SORTEZ
LES BIERES !

La chronique d'Hector Plasma
Ca y est, l’été arrive. Il va falloir se préparer. Non, on va pas faire un régime. Mais on va oublier. Vous savez, c’est bientôt les vacances…
Aussi,
quoi de mieux pour entamer cette période qu’une bonne cure de football. La France y a pris goût depuis dix ans. Tous les deux ans on s’en remet une dose. On prépare
les drapeaux, les chants guerriers, le maquillage. Et on attend. C’est
que c’est important vous pensez. C’est tout l’honneur d’un pays. Il
en va de notre fierté. Nos soldats vont partir, et affronter l’ennemi.
On va pouvoir suivre ces joutes à la télé. Sortez les bières ! Préparez
les pizzas ! Y va y avoir de grands frissons. Peut-être des klaxons,
et de grands défilés... Ah la victoire ! Ce serait beau. Qui sait ?
Vous imaginez ? Ca nous ferait du bien. On a tellement raté. On a tellement
besoin. Ca ferait diversion. Ca aiderait. D’ailleurs, les télés se
préparent. Les journaux en frémissent. Conférences. Préparation. Débats.
Et veillées d’armes. Le reste… Le reste n’est pas très important. On
aura tout le temps après. On verra bien. Et si ça se passe mal ? Et
si ça se passe mal y’aura encore le Tour de France et les jeux olympiques. Quel été ! Et puis après y aura encore le foot et notre championnat ! Et nos cerveaux ? Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir en faire
?
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Ali Reza Sadry Alaï
SIX NOUVELLES CRUELLES - L'infini - 269 pages - 16 €
Les hommes sont-ils plus cruels que le destin ? Celui-ci ne relâche-t-il jamais son étreinte ? Et qu’advient-il, lorsque hommes et destin, agissant de concert, s’acharnent sur vous ?
Ce
sont les questions auxquelles a semblé vouloir répondre Ali Reza Sadry
Alaï dans ce remarquable recueil de nouvelles par lequel on est rapidement
séduit. En six textes en effet, l’auteur semble faire le tour de tout
ce que peuvent inventer humanité et fatalité pour torturer les hommes.
L’histoire et le hasard y sont pour beaucoup. Et parfois une vie humaine pèse bien peu.
C’est le point commun des héros des six nouvelles du recueil : aucun
d’eux n’est maître de son destin. La vie se joue à rien. Elle bascule
simplement. D’un simple coup du sort. Comme celle d’Amir, dans la nouvelle
« A la clarté de la nuit », qui avait tout ; une situation, une femme
et de beaux enfants, et qui, lors d’un stupide accident de voiture
les voit disparaître au fond d’un lac. Ou encore comme ces six ouvriers
afghan, victimes indirectement de la vengeance impitoyable de Golnaz
envers son père dans la deuxième nouvelle du recueil (presque un petit
roman), intitulée « Dans la nuit de l’enfer. » Ou encore comme Réza,
le docteur généreux qui hésite un soir à suivre un pauvre soldat venu
le chercher pour un accouchement et qui au bout du compte sera assassiné
par le soldat car le bébé ne nait pas vivant.
Un recueil dense, dans un style classique et sobre au service d’un univers où l’humanité souffrante est montrée sous ses aspects les plus touchants et les plus effrayants à la fois. Certains sont victimes, d’autres généreux. D’autres encore impitoyables. Et le destin leur fait suivre une route pour tous identiques : celle du chaos et de la mort.
On sent chez Ali Reza Sadry Alaï le vécu d’un homme dont le sort ne fut pas toujours entre ses propres mains. A cheval entre deux mondes, ceux de l’Orient et de l’Occident, ces textes sont autant de portraits d’une humanité vulnérable capable du pire comme du meilleur. Six nouvelles cruelles oui, du genres de celles qu’on aimerait pouvoir lire plus souvent.
Stéphane Esserbé
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CHRONIQUES DES TEMPS HUMIDES par Bernado*
(textes et dessins)
"Le monde était heureux. La guerre et la misère inconnues. Les forces célestes,
trop longtemps oubliées s'en offusquèrent : l'homme devait suivre
son destin et s'en prendre plein la gueule. Alors il y eut la pluie.
Des années de pluie. Les eaux montèrent. Il n'y avait plus que l'eau.
Il parait que le ciel n'a pas toujours eu cette couleur. Ceux qui
restèrent au sommet des tours eurent raison : il ne reste plus que
nous : l'Arche. Je dois maintenant vous parler de Mavis Brünn. Il
était sans histoire. L'entretien des ponts et passerelles de l'Arche
occupait ses journées et sa vie. Il passait ses nuits en fumant à
regarder répéter les danseuses. Mais l'Arche a eu besoin de lui.
Lui seul pouvait réussir cette mission. Et lui seul était assez con
pour l'accepter. Ils sont venu le chercher." (a suivre...)
Téléchargez le PDF des deux premières planches
* Bernardo est architecte, dessinateur et mime.
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La citation de la semaine
"Je découvris que je n'aimais pas vivre à l'étage du salon de la société. Intellectuellement, je m'y ennuyais. Moralement et spirituellement, cela me rendait malade."
Jack London - Ce que la vie signifie pour moi
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