DIVORCEZ
!

La chronique d'Hector Plasma
Vous avez des problèmes ? Divorcez. Vous êtes chef d’entreprise et certains de vos salariés sont en grève parce que vous voulez les faire travailler plus longtemps pour le même prix ? Débarrassez-vous de votre femme...
C’est
l’occasion, l’instant rêvé. Vous allez faire d’une pierre deux coups.
Non seulement vous vous sentirez plus libre de passer plus de temps
avec votre maîtresse, et en plus, vous allez attendrir vos employés.
Pas mal non ? C’est un bon truc. Quand on est chef, on doit être capable
de tout utiliser pour le rester. La vie privée, les sentiments (enfin…),
les affaires, le sexe, tout cela ne fait qu’un. C’est que c’est important.
On n’a qu’une vie. Certains ne comprennent pas ? D’autres râlent ?
C’est rien. Nous aussi on a des misères : on divorce. Et ça fait mal.
Les journaux eux l’ont bien compris : c’est pas bien d’être en grève quand le parton est
triste. Déjà que l’entreprise va mal. Il se démène ce bougre de patron.
Il court dans tous les sens. Il va et vient. Il essaie de nous la sauver
notre maison. Il est plus bien avec sa femme et on fait grève ! Vraiment
! On est des cons, doublés de fieffés inconscients. Tout de même !
C’est le patron ! Mais il faut qu’on vous dise, malgré tous les journaux,
et les communiqués, malgré toutes les photos, les émissions et tout,
nous on s’en fout. Le patron, sa vie elle nous importe peu. Ses vacances,
ses footing, sa famille, ses balades en vélo, on s’en tape même le
cul parterre. Qu’il fasse pipi, caca le matin plutôt que le soir, ça
nous intéresse pas. Qu’il divorce, qu’il couche avec sa bonne, on s’en
balance. Qu’il maigrisse, ou même qu’il pète au lit… Ca vous intéresse,
vous ? Franchement… Comment vous avez fait pour aller travailler le jour où tout était en grève ? Comment que vous ferrez la
prochaine fois ? Vous croyez, vous, que ça ça l’intéresse, le divorcé
?
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Robert-Louis Stevenson
AES TRIPLEX - SILLAGE - 45 pages - 5 €
On connaît Robert Louis Stevenson pour ses romans. « L’île au trésor » en effet, et « Le cas étrange du docteur Jekyll et de Mister Hyde », sont les textes les plus connus qu’il ait publiés. On connait moins ses nouvelles, dont quelques-unes sont désormais disponibles aux éditions Sillage…
Avec
Aes Triplex, ensemble de deux nouvelles colligées dans un petit volume
de 45 pages, c’est donc une autre facette du talent de Stevenson qu’il
est désormais possible de découvrir. Si les textes proposés ne sont
pas des nouvelles qu’on citerait en modèle du genre, ils n’en sont
pas moins intéressants.
Aes Triplex en effet, le premier et le plus long des textes proposés, ressemble
assez à une méditation sur la mort dont le début poussif et très académique
: « Les changements que la mort provoque dans nos vies sont tellement brutaux
et définitifs en eux-mêmes, tellement tristes et terribles de par leurs conséquences,
qu’ils représentent dans l’existence une expérience unique… », ne semble pas
constituer une bonne entrée en matière, mais qui, très vite, laisse parler
son rythme jusqu’à en faire oublier le ton exagérément pédagogue. Peu à peu,
le discours s’élève, et de digressions en digressions une rhétorique intelligente
et agréable se révèle : « Toute la littérature, depuis Omar Khayyâm jusqu’à
Thomas Carlyle ou Walt Whitman, n’est qu’une tentative pour décrire la condition
humaine avec une certaine hauteur de vue… » Il faut vivre, affirme ainsi Stevenson.
Et pour ce faire, ne pas avoir peur de mourir. En effet : « Quel que soit l’âge
auquel la mort frappe un homme, celui-ci meurt
jeune » C’est d’ailleurs là la conclusion de ce texte au style un peu désuet,
mais dont la pensée profonde peu à peu pénètre bien l’esprit.
Dans le deuxième texte, le plus court, « Eldorado », il est question de désir
et de curiosité. « Il y a toujours un horizon nouveau pour ceux qui regardent
en avant… » Selon Stevenson, avant qu’on ne meure, rien n’est jamais fini.
Et si la recherche du succès ne doit pas constituer une fin en soi, la découverte
du monde et de ses spectacles fait sans nul doute tout le sel de la vie. «
… voyager plein d’espoir vaut mieux que d’être parvenu à destination. » Le
but que l’on cherche à atteindre ne compte pas tant. Ce qui importe, c’est
d’avoir su ouvrir les yeux tout au long du chemin (belle définition de la vie).
C’est la leçon de ce petit volume, qui, accompagné d’une notice biographique
intéressante, donne envie de redécouvrir l’œuvre d’un auteur aux multiples
facettes.
Stéphane Esserbé
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L'ENFANT (Le père) par Jean-René Godule
Fut-ce donc là l'enfance de Jean-René ?
Il est encore très jeune. Il a connu une vie de lutte. Il est tout comme l’enfant.
Il est timide et triste. Mais il résiste. Il a choisi. Il a voulu que
l’enfant vienne, qu’il le rejoigne, qu’il soit comme lui.
Le père veut s’élever. Il veut monter. Et être respecté et craint. Il veut qu’on
sache, qu’on dise, qu’on reconnaisse, qu’il est un homme intelligent, capable,
qui travaille bien, qui réussit. Il veut prouver au monde qu’il est un homme,
qu’il ne s’est pas laissé corrompre, qu’il s’est battu aussi, et qu’il a survécu.
Il travaille dur ; le jour, la nuit, s’obstine, s’entête. Sa femme, nouvelle
compagne, plus jeune, plus ambitieuse, le pousse, espère, qu’un jour,
elle pourra se montrer, et faire comprendre qu’elle est avec un homme
qui vient.
Le père est là, mais il est comme absent.
Il sait bien sûr ce que c’est que souffrir. Il a connu le désespoir. Mais il
ne peut parler. Il ne sait pas le faire.
Tout jeune déjà, tout comme sera l’enfant, il était impétueux, irréfléchi.
Avec son propre père, personnage imposant, il n’a pas su parler. Il n’a pas
su comprendre. Avec sa mère qui lui semblait lointaine, il n’avait eu que des
regards. Avec le monde que des conflits.
Il a des souvenirs bien sûr, où il revoit toute sa famille, il sait ; il recommence,
le même chemin, la même distance, les mêmes desseins. Il est le père. L’enfant
est là. Il n’y peut rien.
Il parle, il dit. Pourtant l’enfant est loin.
Les seules conversations,
les seuls mots qu’ils échangent, les ramènent au passé, à la famille
illustre, à leur nom, à leur destin.
« La famille est fameuse et forte. Elle a une belle histoire. Tu en es l’héritier,
il faut que tu m’écoutes ! »
Et les paroles éclatent et puis s’éloignent.
L’enfant perçoit des bribes, monceaux de phrases : « la guerre... grand-père...
la Résistance... la Collaboration... l’arrière grand-mère... l’accident de
grand-père... »
Le père est seul. Il ne voit pas le monde, n’entend que le passé.
Il parle encore des armes,
et du passé de la famille. Il parle de la noblesse, s’égare, oublie
l’enfant qui voit l’horizon se troubler.
Car oui, qui va venir ? Qui va donc oser s’approcher, le regarder, l’entendre,
et l’écouter, vivre, se tenir avec lui ?
Il y a tant d’obstacles.
Le père ne comprend pas. Il ne sait pas.
Pour lui malgré tout son passé le monde est simple ; l’enfant doit obéir, suivre
ses traces, ne pas chercher à s’éloigner. Il doit donner sa vie. Il doit tout
accepter... ( à suivre)
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La citation de la semaine
"... la réalité n'a de sens que dans sa capacité à éveiller notre imagination."
Miguel de Beistegui - Jouissance de Proust
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