REVISIONISME ?

La chronique d'Hector Plasma
On en parle. Et on s’émeut. Comment ? Ils ont osé faire ça ! Ces gens sont venus
de chez eux pour nous aider et on les remercie ainsi ? Quelle honte
! A la fin, on applaudit. Certains même se recueillent. Les Français,
décidément… Les médias, la presse, les critiques, sont unanimes. Et
voilà que le danger s’accroit. Nul n’est censé ignorer l’histoire. Cette histoire-là n’est pas récente. Pour qui se contente des sornettes dont
l’école républicaine abreuve les écoliers si. Pour les autres… On connaît
l’histoire de l’armée d’Afrique. On sait que dans tous les conflits
dans lesquels l’armée Française fut engagée depuis la conquête d’Alger
en 1830 elle joua le rôle peu enviable de chair à canon. Tirailleurs,
goumiers, tabors, Algériens, Marocains, Sénégalais… Ils furent, de
Sébastopol au Chemin des Dames, de la Débâcle à la Libération, en première
ligne. Troupes d’élites redoutées des armées ennemies, ils étaient
envoyés là où personne ne voulait aller. L’idée de faire un film pour
leur rendre hommage est louable. Le film né de cette idée moins. Isolant
en effet l’histoire de ces soldats du reste de l’histoire de la Seconde
Guerre Mondiale (à aucun moment du film le spectateur n’est informé
précisément du rôle exact tenu par ces troupes dans le déroulement du conflit), les auteurs le laissent insidieusement se replacer
dans le délétère contexte franco-français actuel. L’histoire de ces
soldats, si vraie soit-elle, si honteuse et peu digne d’un pays se
revendiquant comme celui des droits de l’homme, n’en est pas moins
indissolublement liée à celle de la Seconde Guerre Mondiale. Laquelle, et ça chacun le sait, fut gagnée
par la puissance industrielle Américaine alliée à l’énorme sacrifice humain consenti par l’URSS.
L’armée française, défaite
en 1940, comme chacun doit aussi le savoir, ne joua par la suite qu’un rôle mineur dans
le conflit. Et l’armée d’Afrique permit surtout à la France de se refaire une
crédibilité militaire et politique aux yeux des alliés pour espérer s’asseoir
à la table des négociations à la signature de l’armistice.
Le film dont on parle, lui, semble occulter toutes ces vérités historiques. Tout
le sort de la guerre, pour lui, semblant en effet se jouer là où quatre soldats
Nord-Africains (des musulmans) à cour de munitions, affrontent une trentaine
de méchants Allemands (des occidentaux) suréquipés d’armes diaboliques. On se
trompe, ici, visiblement de guerre. Et ce film, à moins que ce ne soit volontaire,
d’objectifs. Comment ne pas penser en effet, connaissant le degré d’ignorance
des Français en matière d’histoire, à l’impact de ce film auprès de la « jeunesse
issue de l’immigration » ? Comment ne pas y voir, à nouveau, une énorme maladresse
qui viendra encore en rajouter au désir de communautarisation de
certains ? lenonsens trouve ça grave. Et il le dit.
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Gilles Heuré
L'INSOUMIS - LEON WERTH 1878-1955 - Viviane Hamy - 332 pages - 20 €
A l’occasion du cinquantenaire de sa mort, les éditions Viviane Hamy font paraître
un essai biographique consacré à l’auteur de « Clavel soldat. » Cet essai, qui se garde à juste titre d’être une biographie, est le document
idéal pour faire connaissance avec Léon Werth.
Méconnu de nos jours,
Léon Werth fut un auteur, un chroniqueur et un journaliste fécond.
Né en 1878 et mort en 1955, il a traversé une période très riche de
l’histoire. Son intransigeance, l’acuité de ses observations et sa
lucidité, confèrent à son œuvre et à son personnage une place tout
à fait particulière. Alors qu’à ce jour ni biographie digne de ce nom,
ni thèse ne lui ont été consacrée, Gilles Heuré, journaliste à Télérama,
lui consacre cet essai.
Sans prétendre, et on le regrette, « biographer » Léon Werth, ce livre se veut
avant tout une « invitation à le lire ou à relire. » A la fois précis et synthétique,
il esquisse le portrait d’un homme qui fit en son temps trembler les littérateurs
de tous bords. Suffisamment documenté pour permettre au lecteur de prendre
la mesure d’un personnage hors du commun, il nous montre Werth tel qu’en lui-même,
tel qu’on l’imagine, et tel qu’on le côtoie dans ses livres. Du secrétaire
« goncourable » d’Octave Mirbeau au chroniqueur littéraire, de l’engagé volontaire
de 1914 au voyageur infatigable des années 20, du juif traqué des années 40
au témoin de son temps, c’est en effet l’évocation fidèle d’un homme et d’un
auteur dont on accepte mal aujourd’hui la méconnaissance.
Dans ce livre, Léon Werth vit, écrit, croit, parle. Et, 300 pages durant, le
lecteur le côtoie avec le plus grand plaisir. Gilles Heuré connaît et aime
Léon Werth. Il l’« accompagne » avec prudence et méthode « dans ses livres
et sa vie publique. » C’est la grande qualité de ce livre, mais à la fois son
plus grand défaut. On sent en effet l’auteur à l’aise avec l’auteur de « Clavel
Soldat. » On le devine respectueux et intimidé par la stature d’un homme dont
il aurait probablement eu peur d’essuyer les foudres s’il en avait été le contemporain.
Et on voudrait en savoir plus, sur l’homme, et les secrets de son oeuvre. Belle
introduction à ce qu’on ose imaginer être les débuts d’un véritable travail
consacré à Werth et à son œuvre.
Stéphane Esserbé
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LA VILLE par
Jean-René Godule
Il y avait la ville. Elle m’envoûtait. J’y marchais et j’y étais heureux. J’avais
pris un long train. Je m’étais délecté.
J’avais longtemps vécu au loin. J’avais connu l’ennui. La solitude m’y attendait.
J’ai connu ce frisson. La ville n’est à personne. Elle possède ceux qui l’aiment.
Elle les tient. Les ensorcelle. Les hommes qui vivent en ville ont ce bonheur.
Ils sont en devenir. La ville les heurte. Elle les élève. Moi je savais.
J’imaginais la paix. Je sentais les possibles. La ville n’est pas un labyrinthe.
Loin de s’y perdre on s’y retrouve. On y entend des langues lointaines. On
y côtoie des multitudes. On y échange. Et on y aime. Oui j’ai aimé. Un beau
visage. Une silhouette. Perdus. Dans la rumeur. L’hiver…
J’ai tout vécu.
Même si j’étais enfant. Même si j’étais ailleurs. Si loin. La ville était mon
univers.
J’ai dû la convoiter. Marcher. Errer. M’abandonner. Me laisser dériver. Car
elle exige des sacrifices. Folle création des hommes, elle se nourrit de chair.
Elle a besoin de sang.
Je me suis très souvent imaginé marchant le long des grandes artères. Souriant. Heureux. Regardant au devant. Je me suis vu en butte aux huées. Mon destin ? Je savais que tous les regards m’enviaient. Qu’au fond j’étais élu. Je suivais mon chemin. Le but ? Il m’était incertain. Mais j’avançais. Ce que je voyais m’enchantait. Ce que j’entendais me grisait. Un chant léger. Des chœurs célestes. La ville est comme un temple. Il s’y trouve un écho. En ville nul n’est vraiment un solitaire. C’était ce qui m’appelait.
Je m’étais toujours vu errant, allant lentement. Je m’étais toujours pressenti. J’avais un rendez-vous. Ce serait l’instant doux. J’irai de par les rues. Je prendrai les odeurs.
C’est en ouvrant les
yeux un beau matin que j’ai compris. C’est en voyant en face de moi.
J’ai eu comme un vertige. J’ai ri. Tout était accompli.
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La citation de la semaine
"Le bonheur est un usurier qui pour un quart d'heure de joie qu'il vous prête vous fait payer toute une cargaison d'infortune."
Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, vendredi 23 cotobre 1846, minuit...
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