VOUS
Y CROYEZ VRAIMENT ?

La chronique d'Hector Plasma
Nous étions quelques-uns à le savoir : depuis le 6 mai et son rétrograde outing de haine, la France avoue enfin au monde toute sa bêtise...
Nous
l’avons depuis peu appris, cette même France se reconnait maintenant
heureuse de son état stupide. Comment l’avons-nous su ? Les prochaines
élections (nouveau triomphe annoncé de l’idiotie), ne connaitront leur
terme que dans les jours qui viennent. Sommes-nous devins ? Non. Nous
lisons les journaux – chose importante. Donc oui, la France – la France idiote il va de soi mais également bien au-delà apparemment – est satisfaite. Dans
cette proportion très confortable de 63 %. C’est un sondage, un éminent et très honnête sondage qui nous l’a dit par
voie de presse : les français sont satisfaits de l’action du gouvernement.
Mais quelle action au juste ? Un gouvernement, constitué depuis à peine
un mois peut-il de manière rationnelle se voir créditer, en si peu
de temps, d’une quelconque action ? Les français en un mois, ceux qui
souffrent comme on dit, depuis ce jour parmi les plus idiots de toute
l’histoire de France, ont-ils vu cessé leur souffrance ? La France,
outre le fait qu’elle rayonne maintenant dans l’éclat de la voix d’une
certaine Mireille, est-elle, à force de jogging multi-rediffusés redevenue
si puissance ? La dette n’existe plus ? Et la Sécu ? Et tout le reste
? Ca y est ? Ô ! Miracle ! Te voici donc enfin… Miraculée la France.
Sauvée. Re-su-ssci-tée. Il était temps. Après tellement de décadence,
après s’être roulée dans la jouissance, la France revit. Et retrouve la confiance. Jamais, depuis le général en effet, (vous savez, celui du coup d’état en 58), on n’avait pas vu ça. La
France est prête. Elle marche. Elle ramasse toutes ses forces. Elle
gronde. S’éveille. Et bientôt, bientôt oui… Ah ! La France… C’est bientôt
les vacances. On va partir. Il va faire soit trop chaud trop lourd
ou trop humide. Il y aura trop de pluie ou trop de monde ou encore
d’autre chose. On votera des lois pendant ce temps, et puis à la rentrée…
Toujours contente la France, toujours heureuse et satisfaite ? Fière
peut-être ? Debout face au drapeau, unie, indivisible, totalement épanouie…
Vous y croyez vraiment ? Vous en êtes sûrs ? Franchement ?
![]()
Jean-Claude Di Ruocco
LA COMPTINE DE SETH - Transbordeurs - 154 pages - 15 €
En 6 textes, Jean-Claude Di Ruocco plonge le lecteur dans un univers de tendresse et de cruauté dont on goûte volontiers l’ambiance mélancolique et nostalgique. Recueil de nouvelles composé et digne de ce nom, « La comptine de Seth » surprend son monde…
Ce
sont des nouvelles de qualités que livre Jean-Claude Di Ruocco avec
« La comptine de Seth. » Grâce à 6 textes de la même veine, c’est en effet à un
vrai recueil de nouvelles auquel le lecteur à affaire. Inspiré par
le quotidien et la région dont il est natif, la région de Marseille,
Jean-Claude Di Ruocco, dont la plume habile envoûte doucement son lecteur,
promène ce-dernier de rendez-vous manqués avec l’amour en rencontres
réussies avec le destin. Ces nouvelles, de longueur inégales, sont
bien construites. Ils sont rares, ces recueils de nouvelles d’aujourd’hui
dont les textes se suivent logiquement sans pour autant se ressembler.
Jean-Claude Di Ruocco y parvient. Et c’est méritoire.
« La comptine de Seth » en effet, se lit avec plaisir. Enraciné dans le quotidien
et le monde contemporain, l’univers de Jean-Claude Di Ruocco, restitué par
un style à la fois recherché et proche des petites choses, est toutefois régulièrement
transcendé par des incursions du rêve et de l’amour. On sent, chez cet auteur,
quelque chose d’à la fois résolument désespéré, en même temps qu’une soif éperdue
de vivre. Ce qui fait justement la qualité des textes proposés. Si la nouvelle
titre, la deuxième, « La comptine de Seth », ne semble pas tout à fait digne
de remplir son office, la troisième, « La marelle », est un texte très réussi
dont la lecture suffit à elle seule à justifier celle de l’ensemble. Tendre,
beau, cruel et impitoyable à la fois, il laisse en effet une impression forte
au point d’en marquer la mémoire d’un lecteur déjà rendu à vif par les deux
textes précédents. Jean-Claude Di Ruocco, en bon auteur sûr de lui, qui aurait
pu en rester là son coup réussi, n’en est pourtant
pas quitte. Il continue avec un texte plus convenu et dont on devine la trame,
pour, enfin, amener son lecteur à une autre belle surprise avec l’avant dernier
texte du livre, « Le pardon d’Alexandre », plus court et moins cruel, mais
dont la chute, si elle fait appel à un ressort plus classique de la nouvelle
noire, ne manque pas de laisser tout bon amateur goûter avec délice la joie
que seule peut apporter une nouvelle qui se finit sans s’être laisser deviner.
Le recueil s’achève avec un texte moins fort, mais qui permet de quitter l’univers
de l’auteur sans remords, en attendant se dit-on, de pouvoir être surpris à
nouveau, et d’aussi belle manière, avec si possible autant de force et d’émotion.
Stéphane Esserbé
![]()
THOMAS par
Jean-René Godule
*A Thomas Kuhn (1967-1996), chanteur du Cri de la mouche...
J’avais
abandonné mes rêves depuis longtemps, quand, je ne sais pas pourquoi,
ça m’a repris. J’ai donc mis la main sur les clés, rouvert la porte,
et suis entré. Singulièrement rien ne semblait avoir changé. Juste
un peu de poussière. J’ai remis le courant et ç’a commencé. Je dois
le dire, j’ai éprouvé une joie étrange à toucher le clavier. Après
toutes ces années, revenir là, tout retrouver…
Quand j’étais jeune en effet, j’en avais fait une grande affaire. J’y avais
cru. Il m’avait même semblé que mon salut en dépendait. Le temps pourtant était
venu faire son office. Et je m’étais marié. Quoi de plus radical que le mariage
pour tuer les rêves ! J’avais bien cru que c’était mort. J’avais même cru l’être
moi-même… Une nuit pourtant j’ai fait ce songe. J’ai entendu une voix. J’ai
revu des visages. Le lendemain j’étais dans le studio. Oh oui les souvenirs.
On les croit morts, on les croit endormis. Mais ils sont là. J’ai rallumé l’ampli,
rebranché le synthé. C’est revenu.
D’abord un souffle en moi, l’envie. Une voix. Et un visage. Thomas. « Ca va
? » ai-je dit, presque involontairement, comme s’il était ici. « Ca va », ai-je
cru entendre. Et en même temps j’ai vu mes doigts frémir. Ca m’a paru étrange
mais tout de suite la mélodie que j’entendis vint m’envoûter. « C’est bon ?
» crus-je percevoir. Je répondis : « Oui. » C’est à ce moment que s’est produit
l’inconcevable. Mes doigts ont continué à jouer. Les autres instruments ont
résonné. Puis, clairement, distinctement, la voix, la silhouette de Thomas
se sont montrées et ont vibré. J’ai eu je crois cette joie indicible, ce grand
sourire béat. J’ai senti mon corps s’agiter, mes lèvres fredonner des mots
que j’avais oubliés. Thomas.
Ses longs cheveux bouclés tout comme avant sont venus voleter sur son visage.
Son corps a oscillé. Son artère dans le cou à mesure qu’il criait, a gonflé.
Je l’ai revu, comme lors de nos concerts. « Thomas ! Thomas ! » La salle plongeait
dans la pénombre. Il faisait chaud. Le public trépignait. La musique bourdonnait.
Mon cœur battait. Ma poitrine renvoyait des échos sourds. Je transpirais. J’étais
comme possédé, cependant que mes doigts eux continuaient.
Bientôt, la silhouette de Thomas fut seule visible, nous laissant, nous – les
musiciens – dans l’ombre. Un vent de grâce a soufflé sur la salle, et mon
ami Thomas, le torse nu et les muscles bandés, a touché un instant cette
légèreté que je lui connaissais.
Il était beau. Il était cette créature que rien ne salissait. Ses mots, mêlés
aux grondements des instruments, nous envoyaient des ondes célestes. Le temps
s’interrompait. Une ivresse folle nous atteignait. Quand il chantait, tout
s’arrêtait. Une délicatesse, mélangée étrangement à des élans sauvages.
Thomas sautait, tournait, remettait ses cheveux en place. Il pleurait presque.
La lumière le suivait comme un halo. Il nous électrisait. Oh ! L’ambiance de
ces concerts. Il grimpait, montait sur les amplis, s’accrochait aux soupentes.
Il semblait immortel. Le public frémissait, hurlait. « Thomas ! »
Cependant d’un seul coup la musique s’arrêta. Le silence retomba. Et je me
trouvai seul. Que s’était-il passé ? Il me semblait avoir quitté le monde charnel.
Des souvenirs encore. Ce jour…
Thomas était presque célèbre. Dans tout Paris on murmurait son nom. Nous avions
quelques fans. Ce jour-là, il ne se freina pas. Une ambiance folle. Et une
ivresse… Des filles ! L’alcool. A la fin, après plusieurs rappels, quand nous
sortîmes, il voulut gravir une façade. Il monta. Il s’éleva dans l’air. Puis
il tomba. Je me souviens de ce moment ! Ses groupies étaient là. Dans la grande
rumeur de la ville, dans la fraîcheur du soir, nous l’avons vu voler.
Il arriva au faîte. La gouttière a cédé. Un court instant il a paru voler.
Il a semblé flotter. Le reste…
Je n’avais pu toucher un instrument depuis. J’avais voulu tout oublier. Je
m’étais dit tout est fini. Pourtant j’ai relevé la tête. J’ai regardé autour
de moi. J’ai laissé le synthé branché. Thomas est-il bien mort ? Si je l’ai
vu, n’était-ce pas qu’il se trouvait quelque part ? Alors je ne sais pas comment,
je ne sais pas pourquoi, mais ce qui m’avait fui six ans plutôt a comme ressuscité.
Oui, il était là. Il planait près de moi. Il me souriait.
Il semblait si heureux. Il a ri, m’a adressé un signe. Puis il m’a
dit :
« Allons, ne fais pas cette tête-là. Je suis toujours ton pote. Joue ! »
J’ai joué. Tout a recommencé.
![]()
La citation de la semaine
"Ce qui constitue la dernière des grossièretés, l'oubli le plus complet des devoirs d'un homme du monde, c'est de dire ouvertement ce que vous pensez de l'un et des autres."
Paul Léautaud
![]()
[F.A.Q.|Mentions légales|Contacts|lenonsens|Liens|Plan
du site]
