UNE
IDEE

La chronique d'Hector Plasma
Ca vous a pas choqué, vous, de le voir l’agité avec le colonel ? Non mais. Quelle belle photo ! Grimace protocolaire. Cérémonie grotesque et gros business. Tout ce qu’on aime...
Après
le coup des infirmières fallait bien ça ! Libres qu’elles sont, après
huit ans ! Ah ! Vraiment… Ca c’est un coup. Et un gratuit. Allez hop,
tac, j’envoie ma meuf en émissaire. Elle discute. Et puis voilà : les
infirmières sont libres. C’est aussi simple. Mais d’où que ça nous
vient ce coup tordu ? Pourquoi ? Encore, lui il serait bulgare, on
comprendrait. Mais manque de bol il est hongrois. Il a donc tant de
cœur ? Il est donc si gentil ? Quand même, le colonel Kaka… Il y a
pas si longtemps on pouvait pas le voir. Et puis, y en a bien des qui,
en faisant à peine plus que lui sont frappés d’ostracisme. Alors… Ah
! C’est ça. On a vendu un truc. Quoi ? Du nucléaire ? Non ! Du nucléaire
civil ? Comme y font en Iran ? Oui mais c’est pas pareil ? Là on le vend ? On a le droit ? Faut dire qu’on
était bête. Nous, on croyait que ça faisait le même effet. Mais c’est
vrai : avec les iraniens, faut se méfier. Ils sont méchants. Et ils
peuvent faire n’importe quoi. Tandis que Kadhafi… Franchement. La France idiote est prête à tout décidément. Elle en avale de belles couleuvres. Elle a vraiment
bon appétit. Ca fait plaisir à voir. Après tellement d’années d’immobilisme…
Enfin ! On repart de l’avant. On vend des trucs. Et on libère des gens.
Elle est donc de retour la France. Au premier plan. Y’a de quoi être
fier. Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? Libérer les wallons du
joug flamand ? Affranchir le Québec ? Et si l’année prochaine on faisait
notre Tour de France aux Amériques. Comme c’est plus grand, ça fera plus d’argent. On n’en parlera
plus. Et ça permettra aux dopés de plus être attrapés. C’est une idée,
non ?
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Brigitte Munier
RECITS A CLAIRE-VOIE - Le serpent à plume - 211 pages - 17 €
Pour être efficace, un recueil de nouvelles doit avant tout constituer un tout. Le nombre des nouvelles qui le composent, leur longueur, leur style, leur architecture ou bien encore tout simplement leur thème, doivent, au bout du compte, s’organiser en un ensemble cohérent...
C’est
la difficulté du genre. Celle qui, une fois surmontée, permet parfois
d’offrir des perles de littérature qu’on se plaît à déguster. Brigitte
Munier, avec ce recueil de 200 pages, « Récits à claire-voie », semble
vouloir ignorer cette règle fondamentale. Certes ses nouvelles sont
bien écrites. Elles se lisent bien et sont plutôt bien construites.
Mais à aucun moment elles ne se lient les unes aux autres suffisamment
pour que l’ensemble soit cohérent. Cela nuit incontestablement au recueil.
Composé de 12 nouvelles de longueur inégale et à la parenté discutable
malgré un style reconnaissable, ce dernier en effet souffre beaucoup
de ce défaut. Et c’est dommage. Le style de Brigitte Munier est agréable.
Mais il laisse trop place, ici et là, à la facilité. Souvent, les chutes
s’éventent. Et tombent à plat. Les situations, les caractères renvoient
également aux poncifs du genre. Et Brigitte Munier, à aucun moment, alors qu’elle le pourrait, ne surprend ni n’émeut.
Ce livre aurait mérité d’être plus court. La dernière nouvelle par
exemple est tout à fait superflue. Tandis que d’autres noient l’effet
produit par les précédentes.
Reste malgré tout un texte, et c’est déjà beaucoup, qui vient relever le tout
et fait dire que l’auteur, avec un peu plus de rigueur et d’exigence (ou de
temps ?), aurait pu faire mouche. « Le
lait des limbes ou la pythonisse algéroise », troisième pièce du recueil, ressemble
assez à un bon texte. Original comme doit l’être toute nouvelle digne de ce
nom, fort et vibrant, il surnage dans ce recueil touffus qu’on aurait dû davantage
laisser respirer.
Un recueil de nouvelles, contrairement à ce que laisse entendre la quatrième
de couverture du livre ne doit pas ressembler « à un album de chansons, toutes
différentes, écoutées dans l’ordre ou dans le désordre. » Il ne peut pas non
plus n’être qu’un assemblage de textes isolés. Il doit, pour briller, être
poli comme le diamant. Faute de quoi, il n’est que gaspillage.
Stéphane Esserbé
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VOYAGE par Jean-René Godule
Vous aimez voyager ? Jean-René Godule aime lui...
Cette sensation me surprenait. Je n’étais plus un homme. Mes pensées m’échappaient.
Je rentrais dans le rêve. Ma perception du temps et de l’espace changeait.
C’était une forme de bonheur.
Ce que j’aimais, c’était aller tout droit. Je n’avais plus d’angoisse. Je m’évadais.
Oh ces gros sifflements ! L’avion filait. Il m’extrayait.
Pourquoi veut-on partir ? Sinon pour oublier. S’oublier soi. N’être qu’un vide.
Etre loin. En partant, j’étais comme absorbé. De l’intérieur j’étais saisi. Je
savais bien que les heures douces venaient. Que les journées qui arrivaient seraient
faites d’abandon. Qu’enfin je connaîtrai la paix. J’ouvrais grand mon regard.
Et m’animais. C’étaient d’autres visages. Des vies. D’autres destins. Quels étaient-ils
? Semblables au mien ? Je devinais leurs mots. Les gestes tendres. Tout semblait
différent. Je n’éprouvais plus la fatigue. Ne sentais plus la solitude. Le grand
cœur de la ville me dévorait. J’aurais voulu que l’on m’emporte. Que ce monde,
cette autre terre me prenne. Cherchais-je la mort ?
Je n’aimais jamais plus la vie. Je n’étais jamais plus vivant. J’aurais voulu
aller plus loin. Comme dans un rêve. Une fuite. Film sans fin. J’y passais. Toujours
reprenais le chemin. Ne comptais que des bribes. Des impressions. Quand les sens
se mélangent. Lorsque l’on voit. Que l’on écoute. J’étais un figurant.
J’aurais voulu oui m’éloigner. Ne pas garder toutes les images. Ne pas laisser le monde m’accaparer. Simplement, le contempler. Etait-ce possible ? En rentrant, j’avais cet instant doux. Je pensais rester à distance. Imperméable, à l’existence.
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La citation de la semaine
"La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil."
René Char
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