ELOGE DE LA NOUVELLE NOBLESSE

La chronique d'Hector Plasma
Au début, « ils » n’ont qu’un prénom. « Ils » s’appellent Jean-Edouard, Cindy, Maxime, Johan, Linda, ou Michaël… « Ils » sont jeunes, forcément beaux et bourrés de talents. « Ils » ont fait l’objet d’une sélection sérieuse (car
tout cela évidemment est très sérieux). Ont été éprouvés. Parmi des centaines, si ce n’est des milliers, « ils » ont
été choisis dans toute la France. « Ils » sont contents. Sur leur visage et dans leurs yeux brille une étoile
: celle des beaux rêves qu’ils portent en eux. Leurs bras embrassent
l’avenir. « Ils » sont ovationnés. Conquérants, sûr d’eux, « ils »
arrivent. Leur prénom devient familier. On apprend vite à les connaître.
Vont-ils y arriver ? C’est tellement difficile ! C’est à ce moment
là qu’ils acquièrent patronyme. Anoblis, adoubés par la presse, ils obtiennent leur quartier de cette nouvelle noblesse. On ne dit plus Jean-Edouard,
mais Jean-Edouard De La Starac. On n’écrit plus Cindy, mais Cindy De L’île De La Tentation. On n’évoque plus
Maxime, mais Maxime De La Nouvelle Star. Car oui, vous l’avez reconnue,
cette nouvelle noblesse, ces personnages dont le moindre des actes a portée historique, est celle qui
constitue la chair humaine dont se repaissent nos émissions télévisuelles.
Télé-réalité. Phénomène étonnant. Après la noblesse séculaire qui aura fait la France, après
l’Empire, nous serions donc en présence d’un stade suprême et supérieur
de ce principe qui consiste à distinguer les uns des autres en vertu
des services rendus à la patrie ? Très certainement. Curieux, cet attrait
délirant pour de pauvres gamins naïfs dont l’unique tort est de croire qu’on leur offre avenir. Etrange, ce
pathétique spectacle d’une jeunesse dont les rêves sont paillettes. Curieux, étrange, cocasse. Cette
noblesse en effet, hautement consommable, est en effet nouvelle au
point d’être éphémère. C’est une noblesse qui ne dure pas. Qu’on jette. Après usage. lenonsens ne saurait s’en offusquer. Jeter ce qui ne sert rien est chose que l’on comprend.
Mais pourquoi tout ce bruit ? Il y a grand mystère. L’histoire est-elle
si capricieuse ? Ou sommes-nous à ce point stupides ? Nous n’avons, hélas, aucune réponse. Sommes-nous condamnés à subir ces spectacles
où la honte l’emporte sur la dignité ? La noblesse, la vraie, avait
son étiquette. Cette noblesse là, n’a guère qu’un prix.
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Albert Camus
L’IMPROMPTU DES PHILOSOPHES
Pièce inédite d’Albert Camus rendue accessible grâce à la publication récente d’une nouvelle édition complète des œuvres du prix Nobel 1957, « L’impromptu des philosophes » n’est pas un texte négligeable.
Dans
cet « impromptu des philosophes », Albert Camus se défoule. Pièce en
un acte écrite très probablement à la fin de 1946 ou en 1947, « L’impromptu des philosophes » en effet est avant tout un pastiche de Molière dans lequel les existentialistes, et tout particulièrement Sartre, sont visés. On y fait la connaissance de Monsieur Néant, représentant en nouvelles doctrines qui porte toujours un énorme livre sur
lui et que personne n’a lu. On y voit un Monsieur Vigne qui se laisse séduire par la doctrine de Monsieur Néant. Et on s’amuse, comme
chez Molière, du ridicule et de la bêtise des uns et des autres. La
date de la rédaction du texte semble importante. Elle marque, comme
chacun sait, le début de la Guerre Froide et la radicalisation, dans
la société française d’alors comme dans bien d’autres, de l’opinion
et des engagements. Mais aussi le début des divergences entre Camus
et les existentialistes.
En 1947, Camus et les existentialistes
sont liés. La guerre n’est pas loin. Et la ferveur des heures de la
Libération non plus. Camus et Sartre, qui, comme le souligne Ronald
Aronson dans son livre «
Camus et Sartre, amitié et combat », et contrairement aux idées reçues sont liés de vrais liens d’amitié, ne s’opposent
pas encore de manière frontale, mais leurs échanges font état de divergences
principalement au sujet du communisme. Camus déjà est blessé de se
sentir constamment « jugé » par ses pairs de l’intelligentsia parisienne.
Anticipant inconsciemment
ce qui adviendra 5 ans plus tard lors de sa retentissante polémique
avec Sartre, il écrit « L’impromptu des philosophes. » Cet impromptu,
qui n’a presque pas été retravaillé
et dont l’argument est léger et parfois maladroit, n’est donc pas anodin.
Les thèmes
de « La Chute » et de certaines des nouvelles du recueil « L’exil et
le royaume », près de dix ans avant leur parution, y figurant déjà.
Stéphane Esserbé
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UNE NUIT par
Jean-René Godule
Une nuit, j’ai franchi le passage. Je suis entré dans l’autre monde. Je me suis
décidé. Ce ne fut pas si difficile. J’étais déjà très détaché. J’avais
fui. J’avais quitté ma vie. Je vivais dans l’ailleurs. Je me laissais
porter. Je ne considérais pas ma vie comme importante. Je regardais
au loin. J’aspirais au voyage. Mes jours étaient tellement insignifiants.
J’étais certain qu’autre chose m’attendait. J’avais déjà perçu les
choses. Avec le temps, mon âme fuyait. Je faisais fi des apparences.
Les hommes n’existaient plus. Je restais à l’affût. Dans le sommeil
je m’égarais. Je devenais un familier des moments de ténèbres. Je m’habituais
à rompre avec le temps. J’oubliais toute humanité. Cette nuit-là, j’ai
senti mon esprit céder. Je n’éprouvais plus de tension. J’entendis
le silence. Plus de respiration.
J’avais été jusqu’à présent dans l’ombre. Je m’étais senti résigné. J’avais vécu dans l’illusion. Dans mon sommeil, j’avais des impressions. Ce qu’on me proposait au quotidien n’était que tentation. Ce que j’avais connu… Du néant m’arrivaient des signes, comme une respiration. Oh cette certitude… Il y avait deux voies. Celle des ténèbres me paraissait plus sûre. Je voyais, malgré l’obscurité, un horizon. Je touchais à ma destinée. Une nouvelle dimension. Ce qui avant me semblait effrayant paraissait doux. J’atteignais la félicité. Un ailleurs sans mesure. Une autre liberté. L’ivresse… Après toute ces années… Qu’était le monde ? Existait-il une réalité ? J’avais peur et pourtant j’étais heureux. Je m’étais délivré.
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La citation de la semaine
"Je ne comprends plus qu'un mot de la langue française, parce qu'il exprime le changement, la transformation éternelle des meilleures choses et la désillusion avec énergie : c'est merde."
Guy
De Maupassant, lettre à Gustave Flaubert, le 3 août 1878...
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