FABIEN MARECHAL

NOUVELLES A NE PAS Y CROIRE – Fabien Maréchal – Editions dialogues – 116 pages – 14,90 euros.

Fabien MaréchalDes objets qui choisissent eux-mêmes  à qui ils vont appartenir, des invités qui arrivent nus pour déjeuner chez leurs hôtes sans paraître s’en rendre compte, des parents qui dénoncent leurs enfants dans le cadre d’un jeu télévisé populaire et douteux… Voilà en substance la bien étrange population avec laquelle, dans ce livre, le lecteur fait connaissance…

Les personnages de ces nouvelles en effet, tous placés dans des situations cocasses, ne manquent pas d’humour. Et la stupeur qui normalement devrait être la leur face aux situations qu’ils rencontrent fait souvent place au flegme. S’ils sont drôles, les textes dans lesquels évoluent ces personnages n’en évoquent pas moins des problèmes importants de notre monde et l’on comprend très vite que ce recueil nous emmène dans une autre dimension où l’humour apparait plus comme une attitude presque philosophique plutôt qu’un simple trait de l’esprit humain. Bien écrites, ces nouvelles se suivent agréablement et font pour certaines leur effet.
«Nus » par exemple, nouvelle à la fois la plus longue, la plus drôle et la plus originale, aurait tout aussi bien pu sombrer dans la vulgarité ou la facilité. Au lieu de cela, c’est un texte qui, surfant sur des thématiques à la mode (l’érotisme principalement), dresse le portrait d’un couple dont l’usure commence à se faire sentir, et qui, au bénéfice d’une situation absurde, saura retrouver un peu de jeunesse non sans se poser certaines questions pertinentes.
S’ils sont pétris d’humour, les présents textes n’en sont pas moins profonds. Et évoquent certains des travers les plus gros de notre société. Avec recul et ironie, c’est un regard lucide qui se trouve ainsi porté sur le monde. Le tout dans une langue sobre et agréable.
Mais ce recueil c’est aussi un ton. La patte prometteuse d’un auteur qui a réussi à donner une cohérence et une unité d’ensemble à son livre. Cohérence, qui, contrairement à bien des recueils de nouvelles, confère à l’ouvrage un caractère aboutit qu’on trouve assez rarement. Ce qui en accroit la force et l’efficacité malgré des textes un peu moins forts placés en fin de recueil. Un livre (et un auteur) à découvrir.

Stéphane Esserbe

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MAXIME VUILLAUME

MES CAHIERS ROUGES AU TEMPS DE LA COMMUNE – Maxime Vuillaume – La Découverte 702 pages – 27, 50 €

Maxime VuillaumeSi un seul livre avait dû être écrit au sujet de La Commune de Paris, « Mes cahiers rouges au temps de la Commune », dans leur version intégrale, réédités en 2011 aux Editions de la Découverte, sans nul doute, aurait été celui-là.

Ecrit peu après les événements par Maxime Vuillaume, rédacteur au Père Duchêne, l’un des journaux les plus populaires de La Commune, sous la forme de plusieurs cahiers publiés à plusieurs années de distance, ils furent le travail d’une vie et constituent un document de premier ordre tout autant qu’une œuvre littéraire remarquable. Rédigé sur le ton de la chronique, ce livre va en effet en profondeur et dresse un portrait unique de La Commune et de certains de ses principaux personnages. Loin des lieux communs et de l’exaltation, il fait revivre le combat d’hommes et de femmes dont la vie fut à jamais marquée par l’événement. Imposant, il évoque La Commune sous tous ses aspects. Débutant par la dramatique répression subie par les Communards au moment de l’entrée des Versaillais dans Paris, il donne tout de suite la mesure de l’immense crime qu’a constitué cette répression et fait revivre des personnages qui n’en deviennent que trop vivants au fil des pages.

C’est toute la force de ce livre. Dans un style simple et dépouillé derrière lequel  le narrateur s’efface, c’est l’œuvre qui parvient le mieux à faire revivre les évènements parfois dans leurs moindres détails. Bien des personnages traversent en effet ces pages. Connus ou non, ils permettent de donner un visage à cette révolution si durement réprimée. Des personnages historiques aux simples cantinières, du triomphe de La Commune à son écrasement, ce sont autant de pages qui éclairent sur le déroulement des faits et apprennent beaucoup sur l’état d’esprit qui habitait le mouvement communaliste. S’apparentant en bien des points à une véritable enquête, de nombreux épisodes dramatiques de la Commune sont étudiés avec le souci de toujours s’approcher au mieux de la vérité. Maxime Vuillaume est sincère. Sa démarche est celle de toute une vie. Et l’on comprend bien vite qu’au fil des pages ce livre n’est rien d’autre qu’une référence dans laquelle sont exposés et vérifiés de multiples façons des faits souvent sujets à controverse.

La mort de certains personnages historiques de la Commune, les circonstances dans lesquelles furent fusillés les otages des Communards, ou encore celles qui permirent la répression, font l’objet de témoignages approfondis qui confère à l’ouvrage un caractère unique. Jusqu’à la fin de sa vie, Maxime Vuillaume n’a cessé d’enquêter et de retravailler son œuvre, cherchant chaque fois de nouveaux témoignages de survivants parfois livrés dans leur intégralité en annexe dans le présent livre. Ayant lui-même pris part à l’action, Vuillaume, qui a côtoyé tous les grands noms de la Commune, reste toujours modeste, et ne se laisse jamais aller à l’outrance ni à l’excès. Il réalise un travail mesuré qui souligne encore plus le désespoir que fut celui des Communards. En même temps que l’importance de cette révolution. La république, qui en était à ses balbutiements, devait bien malgré elle en avoir beaucoup à apprendre.

Stéphane Esserbé

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