SOYONS
SERIEUX !

La chronique d'Hector Plasma
Allez chiche. On le fait. Cette fois on n’y va pas. On s’occupe pas d’économie. On ne fait pas semblant...
On
loupera pas grand-chose. Une grande messe médiatique. Des flots d’argent énormes. De la publicité. Ah oui mais vous vous rendez compte,
pour les sportifs c’est le summum. C’est quatre ans de travail. Des
sacrifices. L’aboutissement. Et puis le sport n’a rien à voir avec
tout ça. On doit pas faire de politique. C’est juste un peu d’agitation.
Si on devait faire ça pour tout on ne ferait plus rien. Et puis la
Chine c’est important maintenant. On peut plus faire les innocents.
C’est pas pour rien qu’ils les ont eus les jeux. C’est pas sérieux.
Sans compter qu’on aura l’air bête. Tout le monde ira. Et on sera les
seuls. Ils auront leurs médailles et nous on aura rien. Déjà que par
deux fois ils sont passés sous notre nez les jeux. Faudrait pas déconner.
Qu’ils tuent des gens en Chine ça nous regarde pas. On en tue bien
nous aussi quelquefois dans les banlieues. Ah bon ? C’est pas pareil
? Nous c’est des accidents ? D’accord. Et puis qu’est-ce qu’on aura à regarder à la télé alors, car ce sera l’été. On aura eu du foot avant on sera habitué… Vous voulez
vraiment qu’on fasse ça ? C’est pas sérieux. On passera à côté de grands
moments. On manquera les records. On n’aura pas de Marseillaise. Ah,
l’escrime, le judo, la boxe… Vous voulez donc vraiment que tous ces
sports qui ne tiennent que par ça se meurent ? Allons allons. Faut
être raisonnable…
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Ali Reza Sadry Alaï
LES JUMEAUX DE LA REVOLUTION - L'infini - 295 pages - 20 €
En 1978 en Iran, à la veille de la Révolution Islamique, deux jeunes gens se rencontrent et tombent amoureux l’un de l’autre. Leur amour naîtra et s’épanouira au cœur d’événements historiques peu propices aux effusions sentimentales. Sera-t-il assez fort pour triompher de l’histoire ?
Avec
ce premier tome d’un roman qui se veut « iconoclaste et précurseur
», c’est un voyage au cœur de l’Iran moderne qui est proposé au lecteur.
L’histoire d’amour des deux principaux protagonistes est certes au
centre de l’intrigue, mais elle se trouve inextricablement liée au
cours des événements historiques.
Si histoire et amour ont déjà prouvé, dans la tradition des grandes épopées
romanesques qu’ils pouvaient faire bon ménage, le ton du présent ouvrage est
sensiblement différent de celui généralement requis pour ce genre. Et c’est
sans doute ce qui au début du récit peut sembler gênant. La naïveté et la candeur
s’accommodant mal en effet des convulsions d’une révolution.
Bien écrit, précis et fidèle au cours des événements qui en constituent l’intrigue,
ce livre finit cependant par surprendre tant il est fait de pudeur et d’espérance.
Car c’est l’Iran le véritable héros du livre. L’Iran d’aujourd’hui, tel que
l’a transformé la révolution. L’Iran, touchant de sa foi inébranlable en l’avenir,
de son peuple candide et toujours souriant. Malgré la guerre, les crimes, le
sang, à aucun moment, et c’est la grande réussite de ce premier tome, le texte
ne sombre dans le pathos. Bien au contraire, au fil des pages, alors qu’au
début tout semblait cousu de fils un peu trop blancs, le style se libère et
déroule au rythme d’un suspens bien construit le destin d’un pays
en proie à la déraison et à l’outrance.
La fin de ce premier tome est particulièrement remarquable. Le crime y étant
dépeint de la manière la plus simple et la plus stylistiquement économique.
Bouleversante, cette partie du livre justifie à elle seule la lecture de l’ensemble.
A l’heure où l’Iran fait régulièrement parler de lui dans les
termes qu’on connaît, cette lecture est une bonne réponse aux questions qu’il est possible de se
poser au sujet d’un pays qui fut celui des rois de Perse. Passés la première
de couverture peu engageante (photo de l’ayatollah Khomeyni), ainsi que les
premiers chapitres, les personnages, au final attachants, s’en oublient difficilement.
Stéphane Esserbé
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LE NEANT par
Jean-René Godule
Hourra ! Après quelques semaines de vacances, Jean-René Godule nous revient. Pour nous parler du néant...
Depuis
toujours le néant me fascine. Je me dis : « Il n’y a rien, rien que
le vide. » En regardant autour le vertige me saisit. Je n’arrive pas
à bien fixer les choses. Je ne garde aucune certitude, et le doute
vient. Les hommes paraissent étranges. A quoi bon ! pensé-je. J’ai
l’impression que tous les mots, les gestes, n’ont aucune importance.
Seul mon regard me mène. J’erre doucement.
L’impression de néant, d’où me vient-elle ? D’aussi loin que je cherche… Il m’a semblé qu’un jour tout s’est figé, que plus rien n’a bougé. Je ne sais plus quand mais ça m’est arrivé. Sans doute faisait-il jour, chaud et humide ; j’ai dû marcher, voir le monde s’arrêter. Une sensation étrange. J’étais si seul. J’ai marché longuement. Et tout s’en est allé. Comment fais-je donc pour vivre ? Et comment passe le temps ? Il me semble, que depuis je vis dans la brume ; il n’y a rien et j’avance à tâtons. Y a-t-il même un but ? Le néant… J’attends, tout en sachant que rien n’arrivera, que la seule vérité qui m’aide se trouve en moi. Pour le reste… Je me complais aux choses insignifiantes. Je porte attention à ce qui ne compte pas. La course, la lutte de tous contre chacun ne me concerne pas. Je suis sourd, muet, impénétrable. Je n’ai pas d’échéances. Pour moi toutes les journées ne font qu’une seule. Je n’attends rien du monde. Je me réjouis de sa contemplation. Même si je n’y vois rien de ce qu’on doit y rechercher. Je flotte, fais face. Je ne triche pas. Le néant ? C’est une impression très douteuse. Une sensation troublante. Quelque chose d’indéfinissable. Le sentiment de tout pouvoir, celui une minute plus tard que rien ne peut servir. C’est nulle part où aller. Et n’avoir rien à dire. Je ne désespère pas pourtant. Le néant ? J’y suis tout à fait résolu. Ce n’est pas l’affreux monde des hommes. C’est ce à quoi je me sens confronté. C’est le vide, autant de chance de le combler. L’espoir ? L’inaccessible et l’intouchable. C’est somme toute comme la liberté.
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La citation de la semaine
"Il ne faut pas compter sur le philosophe pour trouver des raisons de vivre."
Clément Rosset
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