ETONNANT
NON ?

La chronique d'Hector Plasma
Cela fait plus de 60 ans (63 exactement). Cela fait plus de 60 ans et on n’attendait plus. Le 8 mai 1945 en effet, le jour même où l’Allemagne Nazie capitulait, avait lieu à Sétif et Guelma, en Algérie, ce qu’on appela des massacres.
Massacres
tout d’abord, d’européens (une centaine), par des nationalistes algériens.
Puis massacres d’autochtones (plusieurs milliers), par l’armée française,
alors que cette dernière avait en partie réussi à redorer son blason
grâce à ces mêmes autochtones. L’Europe allait retrouver la paix, et déjà une nouvelle guerre couvait. La France reprenait son empire en main. Et entendait que rien n’y change. Répression donc,
commencée le jour même où une partie de l’Europe pouvait à nouveau
penser à la liberté. Répression, ordonnée par les autorités qui avaient
lutté contre un ennemi aux méthodes aussi cruelles. Aucun enseignement
n’était-il donc tiré des années de massacre ? A l’époque, peu de voix
s’étaient élevées contre ce crime. Hormis celle d’Albert Camus dans « Combat », les grandes plumes de la France redevenue libre avaient fait l’impasse. Ce
massacre avait été passé sous silence, jusqu’au prochain. Or cette
semaine s’est trouvé en Algérie un ambassadeur qui, 63 ans après, a,
au nom de la France, demandé pardon. Enfin ! Reconnaître, 6 décennies plus tard que l’assassinat de plusieurs milliers d’hommes
et de femmes (entre 8000 et 45 000 c’est selon), est un massacre, et
en demander pardon, peut paraître étrange. Mais quoi ! Mieux vaut tard
que jamais. Le ridicule ne tue pas. Chacun savait qu’il y avait eu
massacre. Et chacun savait qui avait massacré qui. Oui. Il aura donc
fallu plus de 60 ans pour nous l’entendre dire officiellement. Etonnant,
non ?
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Jorge Edwards
L'ORIGINE DU MONDE - LES
ALLUSIFS - 121 pages - 14 €
Le docteur Patricio Illanes, Chilien réfugié en France marié à la belle Sylvia, vieillit. Son ami, Felipe Diaz, noceur invétéré dont les écarts l’ont toujours fasciné se suicide...
Effrayé
par la vieillesse qu’il sent venir et la disparition brutale de son
ami, Patricio Illanes subit alors à son tour une descente aux enfers
dans laquelle l’entraîne une seule et même question : Silvia, sa femme,
avant la mort de son ami, a-t-elle eu oui ou non une aventure avec
celui-ci ? Dans ce roman court et bien construit, le lecteur, sur les traces du docteur Illanes, ne trouvera
de réponses à l’énigme qui lui est posée qu’à la toute dernière page. Le suspens le tient en effet en haleine jusqu’à la fin, et fait toute la réussite
de l’ouvrage. Entre roman policier à l’humour cinglant et vaudeville
satirique, ce livre évite tous les écueils du convenu et de la convenance.
Dans un style pur et très lisible, il emmène tout son petit monde dans
celui du docteur, qui, à l’aube de la vieillesse, fait le bilan de
sa vie et s’interroge sur la vérité de son couple. Suivant une enquête
qui emmène Illanès sur les traces de son passé et de ses fantasmes,
le lecteur s’interroge : l’ami du docteur s’est-il bien suicidé ? Sa
femme, Silvia, lui a-t-elle été fidèle ? N’est-il pas en train de perdre
la tête ?
L’action, qui se déroule
à Paris à la fin des années 80, bercée dans une ambiance qui renvoie
constamment aux souvenirs de nombreux grands écrivains et artistes, Stendhal, Courbet, Baudelaire, tout en explorant les réseaux des
réfugiés Chiliens ayant fui la dictature du général Pinochet, est simple,
mais ne trahit pas de faiblesse. On ne trouvera dans ce livre, nul
rebondissement, nul crime horrible, nul événement troublant, mais le
cheminement que suivra un homme pour découvrir s’il vaut vraiment la
peine d’accepter de vieillir, et le mode d’emploi pour y parvenir avec
succès. Sylvia en effet, la somptueuse femme du docteur, ne sera pas
au bout du compte la femme infidèle que l’on redoute. Le docteur Illanès
n’aura pas tout fantasmé non plus. Et l’on apprendra que les mensonges
quelquefois, même s’ils ne sont pas tout à fait ceux qu’on croie, peuvent
aider à vieillir.
« L’origine
du monde », dont le titre, le lecteur comprendra pourquoi, est directement inspiré de
celui du célèbre tableau de Courbet, est un livre en trompe l’œil. Ni polar,
ni vaudeville, il ressemble plus à une fable dont la langue agréable fait le
délice du lecteur et la morale, ni cynique ni naïve, sonne juste, et convainc
ce dernier qu’il n’a pas perdu sont temps à lire ces quelques 120 pages.
Stéphane Esserbé
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VIVRE par Jean-René Godule
Je sais depuis toujours que rien ne vaut la peine. J’ai cessé, depuis longtemps,
d’être ambitieux. A présent je regarde. Les minutes, les instants,
me sont précieux. La vie ? Oui. Vivre. Sans se soucier du sort des
hommes. Il est bien difficile de vivre sans croire que cela ait un
sens. La plupart trouve un subterfuge (le travail, les passions, la
famille…). Moi, je m’attache aux objets, aux parfums, aux couleurs,
aux petits événements. Par exemple, j’aime observer les gens. Je jouis
de leurs présences multiples. Je traque, je poursuis tous les gestes.
C’est un réel plaisir. Rien ne m’échappe. Je suis un peu voyeur. Je
vais au long des rues. Je suis sans cesse en quête. C’est la seule
chose que je puisse faire. Chez moi, je m’ennuie, et les journées sont
longues. J’attends beaucoup des rues et des trottoirs. Rester dans
un café à fixer les regards est pour moi une ivresse. Décrypter toutes
les petites choses… Un couple qui s’embrasse, une mère avec son fils, un homme,
seul, tout près d’un bar… Des chuchotements. Je ne connais rien d’autre.
Je marche, et n’attends plus. L’été, l’hiver, chaque saison ses délices.
Ce qui est important pour moi c’est de sentir le monde, d’éprouver
sa présence, d’avoir des sensations. Humer, avoir des impressions.
Réussir, arriver… Tout cela ne compte pas. Je n’ai besoin que de vibrer.
De vivre. La vie n’est pas ailleurs. Elle n’est pas dans ce que l’on
fait. Elle est partout où je m’en vais. Elle est là où les enfants
jouent, où les femmes et les hommes se croisent. Au coin des rues.
Dans les soupirs…
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La citation de la semaine
"Je ne m'habituais pas à cette répartition inéquitable des désespoirs et des malédictions. Je croyais à l'égalité fondamentale des êtres, à la ressemblance parfaite du kilo de plomb et du kilo de plume."
Armand Olivennes
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