N° 24 du 04/03/07

VOUS AVEZ PENSE A LA METEO ?

La chronique d'Hector Plasma

Alors, qu’est-ce qui va arriver ? Quelque chose d’important ? On va enfin sortir du trou ?

 

Celui qu’on choisira saura-t-il celui-là secouer le cocotier ? En tous cas, vu comment on en parle, c’est à dire partout et sans cesse, faut croire que cette fois-là tout le monde ira. De la banlieue la plus rebelle aux rues les plus cossues des quartiers chics, tout le monde, aura apparemment à cœur qu’un drame ne se produise. Et pourtant… La météo, vous y avez pensé ?
Ce sera un dimanche, un dimanche de printemps. Peut-être fera-t-il beau ? On approchera de ce mois doux durant lequel les français travaillent tellement peu et qui souvent très bizarrement est riche en évènements. On aura eu peut-être envie de s’en aller, de se baigner, partir, se promener. Tout comme la dernière fois. On se sera peut-être senti envahi de paresse. Sera-t-on en vacances ? La lumière revenue nous aura-t-elle séduite ? Un barbecue dans un jardin, un repas de famille, une sieste… Vous ne vous rappelez pas ?
Non. Cette fois c’est du sérieux. Ca ne doit pas recommencer. Et il faut en finir. Les français ne sont pas si bêtes. Ils ne feraient pas ça. Ils agissent avec cœur, ont des résolutions. Ils ont fait des révolutions. Même si la météo c’est important. Même si, capricieuse et étrange elle-même elle semble aussi troublée que l’est maintenant le monde, cette fois on va pas rigoler. Alors… Qu’est-ce qui va arriver ? Une grosse averse ? L’orage ? Une tempête ?


 

 

Arsène Le Breton
CAMPAGNE DE 1914-1918 - Ennoïa - 132 pages - 11,90 €

En 1914, à l’âge de 18 ans, Arsène Le Breton, fils de paysans bretons, s’engage dans l’artillerie et devance l’appel pour se soustraire à une vocation religieuse dont il doute. Jusqu’à l’armistice, il servira au front, et tiendra, au jour le jour, ses notes…

 

Lorsqu’il s’engage, le 21 décembre 1914, Arsène Le Breton sait-il que sa vie s’en trouvera à jamais bouleversée ? Sans doute. Puisque il juge les événements qu’il vit assez importants pour les coucher quotidiennement sur du papier. Arrivé au front en juin 1915 après ses classes, il ne laisse, dans ses carnets, filtrer aucune émotion et se contente d’établir une chronique très précise et sans états d’âme de ses déplacements et engagements.
Il devient d’ailleurs vite évident qu’Arsène Le Breton n’a pas dans l’idée de faire de son expérience de la guerre une épopée héroïque, bien au contraire. Comme s’il en sentait confusément toute l’importance, il cherche à restituer dans le détail le quotidien d’un artilleur aux prises avec la guerre des tranchées. A aucun moment, même lorsqu’il traverse le champ de bataille de Verdun au milieu des ruines et de l’odeur des cadavres en putréfaction : « D’une manche de veste sort une main aux doigts crispés couleur de terre. Des souliers d’où émergent des os et des lambeaux de chaussettes », Arsène Le Breton ne se plaint. Il va, toujours et sans protester, là où on lui dit d’aller en y portant le même regard de témoin. Il le dit d’ailleurs lui-même : « …au régiment, il ne faut jamais chercher à comprendre. » Les choses se décident ailleurs. De même : « Je suis surpris de constater que nous laissons les Allemands travailler dans ces fabriques à portée de nos canons. » Arsène Le Breton a-t-il conscience d’être devenu, comme beaucoup à cette époque, un homme dont le destin est suspendu aux caprices de l’histoire et au bon vouloir des états-majors ? Son carnet de route, en fait n’est rien d’autre que cela : le témoignage, comme il a pu en exister de milliers d’autres alors, d’un jeune paysan devenu soldat et à qui, sans réellement expliquer pourquoi et surtout sans qu’on lui laisse exiger justification, on demande d’aller tuer ou se faire tuer.
Dans ces carnets, la sobriété du style étonne. Efficace, elle laisse beaucoup à deviner. La guerre en effet, est si terrible, qu’elle peut transformer un jeune paysan en témoin implacable. Sans aucun doute, le carnet de route d’Arsène Le Breton donne aujourd’hui une idée précise de ce que fut le quotidien de la Grande Guerre pour des millions d’hommes dont la conscience fut alors ébranlée, au point que pour eux, plus rien après ne fut plus comme avant.



Stéphane Esserbé

 

 

 

PRINTEMPS                                               par Jean-René Godule

Le printemps ? C'est la saison préféré de Jean-René...

 

Nous sortons de l’hiver comme d’une maladie. Nous sommes convalescents. Hagards, nous sommes saisis par la lumière. C’est une résurrection. Nous avons cru mourir. Le souvenir de l’hiver noir, des nuits glacées… Nous n’aimons pas l’hiver. Au printemps, nous renaissons. Il revient des envies. Et des humeurs légères. Le soleil peu à peu reconstruit son royaume. Nous courons au triomphe. Le grand retour du jour, de l’allégresse… Le corps lui-même se dresse. Nous ressortons. C’est agréable. Nous avons survécu.
Il plane un doux parfum de mort l’hiver. De craintes. Et de putréfaction. Les cœurs se sèchent. Et les corps se meurtrissent. Au retour des beaux jours tout ce mal disparaît. Le regard s’ouvre. Le monde réapparaît.
Ce qui m’en frappe, c’est la beauté. Les couleurs rejaillissent, et l’air tiède vous pénètre. J’aime ce moment. On se sent homme. Mon grand plaisir, est d’aller par la ville. Les gens paraissent aimables. Ils sourient. Et l’on voit, sur leur visage, ce délassement. La ville, au printemps… C’est le soir, surtout, que l’on ressent son abandon. Il y a des parfums. Une atmosphère. En marchant, votre cœur s’en emplit. C’est un moment privilégié. Une minute rare, où le cœur des hommes se retrouve. J’aime particulièrement ce retour du printemps. Mon passé, ma vie, n’existent plus. Le soleil, la lumière me guérissent. C’est une redécouverte. Je retrouve l’existence. Je me vois étonné en observant les arbres. Et je suis enchanté des bruits.
Je peux marcher léger. Je n’ai plus de questions. Les êtres, les choses, me semblent aller d’eux-mêmes. Je ne connais plus de malaises. Le soleil monte. Je sens tous ses rayons. Les arbres s’épanouissent. Et tous les sens se grisent. Je me sens fort. Oh qu’ils sont loin les jours d’hiver ! Qu’elle semble reculée cette nuit froide ! A-t-elle même existé ?
Je marche. Mon corps s’échauffe. Les petites choses m’entraînent. Un verre de vin sur une terrasse... Un bruit de branches remuées... Qu’il faut souffrir pour en arriver là ! Il y a toujours de la lumière après l’obscurité. Toujours des cieux ensoleillés. C’est une chose qu’on oublie. Quand le printemps revient, tout s’illumine.
Je m’attarde. Au long des rues je flâne. Respirant l’air plus doux. Les promenades ont cette saveur des choses nouvelles. Les rues, les murs, vous montrent tous leurs charmes. Ce cycle des saisons pour moi a la valeur d’un signe. Il y a une raison. Ce grand retour du monde est à mes yeux comme une réponse. C’est une communion. Une union célébrée. C’est moi, qui suis là et m’étreint.


 

 

La citation de la semaine

 

"La démocratie est-elle nécessairement le triomphe des médiocres sur les hommes de caractères ?"

 

Henri Frenay - La nuit finira

 

 



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