DU
CHOMAGE

Une chronique d'Andy Verol*
Il n’y a rien d’extraordinaire à parler du chômage et de ses ravages. Il ne faut pas imaginer que de l’écrire, cela provoquera un quelconque électrochoc. Tout le monde sait qu’il existe, qu’il est là, et qu’il menace chacun. Tout le monde sent que ce mal majeur est prêt à emporter un proche, un oncle, une amie, un cousin…
Je
suis né en 1973. L’année où ce cancer a commencé à se répandre dans
le corps social de nos sociétés occidentales. L’époque était à l’insouciance,
aux révoltes, aux rêves de lendemains qui chantent. Qu’il s’agisse
des Marxistes maoïstes, des étranges rétrogrades de l’OAS, des hippies,
des sans opinions, des j’en passe et des meilleurs, tout le monde imaginait
un « autre chose » en phase avec ses idées, tout en consommant de plus
en plus massivement. Un monde loin d’être parfait, bouffé par une Europe
qui s’était anéantie en un demi-siècle. Loin de moi l’idée de faire
une analyse historico-économico-sociale. Le choc pétrolier et l’accélération
du processus de libéralisation du monde capitaliste sont les phénomènes
qui furent la cause, sans aucun doute, du développement d’un chômage
extraordinairement destructeur. C’est un peu comme ces gens qui travaillèrent
des années durant dans des bâtiments isolés à l’amiante.
Et puis il y a le spectacle. Oui, je parle du spectacle. L’info spectacle,
l’analyse spectacle, le débat spectacle… Tant de dispositifs mis en place pour
anéantir la rébellion, l’opposition et les propositions d’un monde autre que
capitaliste, affamé d’argent, d’égoïsme et de vérités toutes faites.
Imaginons (vraiment ?) des législateurs, des scientifiques, tous au courant
du caractère cancérigène de l’amiante, mais mettant en place tous les outils
législatifs, informatifs voir juridiques pour cacher cette vérité pendant
des décennies, quitte à livrer des centaines de milliers de personnes à la
mort. C’est exactement ça, l’agent pathogène qui engendre le chômage, le
Capitalisme décomplexé et parfaitement huilé, est en permanence dans l’accaparement,
dans la tentative victorieuse de camoufler le mal criminel qu’il provoque.
Le Capitalisme est un système politico-économique cannibale où l’Homme se nourrit
des autres Hommes.
Bien entendu, je suis en colère, je suis révolté par ce violon médiatico pseudo
démocratique qui rabâche l’affreuse litanie : « On ne peut rien y faire. Les
générations précédentes en ont bien profité, mais maintenant, il faut se serrer
la ceinture. Il faut rembourser la dette. Il faut casser les régimes de retraite.
Il faut… »
Inacceptable. Invraisemblable, pendant que des milliers de personnes s’enrichissent
au-delà de tous besoins nécessaires pour vivre et se divertir. Incroyable quand
on entend nombre de responsables politiques affirmer qu’un pays serait à terre
sans ses milliardaires. A vomir, le double discours des pontes du capitalisme
démocrate : « Nous luttons contre le terrorisme, contre ceux qui tentent de
détruire le monde libre », et de faire des milliers de milliards de dollars
d’investissements dans la pays le plus tyrannique, autoritaire et meurtrier
du monde, la Chine…
*
Andy Verol publie ici son premier texte dans nos colonnes. C'est un texte révolté comme
nous les aimons. Andy Verol est romancier et journaliste. Il tient
un blog hirsute et décapant... (NDLR)
Gert Ledig
APRES-GUERRE - Zulma - 206 pages - 16,50 €
Dans l’Allemagne de l’après guerre, à Munich occupée par les troupes américaines, cinq jeunes gens essaient de survivre et de surmonter le désastre. Ils s’accommodent de la présence de l’occupant et des restrictions, vivent dans les ruines. Ils ont perdu la guerre, il leur faut payer le prix...
Ce
sont ainsi trois hommes et deux femmes, différents mais liés par le
destin, qui sont confrontés aux conséquences de la défaite de leur
pays au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Dans une Allemagne
en ruine où ne subsiste aucune activité économique et dont la population
survit grâce au bon vouloir de l’occupant, Gert Ledig dresse le portrait
d’une jeunesse en quête de rédemption. Après avoir eu la prétention
de conquérir le monde, le pays doit en effet tout recommencer, et pour
cela tout accepter des épreuves qui lui sont imposées. La monnaie d’échange
principale est le paquet de cigarette. Le moyen de survivre le plus
efficace la prostitution, du moins pour les femmes. Il n’y a pas de
médicaments et les nombreux mutilés de guerre en sont souvent réduits
à faire la manche. Beaucoup d’hommes ont disparu. Beaucoup de mère,
de femmes attendent, prostrées dans les ruines, le retour hypothétique de leur fils ou de leur mari.
Dans ce livre, c’est donc sans illusion que l’on emboite le pas à Robert, le
narrateur, plus occupé à trouver des solutions pour les autres que pour lui-même,
et dont on ne doute à aucun moment qu’il ne s’en sorte. Pour cela, il lui
faudra au préalable enterrer le cadavre de son ami, Edel, peintre aux doigts
brisés pendant la guerre et qui meurt du tétanos des suites d’une tentative
d’attentat désespérée contre l’occupant américain. Laisser partir la femme
qu’il aime avec un officier ennemi. Quitter son appartement de peur d’être
arrêter. Faire table rase du passé, pour espérer renaître un jour…
Chaos, ruines et mort sont donc au rendez-vous de ce livre, où il semble, pour
les protagonistes, que ce soit le prix à payer pour pouvoir à nouveau espérer
un jour, ici ou ailleurs.
Stéphane Esserbé
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MON NOM par
Jean-René Godule
Je n’ai jamais aimé mon nom. J’en avais peur. Ce reflet de moi-même me terrifiait. Lorsqu’on m’appelait, j’avais toujours cette impression qu’on
appelait un autre. Que quelqu’un d’autre allait répondre. Je le souhaitais.
Mon nom, me renvoyait à l’existence. Il révélait ma différence. Je
me sentais marqué par quelque chose. Le destin, suivait mon ombre.
Un œil. Regard. Enigme. Que je craignais de percer. C’était ma singularité.
J’étais un étranger.
Il était effrayant ce sentiment. En moi grondait la force. Quelque chose d’inconnu.
D’incontrôlable. Qui m’appelait. Il y avait des bruits. Des heurts. Des cris.
Je sentais le chaos. Il vivait en moi des fantômes. J’entendais la fureur. Un
monde. Mort et vivant. Toute une population. L’agitation me rendait l’existence
étourdissante. J’en avais le vertige.
Quand je voyais au loin, futur et passé se mêlaient. Je devinais tous les combats.
Les grands bruits de l’histoire. J’avais peur et pourtant ; j’appartenais à autre
chose. J’étais de ceux que la vie exposait.
Enfant, mes préoccupations étaient sérieuses ; j’étais grave, je songeais. Mes souvenirs étaient plus forts. Mes intuitions… Il me fallait très peu de temps pour tout savoir. Le bonheur n’était pas. Le monde m’apparaissait crûment. Je me souvenais sans avoir réellement vécu. Les voix me revenaient. Je connaissais les charges. Je savais la souffrance. J’étais convaincu de ma solitude. Tout m’était inutile. Le temps m’accaparait. Les jours qui s’écoulaient… Il est de ces puissances auxquelles nul ne peut échapper. Cette expérience était intéressante. Mes sens me dominaient. Il m’était impossible de me contraindre. Je ne vivais qu’au gré des circonstances. Je n’étais pas de ceux qui pouvaient planifier. Je suivais la tempête. Je savais bien qu’avant… Des vibrations me parvenaient. Un grand dessein, qui, à travers moi, se perpétuait. Les bruits étaient furieux. Mon sang bouillait.
Je ne compte pas au nombre de ceux qui se réjouissent. J’ai besoin de douleur. Il faut que l’on me pique, pour que je donne mon sang. Il arrive que parfois rêve et réalité se fondent. J’avais brisé le cours du temps. J’étais sur le champ de bataille. Je sentais la mitraille. Un grand visage. Une voix grondante. Un horizon.
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La citation de la semaine
"Je cherche dans un texte ce qui va défaire mes certitudes et m'amener à reconsidérer
la réalité."
Paul Otchakovsky-Laurens - Le Journal Du Dimanche - 4 février 2007
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