DE LA DEMOCRATIE

La chronique d'Hector Plasma
A partir
de la fin du XVIIIe siècle, le monde moderne est entré peu à peu
en démocratie. Les peuples se sont faits souverains et les hommes
ont commencé à se croire libres. Le mot démocratie aujourd’hui est
consacré. On l’utilise à bon escient. On ne remet pas en cause la
démocratie. Et pourtant, son histoire, depuis deux siècles, en France
comme ailleurs, est jalonnée de crime…
La
démocratie en France est née d’un crime. Celui commis le 21 janvier
1793. L’exécution de Louis XVI en effet anéantissait définitivement
la monarchie et laissait place au vide. Le XVIIIe siècle fut aussi
celui des Lumières, des philosophes, qui consacra, en la personne de
Voltaire, que le « superflu était chose nécessaire car il stimulait
l’économie. » Comme on l’a vu dans notre précédente édition, démocratie et échanges commerciaux entretiennent des rapports étroits. Le modèle
démocratique tel qu’on le connaît aujourd’hui s’est même développé
autour de la libre circulation des marchandises. Et la liberté individuelle
acquise ne peut s’exercer que relativement à cette nécessité impérieuse
de la liberté des échanges. Ceci a construit l’économie moderne. Celle-ci
a fait les guerres.
Les
guerres modernes sont le grand crime de la démocratie. Importées des Etats-Unis (la première guerre dite moderne est la guerre de sécession et eut lieu pour des motifs strictement économiques entre 1861 et 1865), ces
guerres ont toujours favorisé la classe sociale dont les intérêts
étaient placés dans une intensification des échanges commerciaux.
En Europe, de grands groupes industriels se sont construits des
fortunes en fabriquant des canons. Après chaque guerre, les périodes
de reconstructions étaient également propices à un plus grand développement
des échanges. La Première Guerre mondiale (guerre d’usure éminemment économique) vit s’affronter principalement la puissance
économique de l’Allemagne à celle de la France au détriment des
populations des deux pays qui s’entretuaient en masse dans les
tranchées. L’enjeu véritable n’étant rien d’autre que la suprématie
économique européenne.
La Seconde
Guerre mondiale, suite de la première, a été largement favorisée par la crise de 1929 tout droit
venue des Etats-Unis elle aussi. « La prospérité étant au coin
de la rue » aux Etats-Unis, le monde connut la guerre. L’Allemagne,
alors en république, affaiblie, fut mise à genoux après le brusque
retrait des capitaux américains, ce qui permit à Hitler, dans un
chaos économique sans précédent, de prendre le pouvoir grâce à
un programme de réarmement et une politique de grands travaux menés
avec la complicité de grands groupes industriels. Les Etats-Unis
par la suite purent définitivement sortir de la crise connue lors
du crach de 1929. Leur économie, stimulée par la forte demande
des pays à reconstruire (plan Marshall), n’ayant en effet qu’à
se reconvertir.
La France, après avoir
connu une brève période de remise en question du modèle économique
libérale (programme du CNR* qui inspira la politique française de 1944
à 1947), devint alors, comme l’Angleterre, totalement tributaire des
Etats-Unis sur le plan économique. Un nouvel ordre mondial pouvait
voir le jour, qui, étendant la démocratie à toute une partie du globe,
consacrait une zone de transactions économiques permettant une nouvelle
intensification des échanges.
Aujourd’hui, à l’heure de la Mondialisation, au moment où les Etats-Unis tentent d’imposer à tous leur modèle économique (toujours le même), un phénomène nouveau se manifeste. Deux cent ans après l’assassinat de Louis XVI et la destruction du principe de la monarchie de droit divin qui fit souffler sur l’Europe un vent de révolution, alors que consommer semble devenu un devoir civique, un retour brutal vers le spirituel s’opère. Est-ce l’amorce d’un renouveau ?
*(Conseil National de la Résistance - NDLR)
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Guy de Maupassant
A LA FEUILLE
DE ROSE, MAISON TURQUE - Flammarion - 149 pages - 13,72 €
Maupassant des bordels
Les écrits
érotiques de Maupassant n’avaient jamais été rassemblés en un seul
volume. De l’auteur de Boule de Suif on connaît évidemment La maison Tellier et Une partie de campagne ainsi que d’autres contes qualifiés de grivois. On connaît moins A la feuille
de rose, Maison turque...
Cette
courte pièce en un acte met en scène Monsieur Beauflanquet, maire de
Conville, ainsi que son épouse, qui descendent, sur un malentendu «
A la feuille de rose Maison Turque, salons et cabinets meublés. » Déguisé
en hôtel hébergeant un harem turc pour mieux duper (et ridiculiser)
le couple de bourgeois, le lieu devient vite le théâtre de toutes les
découvertes pour ce-dernier. Dialogues cocasses, scènes sans équivoque
et jeux de mots grossiers se succèdent, le tout constituant un exercice
jubilatoire dans l’écriture duquel on le devine l’auteur aura pris
un certain plaisir. L’idée semble-t-il venait de Flaubert lui-même qui aurait ri à gorge déployée en assistant à l’une des deux représentations
de la pièce. Celle-ci, dans une distribution étonnante puisque Octave
Mirbeau y tenait le rôle de Beauflanquet, fut donnée pour un parterre
de qualité, Emile Zola et Edmond de Goncourt y assistant tandis qu’Alphonse
Daudet et Ivan Tourgueniev tous deux conviés ne purent le faire. La
pièce a été imprimée pour la première fois en 1945 clandestinement,
et sa première édition publique ne date que de 1960.
Dans la présente édition, A la feuille
de rose, Maison Turque, est suivie d’autres pièces érotiques de Maupassant, des poèmes, dont certains
extraits du Parnasse satyrique et d’autres du recueil Des vers, à l’époque poursuivi par la justice. De ces pièces, dont toutes ne sont pas
aussi « absolument lubriques » (selon l’auteur), qu’A la feuille de rose, Maison turque, on retiendra surtout l’étonnante femme à barbe et le sans équivoque 69.
D’autres morceaux, comme le plus classique Au
bord de l’eau, mettant en relief les qualités d’un Maupassant poète.
Une lettre de Flaubert à
Maupassant, d’une date qui précède de peu la mort de l’auteur de Madame Bovary,
fait également partie de l’ensemble. Evoquant le procès intenté à Maupassant
pour Des vers, elle replonge le lecteur au cœur d’une des relations épistolaires les plus
fortes du XIXè siècle littéraire.
A la feuille de rose, Maison turque,
recensé par Pascal Pia dans son Dictionnaire des œuvres érotiques, texte « très frais » selon Flaubert, est donc une œuvre à redécouvrir.
Stéphane Esserbé
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AURELIE par
Jean Cule
Elle s’appelle Aurélie. Et on la dit lesbienne. Lesbienne… En fait, elle n’aimerait
pas les hommes. Pourquoi les aimerait-elle ? Elle était à côté de moi.
Je la sentais. Son corps, horriblement, m’excitait. Elle était là,
assise au fond du canapé. Et elle me regardait.
« Branle-toi ! me dit-elle
- Comment ?
- Je t’excite ? Alors masturbe-toi ! Vite ! »
J’étais très étonné, choqué même. Depuis longtemps j’avais cessé toute pratique
onaniste. Ma vie au fond était très calme. Et là… Saisi d’une fièvre étrange,
j’ouvris mon pantalon.
Ah ! Le regard terrible d’Aurélie, qui tomba sur ma verge. J’étais pétri de honte.
Et en même temps j’en exultais.
« Fais doucement. Je veux que ce soit long ! »
Nous étions dans une sorte de salon. Il y avait du monde. Personne ne nous voyait.
L’ambiance était festive. Il y avait de la musique. Aurélie m’observait. Et moi
je continuais. C’était long.
Aurélie me semblait fascinée. Ses yeux me dévoraient.
« C’est bon ? me demanda-t-elle, d’un air sérieux et à la fois envieux.
- C’est à dire, que…
- Vas-y, continue ! »
Je ne pus continuer longtemps. J’éjaculai.
Aurélie s’approcha, considéra, longuement, les flaques de sperme qui se trouvaient
parterre, porta le doigt sur l’une d’entre elles, remonta à la bouche, puis,
en me disant de m’habiller, fit signe qu’elle m’emmenait. J’étais content.
Oh si content !
Nous sortîmes. Nous passâmes dans les rues. Le bruit grondait. Les trottoirs
étaient noirs. Et le ciel était gris. Il avait plu.
« Où va-t-on ? demandai-je
- Chez moi. Je voudrais savoir quelque chose… »
Nous arrivâmes chez elle.
C’était petit, étroit. Il y avait une chambre et un couloir. Les murs étaient
recouverts d’une tenture épaisse. Aurélie, tout de suite, me dit d’ôter tous
mes vêtements.
« Tu es beau ! fit-elle en me voyant. J’aime ton sexe. »
Ce disant elle s’assit, et m’observa longuement me demandant de rester immobile.
J’étais gêné, confus, mais en même temps…
De la voir là en face de moi, de sentir son regard peser sur mon corps nu…
De temps en temps j’avais une érection. Aurélie regardait.
« Sais-tu, me dit-elle enfin, qu’on prétend que je suis lesbienne ?
- Je… Je… Oui, lui fis-je.
- Crois-tu vraiment que je n’aime pas les hommes ?
- Non.
- J’aime les hommes. Je les trouve beau. »
Elle vint vers moi. Puis elle me caressa. Je sentis sa présence. Je perçus
son odeur. Ma gêne, ma honte, tous mes scrupules alors se turent. Aurélie resta
près de moi. Elle m’embrassa de nombreuses fois. Bientôt, je la vis même s’agenouiller,
se serrer contre moi. Et blottir son visage entre mes jambes. Elle eut quelques
sanglots, quelques frissons, des spasmes. Elle enfonça ses ongles tout au fond
de ma chair. Je sentis sa chaleur…
Elle se calma, se redressa. Puis elle saisit mon sexe.
Elle le caressa lentement, doucement, comme un objet qu’elle chérissait. La
honte revint en moi. Mais je ne bougeai pas. Aurélie, toujours à mes genoux,
semblait enfin avoir trouvé la paix.
« Tu es beau ! » me dit-elle.
J’eus, cependant, un geste : je reculai, et je cachai mon sexe. Un geste de
pudeur. Un geste irresponsable. Aurélie sa fâcha.
« Tu es bien comme les autres, me fit-elle alors, se mettant en colère. Tu
n’es pas différent ! »
Elle se mit à pleurer. Et me chassa.
Dans la rue, dans le
froid, tout juste rhabillé, je cessai d’avoir honte, et je voulus rentrer
chez moi. Mais… J’ai entendu un cri, une voix. J’ai vu une fenêtre
ouverte, aperçu une silhouette. J’ai pu lever la tête.
C’était elle, encore, qui regardait. C’était elle, qui m’appelait. Elle me
semblait si belle…
* Notre
cher ami Jean-René Godule étant souffrant, lenonsens a dû faire appel à un pigiste pour assurer sa chronique. Ce pigiste s'appelle Jean Cule, et pourra le cas echéant se manifester à nouveau dans nos colonnes (NDLR).
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La citation de la semaine
"La sexualité est en nous le signe d'un destin qui nous oblige à reproduire la
tragédie dont nous sommes issus. Seuls les nouveaux-nés peut-être
nous libèrent de la dette."
Friedrich Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra
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