chambre un air léger. La couleur était douce. J’entendais mieux. Mon corps agissait seul. Ma peau paraissait fraîche, et ma mémoire aveugle.
Tout semblait commencer. Avais-je vécu ? Je me sentais si neuf ! Je ne ressentais plus la pesanteur. Mon esprit m’emportait. Qui m’avait secouru ? Dans la glace, je voyais un homme fier. Un beau sourire, une joie un corps. J’avais oublié la fatigue. J’étais au commencement.

 

 

 

 

La citation de la semaine

 

"Comme les médiocres et les imbéciles forment toujours l'immense majorité, il est inadmissible qu'ils puissent élire un gouvernement intelligent."

 

 

Guy de Maupassant - Le Gaulois, 14 décembre 1881 - Pensées libres

 

 



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