N° 56 du 09/03/08

AU SECOURS !

La chronique d'Hector Plasma

On croyait qu’on avait touché le fond.
Y’en avait un déjà. Il était président et ça nous plaisait pas. On le voyait partout. On assistait, incrédule, effaré, à son show permanent...

 

On était sidéré du manque de réactions. Les journaux, télévisions, tous ces organes garants de la démocratie en faisaient tant ! Parfois, on se sentait désespéré. On était consterné par la bêtise et la vulgarité. On entendait de longs discours. On subissait. On avait peur. Tant de mots lâchés sans mesure nous parvenaient ! On sentait, autour de soi, peu à peu, se resserrer un nœud. On avait beau se dire que la majorité l’avait voulue. On avait beau se raisonner. On avait l’impression qu’on était condamné.
Des voix s’étaient élevées. La grogne avait pu commencer. On s’était dit alors, que peut-être, ça irait mieux.
Las ! Nous eûmes tout récemment à assister à un spectacle encore plus effrayant. En effet, alors qu’on se disait au bout du compte qu’un peu plus de 4 ans ce n’était pas si long, on a pu voir, à la télé, une scène bien plus terrible.
Une jeune homme, bien propre et encore tout plein de boutons, tout blond et les cheveux très longs, s’est mis à prendre la parole. Brrr. Même voix. Même conviction. Et même gestuelle.
Même ambition. Même outrance. Même profil carnassier.
Il y en avait donc deux !
Aïe.
Et celui-là est jeune.
Ouille.
Il vient, avec pertes et fracas, de poser sa première banderille. Et cela nous promet. Evidemment il porte le même nom et c’est logique.
Ainsi, la maladie du père est déjà sur le fils. Et nous, allons-nous donc devoir subir les deux ?
Mais qui va nous aider ?

 

 

 

 

Collectif
BIENVENUE A Z. (et autres nouvelles de l'Est) - Les éditions Noir sur Blanc - 195 pages - 17 €

Recueil collectif d’auteurs originaires de l’Europe de l’Est, « Bienvenue à Z. » est aussi un voyage a plus d’un titre. Un voyage vers l’Est géographique bien sûr, avec son climat et sa nature. Un voyage vers l’Est historique, marqué par les désillusions du communisme. Mais aussi un voyage dans le temps, puisque les auteurs présentés sont aussi bien contemporains que disparus au siècle dernier…

 

L’Est, avec tout ce qu’il a de fascinant, de terrifiant et de magique. Les grands espaces. Le froid. L’histoire. L’Est et ses légendes. L’Est et ses auteurs méconnus. C’est le thème de ce recueil collectif qui a pour premier mérite de regrouper des textes de qualités d’auteurs Polonais, Russes, Yougoslaves ou Tchèques méconnus en France. L’Est donc, tout son imaginaire. La rudesse d’un climat, des hommes, et d’une littérature.
A l’Est, tout est possible en effet. Un homme qui trouve sa femme trop grosse peut par erreur rapetisser après avoir ingurgité une potion destinée à celle-ci pour qu’elle maigrisse enfin. Un autre peut se permettre tous les crimes possibles et imaginables puisque c’est un chat qui en endosse la douleur. Un autre encore, après avoir purgé une peine de prison, peut revenir, une fois libéré, dans l’établissement dans lequel il a séjourné, comme s’il y était à jamais lié. Humour, démesure et fantastique font bon ménage dans ce recueil. Et des textes comme « Le petit homme », « Le petit chat » ou « l’Attestation » n’ont rien à envier aux plus grands classiques de la nouvelle.
L’ensemble est sombre, dur, grinçant. Mais terriblement séduisant. Avec cette mention toute particulière à la nouvelle « Laocoon » de Mikhaïl Veller, chef-d’œuvre d’ironie et de dérision où l’on voit un fonctionnaire de Pétrograd tenter de rendre moins obscène une sculpture, « copie en marbre du chef-d’œuvre antique de l’immortel Phidias », sans jamais prendre conscience de son ridicule. Et que dire aussi d’Ivan Kraus, avec ses « Cryptogrammes » : « Il y a des moments où il est impossible de dire ouvertement ce qu’on pense. Il y a des pays où ces moments durent des années. Il y a des gens qui passent toute leur vie dans de tel pays. »

Seuls quelques textes sont un peu en retrait de l’ensemble : les deux derniers surtout. Comme s’ils étaient en trop. Le recueil en effet y aurait définitivement gagné en intensité si, un peu plus mous (la nouvelle titre comptant curieusement parmi eux), ils n’avaient emboîté le pas aux autres. Dommage au bout du compte. Car cela nuit à la qualité – qui reste malgré tout très grande – de l’ensemble.

 



Stéphane Esserbé

 

 

 

LA COMMUNE DE PARIS (II)                           par Stéphane Bataillard

La Commune de Paris est proclamée le 26 mars 1871 alors que les représentants du Gouvernement de la Défense nationale avaient fuit suite aux événements du 18 mars (suite de notre dernier numéro).


Presque sans combat (seuls deux généraux ont été fusillés le 18 mars par la population et une fusillade éclata le 21 rue de la Paix entre les partisans de l’ordre et la garde nationale), la capitale française tomba aux mains de la garde nationale. Le peuple, qui avait vécu dans son ensemble le siège de Paris avec ferveur, entendait rester maître de ses moyens de défense. La Commune fut donc proclamée, en référence à La Commune Insurrectionnelle de Paris de 1792. Il s’agissait pour les nouveaux élus d’appeler à l’instauration d’une république sociale et d’accorder à Paris plus d’autonomie. Suite à des élections qui eurent lieu le 26 mars, 62 candidats obtinrent un siège au conseil de la Commune, et celle-ci désigna 10 commissions chargées d’administrer Paris. Dès cette date, la Commune se réunit régulièrement et légifère. Les premières mesures prises sont symboliques et révélatrices : « Considérant que le Travail, l’Industrie et le Commerce ont porté tous les fardeaux de la guerre, et qu’il est juste que les propriétaires apportent leur contribution à la patrie, la Commune décrète :
1. Les loyers pour le trimestre d’octobre 1870, de janvier et d’avril 1871 sont annulés.
2. Toutes les sommes payées par les locataires pendant ces neuf mois seront reportées sur les termes futurs.
3. L’acquittement des dettes de toute nature, signées à la date d’aujourd’hui, se fera sur trois ans et sans intérêt, à compter du 15 juillet 1871, de sorte que les sommes seront réparties en 12 parts égales, payables chaque trimestre. »
Nulle part dans ses premiers décrets – et elle ne le fera jamais – La Commune ne remet la propriété privée en question. Elle ne touche pas non plus à l’argent qui se trouve dans les banques. Et sous son règne éphémère, Paris n’est pas plus en proie au crime qu’il ne l’était un an plus tôt. Que reproche-t-on alors à la Commune ? Ses crimes ? Son refus de se soumettre au gouvernement légal ? (à suivre...)

 

 

 

La citation de la semaine

 

"Des directeurs de vastes entreprises financières font chaque jour, à la connaissance de la France entière, des opérations que tout leur interdit, depuis les réglements de leurs sociétés jusqu'à la plus vulgaire bonne foi ; ils ne s'en considèrent pas moins comme parfaitement honorables."

 

 

Guy de Maupassant - Le Gaulois 14 février 1882

 

 



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